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La Tunisie face au dilemme des djihadistes repentis

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Touchée de plein fouet par le phénomène djihadiste, la Tunisie est aujourd'hui face à un dilemme : celui du retour au pays de ces jeunes partis combattre en Syrie, notamment. Ils seraient environ 6.000.

Parmi eux, Mohamed. Il a quitté il y a cinq ans la maison familiale. Sa situation en Syrie est confuse. On ignore s'il a combattu dans les rangs de l'Etat islamique. Il a été arrêté par les forces syriennes.

Rabia espère voir son fils revenir à la maison. Mais ce n'est pas si simple :

'Mon fils est toujours le même qu'avant. Il veut rentrer en Tunisie pour gagner sa vie et soutenir sa famille. Son père est mort entre temps. Cela été très dur pour Mohamed. Il est encore jeune, il a été exploité. Je veux retrouver mon fils.'

Début janvier, Rabia recevait ce message vocal de son fils. Mohamed lui expliquait avoir été libéré de prison. Il se trouvait à Damas. Pourra-t-il rentrer au pays ?

Des collectifs citoyens s'opposent au retour de ces Tunisiens partis combattre en Syrie, en Irak, et en Libye. Ils estiment qu'ils représentent une menace pour la sécurité nationale :

'On comprend parfaitement le sentiment des mamans qui attendent avec impatience le retour de leurs enfants, de leurs fils. On les comprend, on est solidaires avec ces familles. Mais on ne l'est pas avec les terroristes. On ne peut pas', explique Boutheina Chihi Ezzine, l'organisatrice d'une manifestation.

Une association tente de venir en aide à ces familles qui espèrent pouvoir retrouver leurs fils, désormais bloqués dans des pays en guerre. Son président appelle à faire le tri parmi les combattants :

'Il y a des terroristes, il y a des innocents, il y a des embrigadés, il faut les classer. Nous on croit qu'il faut faire le classement. Nous, comme association, on ne parle pas des terroristes, on ne défend pas les terroristes', souligne Mohammed Iqbel, président de l'association de sauvetage des Tunisiens bloqués à l'étranger.

D'un point de vue juridique, l'Etat tunisien ne peut pas s'opposer au retour des combattants. Sur ce point, la Constitution est sans équivoque, comme l'indique Chafik Hajji, le directeur général des Affaires consulaires au ministère tunisien des Affaires étrangères :

'L'article 25 de la Constitution tunisienne stipule qu'il est interdit d'empêcher un Tunisien de retourner dans son pays, ni d'ailleurs de le déchoir de sa nationalité. Mais nous traitons ce sujet avec le sérieux et la responsabilité qu'il mérite, et le dernier mot revient au système judiciaire.'

La prison, c'est ce qui attend la plupart des djihadistes de retour au pays. Mais pour la justice, difficile de prouver la participation de ces jeunes à des activités criminelles.

'On va juger des gens avec des dossiers qu'on ne peut pas avoir, sur des crimes qu'on ne sait pas qui a fait quoi sur le terrain syrien. On n'a pas les dossiers', souligne Ridha Raddaoui du
Centre tunisien de recherches et d'études sur le terrorisme.

Selon les autorités tunisiennes, plus de 800 djihadistes tunisiens sont déjà rentrés au pays. Des centaines d'autres sont actuellement bloqués en Syrie ou ailleurs. La Tunisie n'a pas fini de débattre sur leur sort.

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Publié le 24/02/2017