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Guérilla urbaine à Kiev

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La police a lancé un assaut ce mercredi matin contre les barricades des manifestants anti-Ianoukovitch. Un assaut meurtrier puisque au moins deux manifestants ont été tués par balles depuis ce matin.
Le pouvoir a donc choisi la manière forte au quatrième jour de violences.
A l’heure actuelle, les affrontements se concentrent sur la rue Grouchevski, à mi-chemin entre la place de l’Europe et le siège du gouvernement. Plus précisément près du stade de football du Dynamo. Les manifestants sont retranchés derrière des barrages de pneus en feu au niveau de l’entrée du stade. Les forces anti-émeutes les ayant repoussés jusque là.
Les manifestants résistent aux tirs de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes.

7h ce matin

Les forces anti-émeutes ont lancé l’offensive dans la rue Grouchevski, proche du gouvernement et du Parlement, provoquant des heurts d’une violence inédite à Kiev.

9h
La nouvelle de la mort de deux manifestants circule parmi les manifestants et galvanise les foules. Ils crient “assassins !” et “Gloire à l’Ukraine !” à l’intention des forces de l’ordre.

On apprend que l’une des deux victimes a été touché par balles à la tête, au cou et à la poitrine. Des rumeurs circulent sur sa mort, qui a tiré ? Selon une source au sein du service médical improvisé de l’opposition, le manifestant a été tué par la police “probablement par un tireur embusqué”.

Le parquet ukrainien a confirmé qu’un second manifestant avait été tué par balles, alors qu’hier un jeune protestataire avait déjà trouvé la mort, en tombant d’une colonne du stade de foot au moment où la police chargeait les manifestants.

10h30
Ils sont 2 000 manifestants environ sur place. Après avoir partiellement détruit les barricades, la police a semblé se replier, mais les violences se sont poursuivies et intensifiées encore, et la police est revenue à la charge.
Les manifestants ont jeté des cocktails Molotov en masse sur les forces de l’ordre, et celles-ci ont riposté avec des tirs de balles en caoutchouc et de grenades assourdissantes.

11h
On a vu les ambulances emporter des blessés.
La police a utilisé la technique de la tortue pour démanteler les barricades petit à petit tout en se protégeant des projectiles de manifestants.

Tout ceci se déroule à quelques centaines de mètres de la place de l’indépendance, Maïdan, haut lieu de la revolution orange où se trouvent une foule importante qui écoute les différents partis d’opposition au gouvernement.

12h
Un char de l’armée a remonté la rue Grouchevski et dégagé les carcasses des bus incendiés il y a trois jours, des carcasses qui servaient jusqu’ici de barricades aux manifestants.
La police a procédé aussi à des arrestations, mais on n’en connaît pas le nombre.

13h
Dans un communiqué déplorant la mort des trois manifestants et exhortant la population à ne pas céder aux appels des “radicaux”, le président Ianoukovitch a déclaré: “Je suis contre le bain de sang, contre l’usage de la force, contre l’incitation à la haine et à la violence.”

14h30
Les leaders des trois principaux partis d’opposition rencontrent Viktor Ianoukovitch pour tenter de trouver une issue à cette crise et à ces violences. Il s’agit du chef du parti libéral Udar et ancien boxeur Vitali Klitschko, de l’ex-ministre de l’Economie Arseni Iatseniouk et de l’ultranationaliste Oleh Tiahnibok.

Pourquoi cette crise?

Les événements ont pris un tour violent dimanche après un rassemblement de masse auquel avait appelé l’opposition pour protester contre une nouvelle législation visant à empêcher
toute forme de protestation contre le gouvernement.
Dimanche, une manifestation a rassemblé 200.000 personnes et a été suivie par d’intenses violences. Une des lois permet notamment de condamner les manifestants à 5 ans de prison.

Le chef de l’Etat s’est jusqu‘à présent refusé à limoger le gouvernement Azarov ou à sanctionner le ministre de l’Intérieur pour la répression policière, comme le réclame l’opposition.

Cinquante personnes ont été arrêtées dans la nuit et 29
d’entre elles inculpées de participation à une manifestation de masse, rapporte la police, qui parle de 167 blessés dans ses
propres rangs. Aucun chiffre n‘était disponible dans l’immédiat sur le nombre de civils blessés.

Cette offensive musclée des forces de l’ordre intervient au lendemain de la menace du Premier ministre ukrainien Mykola Azarov de recourir à la force.

