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Etats-Unis : dépendance et overdose aux anti-douleurs, un enjeu présidentiel ?

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C'est une scène presque banale à Baltimore : une ambulance traverse la ville pour venir en aide à une personne qui fait une overdose.
Ces dix dernières années, le nombre d'overdoses aux opiacés a quadruplé aux Etats-Unis.
Baltimore n'est pas un cas isolé, tous les centres urbains luttent aujourd'hui contre le crack, l'héroïne et les opioïdes, ces puissants anti-douleurs qui favorisent une forte dépendance. Et s'il est vrai que la récession économique a créé un environnement favorable aux dérives et au développement des addictions, ce facteur n'est pas le seul en cause comme l'explique Leana Wen, commissaire à la santé de Baltimore :

'Malheureusement, il y a une épidémie de sur-prescription d'opioïdes, ce qui fait qu'aujourd'hui, aux Etats-Unis, on en prescrit suffisamment chaque année pour que tous les adultes aient leur propre flacon d'analgésiques opiacés. Les Américains représentent 5 % de la population mondiale, mais se voient délivrer 80 % des ordonnances mondiales d'opioïdes. Avons-nous vraiment besoin de tant d'anti-douleurs ? La réponse est non, bien sûr.'

La surconsommation de drogue, légale et illégale, est devenue la première cause de mortalité, devant les accidents de la route, les homicides et les suicides aux Etats-Unis.

128 personnes meurent chaque jour d'une overdose de drogue, opioïdes et héroïne confondus.

Et environ 23 millions d'Américains souffrent d'un trouble lié à l'abus d'alcool, de médicaments, ou de drogues, mais seulement un sur 10 reçoit un traitement.

L'industrie pharmaceutique, avec sa campagne agressive et ses millions de bénéfices, a été montrée du doigt.

'Début 2016, le Congrès américain a lancé sa stratégie nationale envers la douleur, un plan prévoyant des millions de dollars et des traitements contre les dépendances. Il a d'abord fallu rappeler aux médecins, qu'en première intention, il fallait donner du paracétamol et de l'ibuprofène contre la douleur.

Le comté de Montgomery, dans le Maryland, a lancé son programme anti-drogue qui combine éducation, prévention, traitement et réhabilitation.

'Nous essayons de faire attention aux petites infractions, des choses comme une conduite désordonnée, des vols mineurs qui impliquent des substances comme les opiacés, qui font que les gens vont commettre leur premier délit et nous essayons de les détourner du système en leur apportant notre aide', explique Mark Sheelor, de la police du comté de Montgomery.

L'un des bénéficiaires de ce programme est Michael Kraft, 38 ans, un homme d'affaires qui a commencé, ado, par la marijuana, puis les analgésiques opioïdes et l'héroïne. Il a rejoint ce programme il y a un an :

'Certains de ces médicaments sont si puissants qu'il est difficile d'arrêter, cela fait peur à cause de la douleur qu'on doit endurer, la plupart n'essaieront pas. Il y a des gens qui vont aux Alcooliques et aux Narcotiques anonymes, qui sont peut-être rester 'clean' pendant 15, 20, 30 ans, et puis ils prennent un de ces médicaments une fois... Prendre un seul verre ou un opioïde pour quelqu'un comme moi, et ma vie est finie...'

La dépendance aux drogues peut détruire des familles et des communautés entières. Don Wood, directeur IT à la retraite, a perdu son fils il y a 18 mois, après 20 ans de lutte contre la dépression et l'addiction. Tout avait commencé quand son fils n'était âgé que de 12 ans :

'_J'ai trouvé mon fils,... mort. Je suis entré dans la chambre, il était dans une maison de convalescence, et je l'ai trouvé, il était mort depuis 14 heures...
Il avait 32 ans, 32... Il gérait ses dépendances, c'était un addict fonctionnel. Si vous regardez l'industrie pharmaceutique, le gouvernement, la profession médicale, ils sont tous en partie responsables de la situation actuelle. Et ça doit changer, le traitement des maladies mentales, la prise en charge, la réhabilitation si nécessaire, tout doit changer._'

Sur les deux candidats à la présidentielle, seule Hillary Clinton a proposé un plan d'aide et de prévention pour les personnes dépendantes.

'La tragédie pour moi, c'est que la science est claire. La science affirme qu'une addiction est une maladie, que des traitements existent. Nous savons quels traitements fonctionnent, que la guérison est possible. Nous avons juste besoin de trouver les fonds et la volonté politique pour rendre cela possible', explique Leana Wen, commissaire à la santé de Baltimore.

'Les experts qualifient l'abus d'opioïdes et la dépendance aux opioïdes d'urgence de santé publique. Pourtant, cette question a peu fait l'objet de débat pendant la campagne présidentielle. Une chose est certaine, celui ou celle qui remportera la Maison Blanche devra gérer ce problème majeur qui menace de détruire le tissu social américain', conclut notre correspondant Stefan Grobe.

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Publié le 18/10/2016

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