''L'enfer de la Bibliothèque est une cachette du département des imprimés... /...dans laquelle on enferme certains livres fort mauvais...'', explique un ancien directeur de l'établissement. Plus de 350 "brûlots" de l'Enfer sont aujourd'hui révélés à la BNF dans l'exposition "L'Enfer de la Bibliothèque, Eros au secret".
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Sommaire

Les délices de l'Enfer


L'Enfer existe depuis 1844 lorsqu'un bibliothécaire zélé ajoute la mention "Enfer" à toutes les cotes dont les livres et gravures ne lui semblent pas relevés des bonnes mœurs. Un enfer où l'on se rend comme on va au bordel, une sorte de cabinet secret dédié à l'érotisme.
On trouve dans "l'Enfer" des ouvrages obscènes, de mauvaises mœurs, immoraux, scandaleux, grivois... bref, des bouquins de cul, certes mais de cul raconté (et pratiqué) par les plus grands comme les plus inconnus... Maupassant, Verlaine, Baudelaire, Sade, Louÿs, Apollinaire, Bataille, Genet...
Sélection d'extraits savoureux et d'images délicieuses pour FemmesPlus. Un enfer !

Jean de La Fontaine

Ne résumons pas La Fontaine à ses fables animalières...
Habitué des cabarets et des bordels, le poète publiera ''Les Amours de Psyché et Cupidon'', (1669), et les ''Contes libertin'', (1674), où il revendique son libertinage : "Soyez amants, vous serez inventifs".

Epigramme (1650)

Aimons, Foutons, ce sont plaisirs
Qu'il ne faut pas que l'on sépare ;
La joüissance et les désirs
Sont ce que l'ame a de plus rare.
D'un Vit, d'un Con, et de deux cœurs,
Naît un accord plein de douceurs,
Que les dévots blâment sans cause.
Amarillis, pensez y bien :
Aimer sans Foutre est peu de chose,
Foutre sans aimer ce n'est rien.

Alfred Delvau

Ce dictionnaire écrit par Alfred Delvau, romancier, journaliste fut maintes fois condamné à la destruction et autant de fois réimprimé.

Dictionnaire érotique moderne par un professeur de langue verte, 1864
(extrait)
AGACER LE SOUS-PREFET : Se masturber.
ALLER TROP VITE A L'OFFRANDE ET FAIRE CHOIR LE CURE : Décharger au moment où l'on va baiser une femme que l'on a désirée trop longtemps, et débander.
UN POLICHINELLE DANS LE TIROIR : Se dit d'une jeune fille qui s'est laissé séduire et qui a lieu de s'en repentir... neuf mois après.
BAISER A BLANC : se branler
FAIRE VIT QUI DURE : Etre avare de son sperme, ne le dépenser qu'à bon escient mais sans furie, sans extravagance en homme qui tient à jouir jusqu'aux confins extrêmes de l'âge mûr.

Le Marquis de Sade

Star de la littérature érotique, le Marquis de Sade est le plus représenté de l'Enfer. ''Juliette'' saisi en 1801 chez l'éditeur Massé, lui vaudra une ultime incarcération.

Juliette, 1797
(Extrait)

"Clairwil lui attacha les mains avec des cordons de soie qu'elle avait apportés à ce dessein ; j'en fis autant de ses deux pieds ; et quand elle fut hors de défense, nous nous amusâmes à la contempler ; des larmes, s'échappant de ses beaux yeux, venaient retomber en perles sur sa belle gorge. Nous la déshabillâmes, nous la maniâmes et la vexâmes sur toutes les parties de son corps ; nous molestâmes sa belle gorge, nous fustigeâmes son charmant cul, nous lui piquâmes les fesses, nous épilâmes sa motte ; je lui mordis le clitoris jusqu'au sang."

Guy de Maupassant

Maupassant aimait les femmes... Son œuvre érotique reste méconnue, ''69'' avait mis en joie Flaubert : "un bijou, chef d'œuvre de poésie érotique".
69, 1881
(extrait)
Salut, grosse Putain, dont les larges gargouilles
Ont fait éjaculer trois générations !
Et dont la vieille main tripota plus de couilles
Qu'il n'est d'étoiles d'or aux constellations !
J'aime tes gros tétons, ton gros cul, ton gros ventre !
Ton nombril au milieu, noir et creux comme un antre
Où s'emmagasina la poussière des temps.
Ta peau moite et gonflée, et qu'on dirait une outre
Que des troupeaux de vits injectèrent de foutre
Dont la viscosité suinte à travers tes flancs !

