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Les partis de la droite dure “nous amènent dans le mur”

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Dans un contexte de montée en puissance de l'extrême droite et de la droite populiste dans plusieurs pays européens, notamment en Allemagne et en Autriche, nous recueillons le point de vue de 'Jean-Yves Camus'http://www.iris-france.org/chercheurs/jean-yves-camus/*, politologue, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et spécialiste des nationalismes et extrémismes en Europe.*
Pour lui, la progression de ces formations s'explique en partie par 'un déficit d'identité européenne'. Il affirme également que leurs électeurs 'ne sont pas certains que [ces partis] seront excellents au pouvoir, mais [ils] veulent tellement renverser les autres qu'[ils] vont leur donner leurs chances.'

Sophie Claudet :
'Comment expliquer la percée des populismes de droite et de l'extrême droite en Europe ?'

Jean-Yves Camus :
'Il y a une question migratoire, un questionnement des électeurs européens sur l'immigration, mais il y a également une crise de la construction européenne et un déficit d'identité européenne. Les citoyens ont l'impression que l'Union européenne, c'est un peu un monstre froid, éloigné, à la légitimité démocratique assez peu établie et ils en contestent non pas le principe - ils veulent de l'Europe -, mais ils ne veulent pas nécessairement de celle-là.'

Au sein du gouvernement autrichien, 'le FPÖ n'a pas rempli ses objectifs'

Sophie Claudet :
'Ces partis de droite dure ont-ils réellement un programme qui tienne la route ?'

Jean-Yves Camus :
'Ce que l'on sait, c'est qu'en Autriche, le FPÖ a déjà participé à une coalition de gouvernement à partir du début de l'année 2000 et qu'il n'a pas rempli les objectifs qu'il s'était assignés, il n'a pas fait la politique qu'il avait proposé aux électeurs et c'est d'ailleurs ce qui lui a valu d'être sanctionné à l'élection législative suivante.'

Autriche #FPO extrême droite UE franceculture JY Camus Le Rider VPertusot DamienDegeorges https://t.co/t04uMS5ZHk pic.twitter.com/F3HLrlducT- Merryl Moneghetti (MerrylM) 21 mai 2016

Sophie Claudet :
'Sauf qu'aujourd'hui, le FPÖ a le vent en poupe. On peut imaginer que très certainement, le prochain président autrichien sera issu de ce parti, peut-être même le futur chancelier. Donc, finalement, les Autrichiens se sont rangés du côté de ce parti d'extrême-droite.'

Jean-Yves Camus :
'Les Autrichiens sont dans une situation assez particulière parce que comme en Allemagne, l'Autriche est gouvernée par une grande coalition des sociaux-démocrates et des chrétiens-démocrates - de la gauche et de la droite - et c'est au fond, cette modalité de gouvernement qu'aujourd'hui, une partie des deux électorats conteste. Elles veulent en quelque sorte renverser la table et donner sa chance à un parti qui a un discours très simple : 'Il y a les élites et le peuple et les élites vous ont trahi, nous sommes le peuple, nous vous représentons et si on arrive aux affaires, nous allons faire exactement le contraire de ce que les partis 'mainstream' [traditionnels] ont jusqu'ici réalisé. C'est avec cet argument simple qu'une partie de l'électorat se dit : 'Mais finalement, ces partis ne sont peut-être pas très structurés, on n'est pas certain qu'ils seront excellents au pouvoir, mais on veut tellement renverser les autres qu'on va leur donner leurs chances.'

'Courir après le vote de l'extrême droite ? Une tactique qui ne marche jamais'

Sophie Claudet :
'Est-ce que les partis traditionnels républicains européens se remettent en cause ou ont-ils plutôt tendance à s'aligner sur la rhétorique des populismes ?'

Jean-Yves Camus :
'On a effectivement une tentation dans une partie de la droite démocratique de courir après le vote de l'extrême droite. C'est une tactique qui ne marche jamais. On le sait en France depuis une trentaine d'années. Mais il y a encore des hommes politiques qui pensent qu'en surenchérissant sur les propositions de l'extrême droite - du Front national par exemple -, on fait revenir ses électeurs. C'est effectivement pour l'instant un pari qui n'a pas marché, il y a au contraire - me semble-t-il - une nécessité pour la droite libérale et conservatrice de revenir sur ses fondamentaux, de renouer avec cette idéologie qui est très ancienne : celle du libéralisme tout simplement, celle du conservatisme sociale et puis, d'expliquer aux électeurs que les partis purement protestataires qui n'ont pas d'expérience de gouvernement sont des partis qui nous amènent dans le mur parce qu'on peut effectivement contester les modalités de la construction européenne, pour autant en sortir, dire non à l'Europe, partir seul, c'est évidemment - économiquement en particulier - aller dans le mur.'

J-Y Camus: L'appel des peuples à un retour de souveraineté mérite vrai débat jeanYvesCamus1 https://t.co/ZbfdqjeHMf pic.twitter.com/nyPUtVrvAb- MLBonavita (mlbo) 6 septembre 2016

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Publié le 23/09/2016

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