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Exode du retour pour les réfugiés afghans du Pakistan

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De juillet à décembre 2016, plus d'un demi-million d'Afghans auront quitté le Pakistan pour rentrer dans leur pays malgré les violences sur place. Conséquence de la date-butoir imposée pour leur retour par les autorités pakistanaises. Nous nous sommes rendus à Jalalabad pour voir comment une catastrophe humanitaire tente d'être évitée.

Commençons par évoquer quelques éléments-clés : - de juillet à décembre de cette année, plus d'un demi-million d'Afghans auront quitté le Pakistan pour retourner dans leur pays, soit environ 100.000 par mois. - le gouvernement pakistanais a prévenu les Afghans qui n'ont pas de papiers en règle : ils ont jusqu'au 15 novembre pour rentrer chez eux. - en Afghanistan, sur les neuf premiers mois de l'année, près de 300.000 personnes ont été déplacées en raison du conflit.

Nous nous rendons à Nangarhar, c'est le principal point de passage de la frontière pour les Afghans qui rentrent au pays. La route qui rejoint la ville de Jalalabad est constamment encombrée par des véhicules transportant des réfugiés que le Pakistan a décidé de rapatrier. Ils sont au total, plus de deux millions et demi sur son territoire.

A Nangarhar, la surveillance de la frontière est problématique.

Chaque jour, trois cents familles s'enregistrent dans un centre de Samarkhel, près de Jalalabad. Parmi les arrivants, Mohamad Qadur. Il avait 8 ans quand il s'est enfui au Pakistan lors de l'invasion soviétique. 'On a émigré au Pakistan parce qu'ici, c'était la guerre, notre maison était détruite, on a eu des proches qui ont été tués, c'est pour cela qu'on est parti au Pakistan et qu'on a passé trente-huit ans là-bas, raconte-t-il. On n'a pas pu acheter de maison au Pakistan, c'était trop cher dans les villes et mêmes les villages, on n'avait pas les moyens de venir en Afghanistan, mais on nous a obligé à revenir, sous la pression et maintenant, on est là,' dit-il.

Un mouvement de population sans précédent

Les Afghans qui rentrent au pays n'ont pas tous droit aux mêmes aides internationales : à Torkham, les familles qui n'ont pas le statut de réfugiés au Pakistan recoivent de quoi subvenir à leurs besoins pendant un mois.

Mais à Nangarhar, dans le centre d'encaissement de l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), ceux qui disposent de ce statut peuvent notamment toucher 400 dollars chacun.

Abdul Wali travaille pour l'UNHCR au sein de ce centre. 'Notre aide prend la forme d'une assistance financière et d'autres services liés au rapatriement comme une information sur la dangerosité des mines, un programme de vaccination, un accès à des soins médicaux, énumère-t-il avant d'ajouter : En plus, on apporte aux familles, du conseil juridique et dans le cas de familles dont les terres sont contestées, on a des personnes qui suivent leur dossier.'

Cet afflux de population qui revient au pays et s'intalle dans les centres urbains ou péri-urbains est sans précédent : il fait craindre une crise humanitaire, en particulier si une aide suffisante n'est pas fournie avant les mois d'hiver.

Pierre Prakash, responsable de l'information régionale au sein du service aide humanitaire de l'Union européenne, nous précise : 'En ce moment, chaque jour, on enregistre plus d'arrivées que sur la totalité des six premiers mois de l'année et c'est comme cela depuis le mois de juillet. Pour l'instant, nous avons recensé 230.000 retours depuis janvier et ce ne sont que les réfugiés officiels c'est-à-dire ceux qui ont le statut de réfugiés au Pakistan, explique-t-il. Mais il y a aussi plus d'un million et demi d'Afghans qui n'ont pas le statut de réfugié et qui rentrent aussi en Afghanistan,' insiste-t-il.

Près d'un million et demi de déplacés en Afghanistan

A ces nombreuses arrivées s'ajoutent les déplacements de populations au sein du territoire afghan en raison des violences : de janvier à septembre, 276.000 nouvelles personnes déplacées ont été enregistrées. Elles étaient déjà plus d'un million deux cent mille dans le pays après plusieurs décennies de conflit.

Alam Gul et sa famille ont rejoint le village de Gande Chichma, près de Jalalabad, il y a trois mois après avoir fui la région d'Achin près de la frontière pakistanaise. Au Pakistan, 'Daesh est arrivé après les Talibans, ils se sont battus contre les Talibans et ils les ont éliminés, raconte-t-il. Ensuite, ils ont contrôlé toute la région d'Achin, les magasins et les entreprises ont totalement cessé leur activité, la plupart de nos voisins ont été tués ou blessés et leurs biens ont été pillés par Daesh,' indique-t-il.

Des besoins criants

Alam et sa famille ont reçu environ 200 euros de la part du Conseil danois pour les réfugiés. Ils les ont utilisés pour acheter de la nourriture et des médicaments.

Nous accompagnons Zahra Stanikzai, une collaboratrice de l'ONG danoise à Surkh Rod, un autre district près de Jalalabad. Elle doit y rencontrer une famille qui a touché une aide quelques semaines auparavant. 'Cette évaluation est importante pour savoir si l'argent que nous leur avons donné leur a suffi, dit-elle. On leur demande s'ils ont eu des problèmes pour avoir du soutien, s'ils ont eu toutes sortes de difficultés,' poursuit-elle.

L'enregistrement d'un tel mouvement de population est difficile. Les programmes d'attribution de terres et les capacités d'hébergement font largement défaut, ainsi que des aides suffisantes pour ceux qui n'ont pas le statut de réfugiés et sont dans le besoin.

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Publié le 20/10/2016

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