Soutien de Moscou, désaveu européen

Les autorités ukrainiennes ont reçu le soutien de Moscou, qui a dénoncé une situation qui “échappe à tout contrôle”.
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov a aussi pointé du doigt le soutien “indécent” apporté selon lui à l’opposition par les Européens.

Ceux-ci ont accusé le pouvoir ukrainien d’avoir provoqué l’escalade de la violence justement en adoptant des lois répressives contre les manifestants.

L’UE a vivement déploré l’usage de la force et les violences. Elle a demandé l’arrêt immédiat de ces violences. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a averti Kiev de “possibles actions” et de “conséquences pour les relations” avec l’Ukraine, sans donner plus de précisions.

En France, François Hollande, le président de la République, “a appelé les autorités ukrainiennes au strict respect de leurs engagements en matière de démocratie et d’Etat de droit”.

Mobilisation pro-européenne

Le mouvement de contestation est né fin novembre et dès le début il a mobilisé des centaines de milliers de personnes. Il s’agissait alors pour l’opposition de dénoncer la volte-face du président Ianoukovitch, qui a choisi de ne pas signer un accord d’association avec l’UE, pour se tourner vers la Russie. Il obtiendra quelques semaines plus tard un crédit de 15 milliards d’euros, et une baisse du prix du gaz russe que l’Ukraine achète.

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Rétrospective AFP :

– 21 NOVEMBRE: Le pouvoir suspend soudainement les négociations sur un accord d’association avec l’UE et décide de relancer les relations économiques avec Moscou, déclenchant des manifestations de l’opposition pro-européenne.

– 24: Des dizaines de milliers de personnes manifestent sur la place de l’Indépendance, baptisée aussi Maïdan, haut lieu de la Révolution orange en 2004. Rassemblements dans plusieurs autres villes, notamment à Lviv (ouest).

– 30: Dispersion violente par la police anti-émeute d’une manifestation sur Maïdan, faisant des dizaines de blessés dont de nombreux étudiants.
L’opposition exige la démission du chef de l’Etat ainsi que des élections anticipées, dénonçant un durcissement du régime.

– 1er DECEMBRE: Une foule de 200.000 à 500.000 manifestants se masse sur Maïdan, occupé depuis par des milliers d’opposants qui y ont dressé des tentes et des barricades.
Environ 300 blessés dans des affrontements devant le siège de l’administration présidentielle. Des centaines de militants de l’opposition occupent la mairie de Kiev.

– 8: au soir d’une nouvelle manifestation qui réunit des centaines de milliers de personnes à Kiev, un groupe d’opposants nationalistes, déboulonnent une statue de Lénine dans le centre de la capitale.

– 11: alors que la secrétaire d’Etat américaine adjointe, Victoria Nuland, et le chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, sont à Kiev, la police lance un assaut sur Maïdan pour tenter de déloger ses occupants, mais, bloquée par l’afflux de manifestants, elle est contrainte de battre en retraite.

-17: M. Ianoukovitch, en Russie, obtient de Moscou un crédit de 15 milliards de dollars et une baisse du prix du gaz russe que l’Ukraine achète. L’opposition l’accuse d’avoir “bradé” le pays mais semble désarçonnée par cet accord.

– 25: la journaliste d’opposition de la publication en ligne Ukraïnska Pravda Tetiana Tchornovil, connue pour ses articles très critiques sur M. Ianoukovitch, est sauvagement battue par des inconnus. L’agression, qui suscite la mobilisation des manifestants pro-européens sur Maïdan, est vivement condamnée en Occident.

-10 JANVIER: L’opposant et ancien ministre ukrainien de l’Intérieur Iouri Loutsenko, frappé à coups de matraque par la police lors de heurts entre des manifestants pro-européens et la police, est hospitalisé pour “commotion cérébrale”. Environ 50.000 personnes manifestent deux jours plus tard contre cette agression.

– 19: environ 200.000 opposants se rassemblent sur la place de l’Indépendance deux jours après l’adoption de nouvelles lois renforçant les sanctions contre les manifestants et condamnées par les Occidentaux. Des affrontements éclatent après le rassemblement entre manifestants et la police non loin de là, faisant des dizaines de blessés tous camps confondus. Ils se poursuivent les jours suivants.

– 22: alors que le Premier ministre Mykola Azarov a menacé la veille de recourir à la force contre les “provocateurs”, la police lance un assaut contre les manifestants retranchés derrière des barricades non loin de Maïdan. L’opposition et les autorités font part d’au moins deux morts, les premiers depuis le début de la contestation.

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Publié le 22/01/2014

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