Ca, monte sur ton lit sans te laver la cuisse ;
Je ne redoute pas le flux de ta matrice ;
Nous allons, s'il te plaît, faire soixante-neuf !

Le Portier des Chartreux

Ce texte sera vite un incontournable de la littérature érotique. De son auteur, Jean-Charles Gervaise de Latouche, on ne sait rien. Son héros, Dom Bougre sera lui des plus célèbre...

Histoire de Dom B***,
portier des Chartreux, écrites par lui-même, 1748
(extrait)

''Je me mis bientôt en devoir d'enconner ma charmante, et mon bougre de m'enculer. Elle se coucha sur le banc qui nous servait de siège et je m'étendis sur elle, et le Père sur moi. Quelque douleur que je sentisse, et quoique Casimir me déchirât, le plaisir d'en faire autant à la nièce, dont le con souffrait plus de la grosseur de mon vit que mon cul souffrait de celle du vit de son oncle, me consolait de ma peine. Quand les difficultés de l'entrée furent levées des deux côtés, nous ne trouvâmes qu'un chemin semé de fleurs.

Marie-Antoinette

La Révolution de 1789 engendre une explosion des ouvrages licencieux et des fantasmes : une aristocratie débauchée, un clergé libidineux, une Cour lascive représentée par le Comte d'Artois et la duchesse de Polignac, et la Reine elle-même, dénoncée comme lesbienne et nymphomane.

L'Autrichienne en goguettes ou l'orgie royale, 1789
(extrait)
Mme de Polignac : ''Les gardes sont retirés, le Roi dort.''
D'Artois : ''Voilà ce qu'on peut appeler un frère complaisant et un spectre bien aviné.
Passant la main sous la jupe de la Reine et établissant son doigt médius sur la partie royale : ''Ah ! qu'on est bien ici !''
La Reine : ''Ah ! Ah !... laisse donc, tu me fais pâmer.''
Polignac : ''Comment, monsieur le Comte, vous anticipez sur mes droits ? Cela est affreux ! Je ne vais point sur les vôtres, moi !''
 

Paul Verlaine

Avec ''Hombres'', Verlaine devint le 1er poète de l'homosexualité masculine.
Ecrit en 1890, il fut publié à titre posthume en 1903 avec la mention "sous le manteau et ne se vend nulle part".
Hombres , 1903
(extrait)
Dans ce café bondé d'imbéciles, nous deux
Seuls nous représentions le soi-disant hideux
Vice d'être "pour hommes" et sans qu'ils s'en doutassent,
Nous encaguions ces cons avec leur air bonasse,
Leurs normales amours et leur morale en toc,
Cependant que, branlés et de taille et d'estoc,
A tire-larigot, à gogo, par principes,
Toutefois, voilés par les flocons de nos pipes
(Comme autrefois Héro copulait avec Zeus)
Nos vits, tels que des nez joyeux de Karragheus
Qu'eussent mouché nos mains d'un geste délectable,
Eternuaient des jets de foutre sous la table.

Félix Nogaret

Félix Nogaret, poète, secrétaire de la comtesse d'Artois, seul et unique censeur dramatique de Lucien Bonaparte est l'auteur de ''L'Arétin françois''...
Le con et le vit, 1787
(extrait)
Le Con : Doucement, doucement.
Le Vit : N'ayez point peur, je ne pose point à terre, je suis tout en l'air.
- Bon. C'est que si ma maîtresse s'éveillait, tout serait perdu. La circonstance est favorable, elle a les cuisses écartées, la couverture est tombée dans la ruelle, je suis au bord du lit, le drap est relevé, la lampe vis-à-vis de moi. Avancez.
- Me voilà.
- Ciel !
- Ah ! Dieux !
- C'est donc là ce qu'on appelle un Vit !
- Oui, cher petit con d'Amour.
- Je mourrais d'envie d'en voir un.
- Ce n'est rien de me voir, c'est tout de me sentir.
- Comme vous remuez ! comme vous grandissez ! que c'est drôle !

