Impressionnants une fois sur l’eau, les paquebots de croisière sont également un grand challenge pour leurs constructeurs. Avec toujours plus de défis à relever.   

Les chantiers de Saint-Nazaire / ©Vincent Groizeleau

Avant d’être un lieu de vie, un objet de rêve et de vacances, un paquebot est d’abord un incroyable challenge en termes d’ingénierie et de construction. A elles seules, les études d’un navire de croisière prennent une bonne année. Au-delà du design, il faut en effet organiser des milliers de locaux techniques et publics, prévoir l’installation de l’ensemble des équipements, des moteurs aux piscines en passant par les chambres froides, les sanitaires ou encore les cabines et salles de spectacles. Alors que le bateau est drainé par un impressionnant réseau, avec des milliers de kilomètres de câbles électriques et de tuyaux, les architectes doivent composer avec les contraintes de poids afin de garantir la stabilité du navire. Avec souvent des astuces, par exemple sur les matériaux employés. Ainsi, certains bars donnent l’impression d’être en bois massif. En réalité, il ne s’agit que d’un plaquage posé sur une structure métallique moins lourde.

Une ville flottante

Concevoir un paquebot, qui n’est autre qu’une ville flottante de plusieurs milliers d’habitants, constitue donc un travail de fourmi. Tout doit être anticipé en amont, du travail dans les cuisines au service dans les restaurants, en passant par les flux de passagers dans les différentes coursives. Le tout avec un souci constant pour la sécurité du navire, de ses personnels et des passagers. Le respect de l’environnement est également crucial dans l’industrie de la croisière, dont les bateaux ne rejettent plus rien à la mer. Tous les déchets et eaux usées produits à bord passent par des usines de retraitement, alors qu’armateurs et chantiers font la chasse aux économies d’énergies. Grâce aux dernières innovations technologiques, la consommation en carburant a par exemple été réduite de 20% en quelques années, ce qui diminue les frais d’exploitation et les rejets de gaz à effet de serre.

Lego géant

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Une fois les études achevées, la phase de construction démarre, avec la découpe des tôles puis la fabrication de grands panneaux, soudés ensemble pour former des blocs. Pesant plusieurs centaines de tonnes, parfois plus de 1000, ces énormes structures métalliques, pré-équipées au maximum (chemins de câbles, tuyauterie…), sont assemblées les unes aux autres dans la forme de construction du chantier. C’est un jeu de Lego géant pour lequel il faut en général 70 à 80 blocs pour former la coque d’un paquebot, dont la mise à l’eau intervient environ un an après le début de sa construction. Il reste alors une dernière année pour achever le navire. Electriciens, mécaniciens, maçons, charpentiers, peintres, décorateurs, artistes… Des dizaines de corps de métier vont se relayer pour réaliser et aménager les espaces publics : casino, théâtre, coursives, centre de bien-être, salle de sport, piscines, salons, restaurants… Un travail titanesque à mener dans des délais très courts et qui implique une organisation complexe puisqu’il faut mobiliser jusqu’à 2500 personnes en même temps pendant l’achèvement d’un navire. Au final, trois ans seulement après la commande de l’armateur, le paquebot sort de chantier et, à l’issue d’une ou deux sorties d’essais en mer, est prêt à accueillir ses premiers passagers, qui s’imaginent rarement ce que la construction de ces navires a pu représenter.

Seuls quelques chantiers maîtrisent la réalisation de paquebots

Très peu de chantiers sont d’ailleurs capables, dans le monde, de produire de tels bateaux. Il n’y a qu’en France, en Italie, en Allemagne et en Finlande que des constructeurs spécialisés sont parvenus à maîtriser la conception et la réalisation de navires aussi complexes. Avec actuellement un carnet de commandes plein puisque l’industrie de la croisière est en plein essor. Ainsi, plus de 30 paquebots, d’une valeur cumulée supérieure à 20 milliards d’euros, sortiront des cales de construction d’ici 2020. Avec de fortes retombées pour l’économie et les emplois, notamment à Saint-Nazaire, où les effectifs du chantier et de ses sous-traitants sont passés de 3500 en 2013 à 6000 aujourd’hui, avec un possible pic à 8000 d’ici la fin de la décennie.

En vidéo sur le même thème - Paquebot : Légendes des Mers 

En images10 paquebots de légende

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Lusitania (1907)

Au début du XXème siècle, la voile a fait place à la vapeur grâce au développement des machines et l’adoption d’hélices. Toute une série de grands paquebots transatlantiques voient alors le jour. C’est le cas du Mauretania et du Lusitania, entrés en service en 1906 et 1907. Construits au Royaume-Uni, ces navires de la compagnie britannique Cunard mesu...

Titanic (1912)

Resté célèbre pour son naufrage dramatique au large de Terre Neuve en avril 1912 lors de sa traversée inaugurale vers New York, le Titanic était à l’époque le plus grand paquebot du monde. Une incroyable réalisation des chantiers Harland & Wolff de Belfast. Lancé en mai 1911, le géant de 269 mètres de long et 46.000 tonneaux de jauge peut atteindr...

Bremen (1929)

Durant l’entre deux guerre, la construction de paquebots repart de plus belle, et cette époque voit la mise en service de certains des plus beaux bateaux jamais construits par l’homme. Plus que jamais, ces outils de prestige rivalisent de puissance et de luxe. Les meilleurs ingénieurs et les grands artistes du moment sont mobilisés pour en faire des v...

Rex (1932)

Plus grand transatlantique construit en Italie, le Rex est lancé à Gênes en 1931 et mis en service l’année suivante. Véritable outil de prestige et de propagande pour le régime fasciste, le fastueux navire devient l’emblème de l’Italie sur les mers. Conçu pour décrocher le Ruban Bleu, ce paquebot de 300 mètres et 51.000 tonneaux, capable d’embarquer 2...

Normandie (1935)

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Queen Mary (1936)

Lancé en Ecosse en 1934, année de la fusion de Cunard et de la White Star Line, le Queen Mary restera comme l’un des paquebots les plus célèbres de la flotte britannique. Réponse du Royaume-Uni aux superliners mis en service par l’Allemagne, la France et l’Italie, ce superbe navire de 310 mètres et plus de 81.000 tonneaux pouvait accueillir 2139 passa...

United States (1952)

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France (1962)

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Queen Mary 2 (2003)

Après la construction du France, les Britanniques mettent à leur tour un liner en chantier. Ce sera le Queen Elizabeth 2, mis sur cale en 1965 et opérationnel en 1969. Long de 293 mètres et affichant une jauge de 70.000 tonneaux, le nouveau fleuron de Cunard, qui peut accueillir un peu plus de 1700 passagers, sera exploité tout au long de sa carrière ...

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