Vidéo associée: 

Quand la réalité augmentée permet de voir l’impensable

Corps: 

Comment la réalité virtuelle peut-elle aider à la préservation d'un patrimoine historique disparu ? Une application développée à Barcelone dans le cadre d'un projet de recherche européen baptisé CEEDS permet de plonger les visiteurs d'un ancien camp de concentration en Allemagne dans le décor et le contexte de l'époque.

Sur le mémorial de l'ancien camp de concentration de Bergen-Belsen, nous rencontrons l'historienne Stephanie Billib. Elle nous propose de l'accompagner, tablette en mains. 'Le mémorial est aujourd'hui un espace vide : il n'y a plus de baraquements, plus aucune trace du camp, explique-t-elle. Mais quand on voit cette reconstitution sur l'écran et qu'on se déplace, c'est une aide précieuse pour se faire une idée du lieu,' indique-t-elle.

Sur ce site semblable à n'importe quelle forêt allemande, environ 70.000 personnes - des prisonniers de guerre et des juifs - ont perdu la vie pendant la Seconde guerre mondiale.

Went to the memorial Bergen-Belsen
Again a really interesting but heartbreaking trip pic.twitter.com/d867g4NTYv- Betty (@CherieBetty) 21 octobre 2015

Pour mieux comprendre ce qui s'est passé sur place, des lycéens en visite ont des tablettes à leur disposition : l'application qu'elles renferment leur permet de visualiser la structure d'origine de ce camp nazi et totalement détruit après la guerre. 'Tout ce qui s'est produit ici, c'est horrible, souligne Benedict Plath-Steinbach, l'un des élèves. Grâce à l'application, on peut tout voir : partout, on voit des fosses communes, on voit aussi le cimetière pour enfants, le crématorium où les gens étaient brûlés... C'est horrible et effrayant, j'ai appris beaucoup de choses aujourd'hui,' conclut-il. Son professeur Jan Frühmark renchérit : 'Il est clair qu'avec cette application, les élèves sont beaucoup plus impliqués que face à une présentation classique.'

'Comme c'est très difficile de comprendre l'histoire de ce lieu - cela dépasse d'ailleurs notre entendement -, fait remarquer l'historienne Stephanie Billib, cela va nous aider d'avoir un outil comme celui-ci qui nous permet d'avoir une approche émotionnelle.'

Le virtuel pour stimuler la mémoire et renforcer la qualité de l'expérience

L'application a été développée par des scientifiques espagnols installés à Barcelone dans le cadre du projet de recherche européen CEEDS. Ils travaillent sur la réalité augmentée, mais aussi sur l'analyse des données massives (ou Big Data) et des réactions physiologiques et sensorielles.

Dans le cas de Bergen-Belsen, leur outil replace l'utilisateur dans le contexte de l'époque avec une dimension interactive. 'Nous avons construit une représentation éducative pour apprendre l'Histoire, précise Paul Verschure, psychologue de l'Université Pompeu Fabra de Barcelone. Et celle-ci est totalement fondée sur la participation : donc l'espace ne sert pas seulement à ancrer l'Histoire, c'est aussi un média qui nous permet de stimuler vraiment la mémoire et de renforcer la qualité de l'expérience, ajoute-t-il. C'est ce qu'on doit réussir à faire parce qu'il nous faudra être capable de raconter ce qui s'est passé aux générations futures et de concevoir pour eux, des expériences qui reposent sur l'information historique,' affirme-t-il.

La plateforme mêle cartes, modèles 3D géolocalisés, vues en réalités virtuelle et augmentée, éléments de contexte et documents d'époque. Le tout concocté par des spécialistes de l'informatique, mais aussi des artistes.

'La prochaine étape, déclare Sytse Wierenga, expert en médias interactifs au sein de la même université, c'est de faire en sorte que cette plate-forme intègre le programme éducatif du mémorial, d'en faire l'un des outils pour enseigner l'Histoire : elle ne remplace rien, mais constitue un moyen supplémentaire de représenter le passé.'

Les scientifiques cherchent à présent à rendre leur système plus personnalisable afin qu'il s'adapte à chaque visiteur du camp. Stephanie Billib explique d'ailleurs que déjà, 'on peut choisir de manière spécifique ce qu'on veut voir, ce qui nous intéresse.'

Faciliter l'utilisation des données massives par l'homme, c'est le but plus global du projet CEEDS qui peut avoir des applications dans des domaines comme l'astronomie, l'économie et la recherche en histoire.

Partager cette vidéo :

Publié le 18/03/2016

Toutes les vidéos

À DÉCOUVRIR AUSSI

Pages

Publicité