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Des élections russes jouées d’avance ?

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Pour mieux comprendre dans quel état d'esprit les Russes vont se rendre aux urnes et quelles sont leurs attentes, Serguei Doubine s'est entretenu avec Denis Volkov, sociologue de l'Institut de sondage Levada, basé à Moscou.

Les sondages menés par votre institut indiquent une tendance à la baisse pour le Parti Russie unie. Deux autres instituts russes de sondage donnent la même tendance, mais dans une moindre mesure. Pourquoi cette baisse selon vous ?

Denis Volkov :
'Cette tendance à la baisse n'est pas nouvelle, cela a commencé il y a environ un an et demi. Après l'annexion de la Crimée (mars 2014), le soutien à Russie unie a commencé à augmenter et a atteint un pic en mai-juin 2015, tout comme la cote de Poutine. Après il a commencé à décliner, lentement, mais sûrement. Mi-2015, il se situait à 50 % de tous les répondants, y compris les électeurs indécis, ensuite il a décliné à environ 40 % jusqu'au printemps 2016, et aujourd'hui, il avoisine les 30 % d'intentions de vote. Mais gardez à l'esprit que ces 30 % se traduiront pour Russie unie par environ 50 % des suffrages lors du vote réel dans les bureaux de vote, et sans doute encore plus, car il faut tenir compte de la redistribution des voix exprimées dans ce sondage pour les partis qui, au final, ne passeront pas le seuil pour entrer au Parlement.'

Parmi les raisons de ce glissement, certains observateurs avance la décision impopulaire de ne pas indexer les retraites sur l'inflation ou par le grand nombre de partis autorisés à prendre part à l'élection, cela détournerait l'attention des quatre grands partis du Parlment. Voyez-vous ces facteurs comme décisifs ?

Denis Volkov :
'C'est partiellement vrai, mais je pense que ce déclin est majoritairement dû à un refroidissement de l'électorat, après la phase enthousiaste de la Crimée. Les facteurs économiques sont importants, et les Russes ressentent les effets de la crise, mais la crise agit très lentement sur eux.
Les gens sont lents à réaliser ou à sentir personnellement ses effets, et ils s'adaptent très vite. Pour ce qui est des nouveaux partis, oui, il y a un impact, mais la plupart sont méconnus par la majorité de l'électorat. Certes, ils diluent un peu les listes et volent un peu de l'électorat à Russie unie, mais je le répète, la baisse de sa cote est une tendance à long terme qui accompagne la tendance globale de la perte de popularité d'un parti au pouvoir.'

De quelle manière cette désaffection peut-elle influencer la participation ?

Denis Volkov :
'Je pense que la participation sera plutôt influencée par le fait que l'élection a été avancée de décembre à septembre. Si, en décembre, le taux de participation est traditionnellement élevé, en septembre, ce n'est pas le cas. Il est difficile de donner un pronostic exact, mais ce sera moins... Et il y a un intérêt général décroissant pour ces élections, les gens n'en débattent pas... Je pense que l'opinion publique se détourne de ces élections, peut-être que les autorités sont d'ailleurs intéressées par moins de participation, de cette manière seuls les électeurs très disciplinés se rendront aux urnes, ceux qui ne votent pas pour exprimer leur opinion ou influer sur l'équilibre de la Douma, mais ceux qui votent par devoir, par habitude, parce qu'il faut soutenir son parti.'

Dernière question, la tendance dominante de ces élections législatives sera au désir de changement ou à l'apathie ?

Denis Volkov :
'Je pense à l'apathie, mais les nouveaux partis libéraux sont aussi à blâmer, parce qu'ils n'ont pas mené de réelles campagnes dans les grandes villes où se trouve leur électorat. Le principal reproche à leur faire, et même leurs partisans le disent, c'est qu'ils sont invisibles, que les gens ne peuvent pas voir les changements au sein de ces partis, que ces partis apparaissent juste avant les élections, personne ne sait rien d'eux et qu'ils ne font que parler au lieu d'agir.'

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Publié le 16/09/2016

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