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Les réformes structurelles sont-elles efficaces ?

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On ne parle que de cela : les réformes structurelles.
Cette semaine Real Economy décrypte cette expression très en vogue. Définition, impacts sur nos vies et nos porte-monnaies et plus important encore, sont-elles vraiment efficaces ?

Pour en parler, Pierre Moscovici, le commissaire européen aux affaires économiques en charge du programme des réformes structurelles de la Commission.
Nous irons en Irlande, championne de la reprise, pour voir comment s'est effectuée cette embellie économique.
Et puis direction l'Allemagne pour analyser le calendrier des réformes.

Réformes structurelles, comment ça marche ?

Les réformes structurelles sont destinées à rendre notre économie flexible et plus résistante aux chocs. Augmenter la concurrence sur le marché offre plus de choix et par conséquent les prix baissent, stimulant la demande. S'ensuit une hausse de la production et des embauches pour produire encore plus. A long terme, les salaires augmentent.

Les réformes structurelles du marché du travail se traduisent à court terme par une baisse des salaires et une hausse du chômage.
Sur le long terme, la flexibilité, des contrats de travail par exemple, incite les entreprises à recruter davantage.

En théorie, combiner ces deux approches peut stimuler la croissance.

Les salariés peuvent compenser leur baisse de revenus par des heures supplémentaires. Et les ménages maintiennent leur pouvoir d'achat grâce à la baisse des prix.

Les entreprises augmentent leurs marges et peuvent investir davantage. Ainsi, à long terme, les entreprises vendent plus, l'emploi et les salaires augmentent. L'économie globale devrait s'améliorer.

L'Irlande, championne de la reprise

Cap sur l'Irlande. Après des années de crise, le tigre celtique a repris de la vigueur. Une embellie économique qui fait des envieux dans la zone euro. Le déficit a diminué et le taux chômage est en
en dessous de la moyenne de la zone euro. Même la réduction de sa dette souveraine est en bonne voie.

Chez les Keogh, au nord de Dublin, on cultive la pomme de terre depuis des générations. En 2011, alors que les commandes déclinent, Tom et ses frères ont une idée lumineuse : transformer leurs invendus en chips. 'Nous avons démarré cette activité au milieu de la récession en Irlande explique Tom Kheogh. Cela fait maintenant 4 ans et nous avons embauché 27 personnes de plus, c'est la conséquence directe du démarrage de cette nouvelle activité. Nous prévoyons d'embaucher 12 autres personnes cette année. Nous exportons actuellement environ 15% de notre volume dans environ 14 pays à travers le monde.'

We're hiring a Sales & Business Development Manager (Export Markets) apply here: https://t.co/E0FXGm9MIB #jobfairy pic.twitter.com/3iQZhqaNU8- Keoghs Farm (@Keoghsfarm) February 15, 2016

Alors que la plupart des entreprises privées licencient dès le début de la crise financière en 2008, le secteur agro-alimentaire est épargné. Même l'Etat taille dans ses effectifs, baisse les salaires des fonctionnaires et augmente leurs impôts.

Quand la Troïka arrive, fin 2010, cela fait 2 ans que les salaires sont gelés dans le privé. Les syndicats de la fonction publique ont eux déjà renoncé à la grève contre l'engagement de l'Etat à ne plus rogner les fiches de paie et à ne plus licencier.

Début 2012, le chômage culmine à plus de 15 % de la population active. Dublin lance alors un plan d'action pour l'emploi. Objectif : dispenser des formations correspondant aux besoins des entreprises, attirer l'investissement étranger et stimuler un entrepreneuriat tourné vers l'export, comme le business de Tom.

Enterprise Ireland est une des 60 agences gouvernementales impliquées dans cette stratégie. 'L'Irlande est un petit marché, alors quand des entreprises irlandaises se lancent, elles doivent se focaliser dès le départ sur l'international souligne Kevin Sherry. Nous les finançons partiellement, nous les aidons à former des des managers, et nous les aidons à se développer à l'international.'