Thérèse philosophe

"Le meilleur", selon Apollinaire. Ecrit vers 1748 par Jean-Baptiste de Boyer d'Argens, ''Thérèse Philosophe'' se partage entre des scènes de cul qu'elle découvre et qu'elle imite et des conversations philosophiques où le raisonnement se met au service du sexe.

Thérèse Philosophe__, 1748
(extrait)
"Enfin je jetai les yeux sur le second tableau (Les Amours de Mars et de Vénus). Quelle lascivité dans l'attitude de Vénus ! Comme elle, je m'étendis mollement ; les cuisses un peu éloignées, les bras voluptueusement ouverts, j'admirais l'attitude brillante du dieu Mars. Le feu dont ses yeux, et surtout sa lance, paraissaient être animés passa dans mon cœur. Je me coulais sur les draps, mes fesses s'agitaient voluptueusement, comme pour porter en avant la couronne destinée au vainqueur.''

Guillaume Apollinaire

L'auteur du célèbre ''Catalogue des ouvrages de l'Enfer de la BN'' n'était pas qu'un observateur averti de la littérature érotique. Il en était aussi un acteur vigoureux comme en témoignent ses romans, dont le mythique ''Onze milles verge'' et ses innombrables poésies....

La Manne, (1914)
Con large comme un estuaire
Où meurt mon amoureux reflux
Tu as la saveur poissonnière
L'odeur de la bite et du cul
La fraîche odeur trouducutière

Femme ô vagin inépuisable
Dont le souvenir fait bander
Tes nichons distribuent la manne
Tes cuisses quelle volupté
Même tes menstrues sanglantes
Sont une liqueur violente

Pierre Louÿs

A la mort de Pierre Louÿs en 1925, sa femme découvre une œuvre érotique qu'elle s'empresse de révéler.
Le clitoris
(extrait de ''La femme'')
Blotti sous la tiédeur des nymphes repliées
Comme un pistil de chair dans un lys douloureux
Le Clitoris, corail vivant, cœur ténébreux,
Frémit au souvenir des bouches oubliées.

Toute la Femme vibre et se concentre en lui
C'est la source du rut sous les doigts de la vierge
C'est le pôle éternel où le désir converge
Le paradis du spasme et le Cœur de la Nuit.

Ce qu'il murmure aux flancs, toutes les chairs l'entendent
A ses moindres frissons les mamelles se tendent
Et ses battements sourds mettent le corps en feu.

" Clitoris, rubis mystérieux qui bouges
Luisant comme un bijou sur le torse d'un dieu
Dresse-toi, noir de sang, devant les bouches rouges!

Estampes japonaises




L'Art de l'amour n'est pas que français... Loin s'en faut.
L'érotisme s'est notamment entiché d'orientalisme au 19e siècle avec avidité Goût de l'exotisme oblige... Pour preuve, des livres japonais édités entre la fin du 18e et celle du 19e siècles provenant des collections Tronquois, Marteau et Barbier, et des estampes magnifiques sont cachées parmi les trésors de l'Enfer....

John Cleland

''Fanny Hill, mémoires d'une fille de joie'' est probablement le meilleur roman érotique jamais écrit en langue anglaise. L'auteur, l'anglais John Cleland fut poursuivi, puis l'Etat britannique lui proposa une pension à vie pour lui ôter toute idée de recommencer...
Fanny Hill, mémoires d'une fille de joie, 1748
(extrait)
"Maintenant, je le sentais ; et en commençant à pousser, il fit en sorte que la nature m'empêcha de lui refuser l'hospitalité. Tous mes esprits animaux se tournèrent alors vers ce centre d'attraction, et tout à coup, échauffée et excitée plus que je ne pouvais le supporter, je perdis mon contrôle et m'abandonnai au pouvoir de l'émotion, cédai, comme une vraie femme, aux effusions du plaisir auquel, au nom d'un amour encore fidèle, j'aurais dû résister."

Tout sur l'expo !



''"L'Enfer de la Bibliothèque, Eros au secret"'', jusqu'au 22 mars 2008.
. L'exposition "L'Enfer de la Bibliothèque, Eros au secret"
. Le site de la BNF

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