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Mohammad Javad Larijani : “Les exécutions en Iran se font dans le cadre de la loi”

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Secrétaire général du Haut conseil iranien pour les droits de l'Homme et conseiller de premier plan auprès du Guide suprême, Mohammad Javad Larijani évoque avec nous, les droits de l'Homme et la politique étrangère de son pays. Il justifie les nombreuses exécutions commises dans le pays, notamment de mineurs.

Lors d'une 'précédente interview il y a deux ans'http://fr.euronews.com/2014/11/07/l-iran-est-victime-d-un-terrorisme-mediatique-et-politique/, nous avions déjà évoqué avec Mohammad Javad Larijani, les nombreuses atteintes aux droits de l'Homme en Iran commises par des instances liées au gouvernement et à l'appareil judiciaire. Il avait promis le changement. Depuis lors, les Nations-Unies et Amnesty International ont pointé du doigt quantité de violations de ce type, notamment le fait que les exécutions dans le pays n'ont jamais été aussi nombreuses.

Fariba Mavaddat, euronews :
'L'an dernier, il y a eu 900 exécutions en Iran : elles ont notamment concerné un certain nombre de mineurs qui étaient de simples enfants au moment des faits qui leur sont reprochés.'

Mohammad Javad Larijani, du Haut conseil iranien pour les droits de l'Homme :
'Les exécutions qui ont lieu en Iran se font dans le cadre de la loi. Il faut souligner que 90% de ces cas ont à voir avec des délits liés aux stupéfiants.'

'Il y a une grande différence entre un enfant et un mineur'

Fariba Mavaddat :
'Actuellement, d'après Amnesty International, 160 mineurs sont sous le coup d'une condamnation à mort. Certains le sont depuis sept ans. D'après vous, comment peut-on se sentir quand on grandit en attendant d'être exécuté ?'

Mohammad Javad Larijani :
'Tout d'abord, il y a une grande différence de concept entre un enfant et un mineur.'

Fariba Mavaddat :
'A 17 ans, on est encore mineur d'après le Pacte international relatif aux droits civils et politiques...'

Mohammad Javad Larijani :
'Un mineur peut être assez proche du statut légal d'une personne majeure : il se peut qu'il l'atteigne quelques mois plus tard. Une personne de moins de 18 ans, en principe, ne peut pas être condamné à mort sauf si le juge la considère suffisamment capable de porter la responsabilité de ses actes.'

No reservation, no exception. Stop sending juvenile offenders to the death row HassanRouhani #Iran #DeathPenalty pic.twitter.com/rXqyxSdRzo- Amnesty Iran (AmnestyIran) 4 mars 2016

Fariba Mavaddat :
'Comment est-ce possible qu'un juge puisse statuer deux ou trois ans après les faits que telle personne dans de telles circonstances, dans telle situation, avait à ce moment-là, la maturité d'esprit suffisante ?'

Mohammad Javad Larijani :
'La procédure ne débute pas trois ans après les faits. Elle démarre immédiatement après que le délit a été commis. Dans certains cas - dans la plupart des cas -, la justice a besoin d'un psychologue, d'un médecin pour établir l'état physique et mental de la personne en cause.'

Mineur au moment des faits, Saman Naseem a été exécuté pour 'activité terroriste'

Fariba Mavaddat :
'Permettez-moi de citer l'exemple de Saman Naseem qui a été arrêté quand il avait 17 ans, puis exécuté l'an dernier. Son délit : 'Inimitié à l'égard de Dieu.' J'aimerais vous demander : 'Dieu ne peut-il pas se débrouiller seul face à un enfant ?'

Mohammad Javad Larijani :
'C'est un intitulé. Cet intitulé correspond à un certain nombre de délits pour lesquels la peine capitale peut être prononcée. Quelqu'un comme Naseem, malheureusement, a été pris pour activité terroriste en réalité.'

Fariba Mavaddat :
'M. Larijani, en toute franchise, n'avez-vous pas fait des erreurs quand vous aviez 16, 17 ou 18 ans. Des choses que vous regrettez aujourd'hui ?'

Mohammad Javad Larijani :
'Il m'arrive de faire des erreurs et de me dire ensuite : 'Oh mon Dieu, je préfererais ne pas les avoir faites.'
Le système de sanction en Iran n'est pas fondé sur la revanche, mais sur la réhabilitation.'

Fariba Mavaddat :
'C'est pour ça que des mineurs sont exécutés ?'

Mohammad Javad Larijani :
'C'est pour cette raison qu'il y a beaucoup d'exemptions pour les mineurs. Mais ils s'y exposent, par exemple en cas d'activités terroristes.'

'La liberté d'expression illimitée n'est pas raisonnable'

Fariba Mavaddat :
'Passons à un autre sujet : la liberté d'expression. Facebook est bloqué, des bloggers sont régulièrement interpellés et emprisonnés et la moindre critique envers le système ou envers le Guide suprême peut se solder par une lourde peine.'

