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Crise des migrants : la fin de l’espace Schengen et de l’Union européenne ?

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L'Europe fait face à sa plus grave crise des réfugiés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils sont des milliers à arriver à ses frontières presque chaque jour. Parmi les Européens et leurs dirigeants, certains estiment que l'absence de frontières au sein de l'espace Schengen est remise en cause tout comme l'accord de Dublin sur le droit d'asile. D'autres dénoncent le manque d'initiatives de l'Europe en vue d'aider les victimes de conflits que l'Union et la communauté internationale n'ont pas réussi à régler. Lors de réunions d'urgence, les dirigeants européens essaient de s'entendre sur de nouvelles mesures. Une réponse peut-être trop faible et trop tardive. A long terme, l'espace Schengen est-il condamné ?

Les invités de cette édition sont John Fredrikson, représentant en Europe occidentale de l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), Ska Keller, vice-présidente du Groupe des Verts / Alliance libre européenne au Parlement européen et Ray Finch, membre du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP) et eurodéputé du Groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe.

Ray Finch : l'espace Schengen 'va se fissurer, puis casser'

Chris Burns, euronews :
'Ray, l'accord de Schengen est-il condamné ?'

Ray Finch :
'Oui, c'est évident. C'est ce qui se passe toujours quand vous mettez la pression sur quelque chose qui est aussi inutile que cela, quelque chose qui a été aussi mal pensé, cela va se fissurer et finir par casser.'

Chris Burns :
'Mais c'est peut-être aussi une question de solidarité. Ska, qu'en pensez-vous ?'

Ska Keller :
'Schengen est au coeur de ce que signifie l'Union pour les gens : la liberté de voyager, de passer les frontières internes librement, c'est au coeur de ce qui fait réellement l'Union. Ce serait une très grave erreur de remettre cela en cause aujourd'hui. Ce qui est vraiment en question, c'est l'accord de Dublin sur le droit d'asile parce qu'il est très clair qu'on ne peut pas laisser cette responsabilité aux pays situés aux frontières de l'Union quand il y a autant de demandes d'asile.'

John Fredrikson : 'Les réfugiés représentent 0,1% de la population européenne'

Chris Burns :
'John, vous qui voyez cela de l'extérieur, qu'en pensez-vous ?'

John Fredrikson :
'Je pense qu'il est un peu trop tôt pour parler de scénario catastrophe. L'Union européenne est mise sous tension, mais on doit mettre les choses en perspective. Les arrivées de réfugiés en Europe depuis le début de l'année, cela représente 0,1% de la population européenne. Dans un pays comme le Liban, c'est 33%. Donc, de ce point de vue, il s'agit d'une crise gérable et on peut la gérer, il faut de la solidarité entre les Etats membres.'

This is then (1989). This is now (2015). Europe: very disappointed and sad. Refugees pic.twitter.com/BzyX4nD2ow- John Fredrikson (JPFredrikson) 15. September 2015

Chris Burns :
'En termes de pourcentage, oui. Mais en termes de nombre d'arrivées, c'est très conséquent. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, essaie d'inciter les pays à se répartir 120.000 réfugiés. Ce n'est qu'une petite proportion ! Ska, comment convaincre des nations de le faire ?'

Ska Keller :
'C'est vraiment une question de solidarité. Il y a des Etats membres qui ne veulent pas vivre ensemble dans la solidarité même s'ils ont signé des accords en ce sens quand ils ont rejoint l'Union européenne et un grand nombre d'entre eux ne veut pas aider les réfugiés. C'est un problème parce que le droit d'asile est l'un des plus fondamentaux dans l'Union européenne.'

Chris Burns :
'Ray, comment voyez-vous cet esprit de solidarité ?'

