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Portugal : les effets du plan de sauvetage, au quotidien

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Voilà 4 ans, le Portugal appelait ses partenaires européens à l'aide.
78 milliards d'euros sont alors débloqués, et assortis de conditionnalités. Le pays souscrit à un programme de réformes et de réduction des dépenses publiques sur 3 ans.

A la veille du prêt octroyé par la Troïka, composée du Fonds monétaire international, de la Banque centrale européenne et de l'Union européenne, le déficit du Portugal se chiffre à 10% du PIB.

En mai, le pays est sorti de ce plan d'aide.
Entre-temps, le déficit est repassé sous la barre des 5%, en 2013, le Portugal a renoué avec la croissance l'année suivante, et les économistes tablent sur une croissance d'1.6% en 2015.

Mais le chômage a par ailleurs flambé, prenant 5 points entre 2011 et 2013. Dans une phase descendante depuis, il touche aujourd'hui environ 14% de la population active.

L'association catholique Caritas observe même que le taux de pauvreté augmente chez les moins de 18 ans.

Pour discuter des répercussions du plan d'aide, et des années de rigueur, sur la vie quotidienne, nous avons sollicité l'éclairage de Paul Almoster, rédacteur en chef économie à TVI, une chaîne de télévision privée portugaise.

Dulce Dias, euronews :

'Pourriez-vous nous expliquer ce qui a changé, structurellement, dans l'administration portugaise, dans l'État portugais?'

Paulo Almoster :

'Peu de choses ont changé, structurellement, au sein de l'État portugais. Et c'est la même chose avec l'économie portugaise. C'est une période trop courte pour évaluer les résultats du programme de la Troïka et ses effets structurels.
Mais Il y a changement structurel dans la vie des gens et dans leur relation à l'Etat, c'est l'augmentation des impôts.
Pour atteindre les objectifs sur lesquels le Portugal et la Troïka se sont mis d'accord en 2012, le gouvernement a mis en place une très forte augmentation d'impôts.
Juste pour que vous ayez une idée, l'IRS, l'impôt sur le revenu, a augmenté d'environ 30% '

Dulce Dias, euronews

Est-ce que cette augmentation des impôts va continuer?

Paulo Almoster :

'Le problème, c'est que nous ne disposons pas de grandes perspectives. On ne sait pas bien comment on va pouvoir s'alléger de ce lourd fardeau fiscal dans les prochaines années.
Le pays a signé des accords selon le cadre européen, ce qui nous oblige à placer la dette dans une trajectoire descendante constante au cours des 20 ou 30 prochaines années.
Donc, à mon avis, cette énorme augmentation des impôts est vouée à continuer.'

Dulce Dias, euronews :

'Et comment cela se retranscrit-il dans la vie quotidienne?'

Paulo Almoster :

'Le problème, c'est que les gens commencent à s'habituer à vivre avec moins d'argent. Les Portugais sont plus pauvres aujourd'hui.
Les revenus n'y changent pas grand chose, car le salaire net après impôt a tendance à baisser.
Et là je parle de la classe moyenne, de la plus large part de la population qui paie des impôts.

En termes de consommation, par exemple, les gens ont cessé d'acheter des voitures, et donc les ventes ont fortement diminué. Les ventes de voitures sont en train de remonter, mais les chiffres sont encore très faibles.
Au supermarché, les gens n'achètent plus de boeuf. Ils se replient sur le poulet ou la dinde - un choix beaucoup moins cher.
Ces exemples concrets montrent comment les gens se sont adaptés à la situation.
Les gens ont aussi commencé à emmener leur déjeuner au travail. Les restaurants en ont ressenti les effets et ont connu une crise profonde.
Au cours des dernières années, les ventes de ces robots servant à préparer la nourriture ont explosé au Portugal, à des niveaux record.

Les gens ont également commencé à prendre des vacances plus courtes et à viser le Portugal, plutôt que l'étranger pour leurs congés. Évidemment, ça a été positif pour le tourisme portugais - mais ce n'était pas le but. C'est juste que les gens n'avaient pas d'argent.'

Dulce Dias, euronews /

2Ce changement de comportement illustre-t-il un changement profond de mentalité, ou est-ce seulement conjoncturel?2

Paulo Almoster :

'C'est difficile à évaluer sur cette période. Et les gens sont encore très remontés contre la Troïka et les politiciens.

Nous nous dirigeons vers des élections législatives, en septembre ou en octobre, et ce sera le moment de voir si les gens vont ou non pénaliser les partis politiques.

Mais, quand on regarde les sondages, on n'est pas dans le cas de figure de la Grèce, avec Syriza, ou de l'Espagne, avec des partis comme Podemos ou Ciudadanos, qui pèsent sur le plan électoral. Tout au moins, c'est ce qu'on voit dans les sondages.'

Dulce Dias, euronews :

'La Troïka s'est retirée du Portugal il y a environ 6 mois, mais le pays est sous surveillance, au moins jusqu'en 2026. Quel est l'avenir du Portugal selon vous?'

Paulo Almoster :

'Ce que je prévois, avec les compromis actuels, ce sont des années d'austérité permanente, en raison de l'engagement à réduire la dette publique.

L'État n'a aucun moyen de baisser les impôts et d'augmenter les retraites, dans un pays où la population vieillit à un rythme très accéléré.

Nous avons vu ces dernières années un grand nombre de jeunes émigrer. Ces personnes ont disparu. C'était une génération qualifiée, formée au Portugal, mais aujourd'hui ils travaillent à l'étranger.

Ici, il y a des personnes âgées, des personnes à la retraite. Elles sont de plus plus en plus nombreuses et elles vivent de plus en plus longtemps. En conséquence, les pensions vont être de plus en plus basses et l'âge de la retraite va être de plus en plus élevé.'

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Publié le 16/05/2015
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