Vidéo associée: 

Terrorisme : “ne pas tomber dans le piège d’une guerre religieuse”

Corps: 

Euronews :
Cette vague d'attentats, d'attaques, pas seulement en France, soulève beaucoup de questions, notamment sécuritaires, mais essayons de comprendre le phénomène. Qu'est ce que ces actes isolés nous apprennent de la stratégie de l'Etat Islamique?

Hasni Abidi :
Ces actes nous montrent qu'il y a en effet un changement de paradigme et de doctrine auprès de l'EI, qui est passé à une étape beaucoup plus importante et je dirai plus dangereuse, qui constitue pour nous un tournant dans la vie de l'EI. Aujourd'hui la place est donnée à des éléments qu'on appelle des loups solitaires, mais ils ne sont pas si solitaires que ça pour commettre des attentats où ils se trouvent et quand ils peuvent, c'est à dire qu'il y a une stratégie d'opportunisme politique et sécuritaire, profitant des failles qui existent dans le filet sécuritaire pour commettre leurs attentats. En même temps cette stratégie nous enseigne que l'EI connaît un affaiblissement grâce aux frappes de la coalition, et cette perte territoriale, cette perte d'influence en Syrie et en Irak, bien sûr, se traduit par une volonté de semer le chaos, le désordre et je dirais plutôt le choc dans les territoires ou dans les Etats où ils peuvent vraiment frapper.

Euronews :
Une chose est sûre, en terme d'effet, d'impact, ça marche. On voit bien que le trouble, voire la panique, s'installe, la suspicion aussi. Est-ce que cela va profondément changer nos sociétés européennes?

Hasni Abidi :
J'espère que non, parce que le but recherché par l'organisation de Daesh c'est bien sûr la peur et le choc causé par l'attentat beaucoup plus que l'attentat lui même. Faire retourner l'opinion publique. L'Etat Islamique veut absolument que les Etats qui participent à la coalition renoncent à participer à cette coalition. Il veut aussi dresser une partie de la population contre une autre, c'est à dire, il sait que nos sociétés européennes à la fois sont démocratiques et sont vulnérables et en même temps elles sont plurielles.

Euronews :
On le sait, les musulmans le disent, les autorités musulmanes, les pays musulmans, tout cela n'a rien à voir avec l'islam et en même temps c'est de cela que ces djihadistes se réclament ; comment éviter l'amalgame, comment éviter qu'à terme cela tourne en guerre civile comme le souhaite Daesh ?

Hasni Abidi :
C'est vrai que ceux qui ont commis ces attentats, ces terroristes, ne représentent pas la communauté musulmane, ne représentent pas l'islam mais il faut dire aussi, il faut reconnaître qu' il y a une part de responsabilité : il faut que les musulmans sortent du bois et disent que oui, il s'agit de membres de cette communauté musulmane.
Le deuxième élément c'est que c'est vrai qu'il y a un problème au sein de parcours chaotiques à la fois familiaux mais aussi scolaires, et d'intégration, et ça aussi c'est une responsabilité locale.

Euronews :
C'est quand même troublant, parce que ces scènes où l'on voit de plus en plus de gens qui s'en prennent aux musulmans, et cette colère contre l'Etat impuissant ou inefficace, c'est exactement ce que les djihadistes eux même ont prévu et ce qu'ils cherchent, n'est-ce pas?

Hasni Abidi :
Oui, c'est pourquoi il ne faut pas tomber dans ce piège de guerre religieuse, il ne s'agit pas d'une guerre entre les religions. Daesh ne représente pas de religion, le terrorisme n'a pas de religion mais il y a c'est vrai ce risque là, qu'il y ait des frictions, une tension sociale, une tension civile au sein même de la population parce que s'attaquer à une église, à un prêtre, c'est s'attaquer à un élément fondamental de l'identité et il faut que la société commence vraiment à réfléchir à comment appréhender cette terreur, comment aussi trouver la bonne approche pour résister à cette panique et à ce chaos que l'EI veut implanter dans nos sociétés.

Partager cette vidéo :

Publié le 28/07/2016

Toutes les vidéos

À DÉCOUVRIR AUSSI

Pages

Publicité