Depuis 2012, ce plan a permis de créer 136.000 emplois.
Il est soutenu par un impôt sur les sociétés attractif, compris entre 12,5 et 25 % en fonction du secteur d'activité.

Pour l'économiste Aidan Regan, cette stratégie s'inscrit dans la continuité des politiques menées en 'Irlande': http://ec.europa.eu/europe2020/pdf/csr2015/nrp2015_ireland_en.pdf depuis une trentaine d'années. Et quand on lui demande si des réformes structurelles ont joué un rôle dans la reprise irlandaise, sa réponse est catégorique : ' Non. Les investissemens étrangers directs soutiennent la reprise irlandaise, en particulier les exportations et les multinationales américaines. C'est le rôle de l'Etat, d'une entreprise active et d'une politique industrielle. Un marché du travail flexible et un régime fiscale pour les entreprises compétitives sont essentielles. Les réformes structurelles recommandées par la troïka pour la santé, les professions juridiques, n'ont jamais été mises en oeuvre.'

Aujourd'hui, nombre d'Irlandais se demandent encore pourquoi la troïka ne s'est pas contentée d'une restructuration bancaire et sont avides de tourner la page de l'austérité.

Les défis de l'Allemagne

Direction à présent un pays qui fait face à de grands changements démographiques. L'Allemagne a une population vieillissante et a effectué d'importantes réformes du marché du travail en 2003 ainsi que l'an dernier. Mais avec un afflux massif de migrants, elle fait face aujourd'hui à un défi beaucoup plus grand.

L'an dernier, l'Allemagne était à contre-courant en Europe.
Alors que le reste du continent s'est serré la ceinture, le pays a mis en place un salaire minimum

Le marché en Allemagne a beaucoup changé au cours des 10 dernières années. Les réformes effectuées en 2003 avaient pour but de ramener les Allemands dans le monde du travail. Sur cette période, le chômage a été réduit de moitié.

Marta's #minijob was turned into a real contract, like 200k other German #workers. It was awesome' she says. pic.twitter.com/LXv77nA2vK- Guillaume Desjardins (@GuilDesjardins) February 17, 2016

Aujourd'hui, l'objectif est d'améliorer les conditions de ceux qui ont été laissés de côté: les jeunes travailleurs, les femmes et les migrants.
'Les réformes Schröder ont détruit il y a 13 ans le marché de l'emploi et son organisation avec comme résultat que tout bon emploi régulier était transformé en emploi précaire souligne Dierk Hirschel, économiste chez Ver. Di. Un temps plein devenait 3 mini-jobs ou temps partiels. Il était vraiment nécessaire de changer de cap et de rétablir l'ordre sur le marché de l'emploi.'

Le mini-job, c'est un contrat non soumis aux cotisations sociales. Moins cher pour l'employeur, il est aussi plus flexible. En effet, il ne prévoit aucune obligation en termes de durée de travail.
Avec plus de 500 000 emplois vacants en Allemagne dans les secteurs spécialisés tels que l'ingénierie, l'informatique ou la santé, le prochain défi sera de former, d'attirer et de garder les travailleurs qualifiés en Allemagne.

Minimum wage in #Germany didn't destroy jobs. It actually helped #minijobers get real contracts. #StructuralReforms pic.twitter.com/IiLuW7OLiq- Guillaume Desjardins (@GuilDesjardins) February 17, 2016

Dans les prochaines années, l'Allemagne va faire l'objet de changements démographiques importants ; le pays vieillit et cela va changer considérablement le visage du marché du travail.
_'La croissance allemande est très dépendante des exportations explique David Pothier du German Institute for Economic Research.
Et nous avons vu des signes positifs à cet égard, dans les derniers trimestres, avec une demande intérieure plus forte. Ce qui est précisément le type de transition que nous aimerions voir se poursuivre à l'avenir.'_

Et ces transitions continueront à se produire tant que l'économie et la population feront face à des défis futurs, que ce soit le vieillissement, la migration ou la stimulation du marché intérieur.