Mohammad Javad Larijani :
'Eh bien, la liberté d'expression illimitée n'est pas raisonnable et nulle part, elle n'est garantie. Les gens peuvent critiquer l'ensemble du gouvernement de fond en comble sur les questions de gouvernance et de politique...'

Fariba Mavaddat :
'Evoquons les élections à présent : les résultats du dernier scrutin montrent que les modérés et les réformateurs ont obtenu la majorité au Parlement, mais c'est quelque chose de théorique puisque le Conseil des Gardiens de la Constitution a le dernier mot et un droit de veto sur toutes les lois adoptées au Parlement et dans les faits, ce Conseil composé de conservateurs rend le Parlement inopérant.'

Mohammad Javad Larijani :
'Le rôle du Conseil n'est pas d'intervenir dans les décisions. Ses membres ont simplement deux choses à faire : établir si la loi est contraire à la Constitution et si elle est conforme aux préceptes de l'Islam.
Le Conseil des Gardiens est une institution complémentaire qui examine si la loi respecte ou non la Constitution.'

Fariba Mavaddat :
'Parlons économie. L'Iran est en train de s'ouvrir à des contrats avec de firmes internationales de l'énergie comme BP et Shell. Comment expliquer que ces négociations se passent derrière des portes closes et dans un absolu secret ? Vous savez, le pétrole est une richesse nationale. Tout ce pétrole jusqu'à la moindre goutte appartient aux Iraniens. Pourquoi ne pourraient-ils pas être informés des termes dans lesquels on vend leur richesse ?'

Mohammad Javad Larijani :
'Premièrement, il est du devoir du gouvernement de conclure ces accords et quand il est en train de négocier un accord, je ne crois pas que ce soit courant de le faire en public.'

'On lutte très fortement contre la corruption'

Fariba Mavaddat :
'Les Iraniens ont le droit d'avoir accès à ces informations. Sinon, on pourrait accuser les négociateurs et les autorités iraniennes de pots-de-vin et de corruption.'

Mohammad Javad Larijani :
'Les pots-de-vin, cela fait partie de la corruption qui peut se produire ailleurs dans le monde. On n'est de toutes façons, pas à l'abri de telles pratiques, que les négociations se fassent publiquement ou non. On doit avoir un système de contrôle capable d'empêcher les pots-de-vin.'

Fariba Mavaddat :
'Est-ce que ce système de contrôle existe aujourd'hui en Iran ?'

Mohammad Javad Larijani :
'Oui, on lutte très fortement contre la corruption. Mais la corruption est une maladie internationale, une maladie mondiale. On ne peut pas l'éradiquer, mais on peut la réduire, on peut la contrôler.'

'On n'a jamais envoyé de soldats en Syrie'

Fariba Mavaddat :
'Vous êtes aussi un conseiller de premier plan sur les questions internationales auprès du Guide suprême. Pourriez-vous me dire pourquoi ces deux dernières semaines, l'Iran a retiré presque tous ses soldats de Syrie et n'y a maintenu que 700 conseillers militaires ? Quel accord avez-vous conclu avec d'autres acteurs dans cette région ?'

Mohammad Javad Larijani :
'On n'a jamais envoyé de soldats là-bas. On aide la Syrie à préserver sa souveraineté et son intégrité territoriale.'

Fariba Mavaddat :
'Où en sont vos relations avec la Turquie et l'Arabie saoudite ?'

Mohammad Javad Larijani :
'On ne peut pas échapper au fait que nous sommes voisins. On est capable de nous défendre nous-mêmes, mais ce n'est pas suffisant. Il faut empêcher la région de sombrer dans le chaos.'

'Ceux qui ont créé cet 'Etat islamique' paieront un prix élevé, qu'il s'agisse des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne ou des pays de la région'

Fariba Mavaddat :
'Rapidement, parlons de l'organisation Etat islamique. Elle a été plutôt utile - pourrait-on dire - : elle vend le pétrole qui ne pourrait pas facilement être vendu autrement sur le marché, et ce pour plusieurs raisons. Parmi lesquelles, les sanctions à l'encontre de l'Iran.
L'organisation dispose de ses propres banques pour faciliter les transactions financières. Donc finalement, si la coalition et l'Iran voulaient vraiment détruire l'Etat islamique, ce serait facile.'

Mohammad Javad Larijani :
'Je pense que ce dont vous parlez, c'est l'ironie de la situation. Ces gens sont des parasites qui ont été formés pour atteindre des objectifs politiques, mais aussi économiques. C'est une situation nouvelle, mais je crois que ceux qui ont créé ce prétendu Etat islamique, le financent et le soutiennent, paieront un prix élevé, qu'il s'agisse des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne ou des pays de la région. Ce ne leur sera pas profitable à terme.'

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Publié le 05/03/2016

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