Pierre Moscovici: 'Nous ne devons pas craindre les réformes

Maithreyi Seetharaman, euronews
La reprise en Irlande suscite beaucoup de questions. Peut-on donner un crédit quelconque aux réformes structurelles ou est-ce le résultat d'un pays flexible ?

Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires économiques

Je dirais les deux. Même pendant la crise, l'Irlande était une économie ouverte, de petite taille mais avec des spécialisations importantes et un marché du travail très flexible.
Mais en même temps il y a eu des réformes sur le plan fiscal parce que le pays était sous programme de la troïka.

Aujourd'hui, nous ne pouvons pas dire que l'Irlande ne fait pas partie du mouvement, de l'initiative BEPS, mais aussi du marché du travail et des produits. Donc dans l'ensemble je pense que la flexibilité et les réformes structurelles fonctionnent ensemble.

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Comment convaincre les pays d'adhérer surtout quand le processus de réforme se traduit par un ralentissement ?

Pierre Moscovici

Il y a eu beaucoup d'efforts dans le passé, et il y en a encore aujourd'hui. Je dirais donc que l'impact budgétaire global pour la zone euro est neutre et peut-être légèrement positif hors crise des réfugiés.

Mais je pense que nous devons inventer des réformes pour l'avenir, pour l'innovation, la qualité des dépenses publiques - Pour moi, c'est l'aspect le plus important.

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Comment faites-vous corréler cette idée avec la perception du public que les réformes structurelles équivalent à des décisions financières difficiles, à l'austérité ?

Pierre Moscovici

C'est vrai que pendant une période, l'assainissement budgétaire a eu un impact négatif sur la croissance. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Nous ne devons pas craindre les réformes. Les réformes ne sont pas assimilées à des inégalités. Au contraire, les investissements sont une question de progrès, l'innovation aussi. Les réformes du marché du travail ont à voir avec la flexibilité, mais aussi la sécurité des individus.

euronews
L'Allemagne est confrontée à de très grands défis, de quoi a-t-elle besoin dès aujourd'hui ?

Pierre Moscovici

Les excédents extérieurs de l'Allemagne sont énormes aujourd'hui, de l'ordre de 9% et donc pour moi, cela crée un déséquilibre qui doit être traité- et la réponse est clairement l'investissement.
Et puis la crise des réfugiés est arrivée, et d'un point de vue économique, elle peut être une occasion de...

euronews
Et un grand nombre d'entre eux sont plutôt qualifiés.

Pierre Moscovici

Oui, ils sont probablement qualifiés, mais pas exactement avec nos critères. Et encore, si je regarde l'Allemagne, il existe des besoins dans le marché du travail , et cela nécessite des politiques publiques, l'apprentissage de la langue, l'adaptation des compétences aux besoins du marché. Des milliards d'euros sont sans doute nécessaires ici. Alors, comment les obtenir ?

La première source de ces fonds est nationale. Lorsque Wolfgang Schäuble parle d'une taxe européenne sur l'essence pour financer la crise des réfugiés, je ne suis pas sûr qu'elle soit très populaire, mais je pense que la question mérite d'être posée. Ce débat doit avoir lieu.

euronews
D'accord, donc si nous transposons ce débat à une échelle européenne, comment gérez-vous la croissance ?

Pierre Moscovici

Les risques de baisse sont majeurs. Regardez ce qui se passe en Chine. Il y a aussi bien sûr le niveau des prix du pétrole et donc le fait que nous ne sommes pas en déflation, mais en trop faible inflation. Voilà les menaces de demain. Les réfugiés ne sont pas une menace économique.

Je dirais que notre croissance dans l'UE et dans la zone euro est moins vulnérable à l'extérieur, si je regarde les chiffres, l'Italie n'est plus en récession. Et l'Espagne est au-dessus de la croissance moyenne. Il y a aussi des problèmes de finances publiques qui doivent être abordés, car d'une part vous avez besoin de réformer et de l'autre part, vous devez soutenir la croissance.

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Publié le 22/02/2016
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