Ray Finch :
'Il n'y aura pas de solidarité. Quand vous avez Angela Merkel qui change de position et qui dit que les portes sont ouvertes et que dans le monde, plus de trois milliards de personnes vivent avec moins de trois dollars par jour, si vous êtes l'une de ces personnes, vous vous dites : 'je vais aller en Europe'! Donc on ne parle pas de 120.000 ou de 160.000, mais il est question de beaucoup plus. On est tous capable de comprendre cela et c'est pour cela qu'on va vers l'échec.'

Chris Burns :
'John, comment persuader les pays de l'Est de l'Europe qui font face à des difficultés économiques d'accueillir davantage de réfugiés ?'

John Fredrikson :
'Il faut s'intéresser aux pays qui ne sont pas vraiment partants pour cette répartition. En réalité, s'ils l'appliquaient, ils devraient accueillir moins de personnes qu'aujourd'hui.
Donc il faut faire moins de rhétorique, moins mettre en avant ce scénario catastrophe et se concentrer sur les conditions pratiques dans lesquelles l'Europe peut gérer cette crise. Et on peut le faire. Dans l'opinion publique, on se dit déjà qu'on peut le faire. Les réactions sont positives.'

Chris Burns :
'Vous parlez de l'opinion publique, mais comment persuader l'électeur lambda d'accepter ça, Ska ?'

Ska Keller : 'On a assisté à un immense élan de solidarité à l'égard des réfugiés et j'aimerais voir la même chose du côté des chefs d'Etat et de gouvernement'

Ska Keller :
'En réalité, aujourd'hui en Europe, on voit des citoyens lambda qui persuadent leur propre gouvernement d'accepter cela. On a assisté à un immense élan de solidarité à l'égard des réfugiés et j'aimerais voir la même chose du côté des chefs d'Etat et de gouvernement. Ils sont en situation d'échec, mais leurs citoyens leur mettent la pression pour qu'ils avancent.
C'est vraiment positif qu'il y ait autant de gens qui se disent : 'Un réfugié est une personne comme vous et moi et je ne vais pas tolérer que ces gens dorment dans la rue ou meurent de faim.'

Message to EU home affairs ministers meeting today on the #refugeescrisis from SkaKeller pic.twitter.com/I1eeP6Xc1A- Greens in the EP (GreensEP) 14. September 2015

Chris Burns :
'Ray, vous pourriez avoir un retour de flammes de la part de vos électeurs, non ?'

Ray Finch :
'Il n'est pas question de réfugiés ici, mais de migrants. Le directeur de l'agence Frontex a dit que l'immense majorité de ces personnes immigrent pour des motifs économiques. Ils se débarrassent de leurs passeports. L'agence britannique Press Association a rapporté avoir vu des passeports de nombreux pays qui avaient été jetés. Tout ce que vous avez à faire aujourd'hui, c'est vous présenter à une frontière européenne et dire : 'Je suis Syrien.'

Chris Burns :
'John, que répondez-vous aux populistes qui disent que parmi ces migrants ou réfugiés, il y a des terroristes ?'

Pour John Fredrikson, le parcours de ces migrants n'est pas celui des terroristes

John Fredrikson :
'Le parcours de ces personnes qui ont enduré ce qu'elles ont enduré pour arriver jusqu'ici, ce n'est pas vraiment celui que font ceux qui veulent infiltrer l'Europe, l'Amérique du Nord ou un autre pays. Des processus de vérification efficaces existent déjà dans les mécanismes de contrôle des Etats membres et on peut y avoir recours.
Cette crise est gérable. C'est une crise des réfugiés - la moitié d'entre eux vient de Syrie - et il faut en tenir compte.'

Ray Finch :
'Mais d'où vient l'autre moitié ? Et d'ailleurs ce n'est pas la moitié. Le président de la Slovaquie a dit que 95% d'entre eux immigrent pour des motifs économiques. De plus, certains ont déjà été arrêtés aux frontières avec de la propagande pour l'Etat islamique et des vidéos de décapitation. Alors, qu'est-ce qu'il faut faire ? Ouvrir les portes à l'Etat islamique en leur souhaitant la bienvenue ?'

D'après Ska Keller, il faut rester attachés aux valeurs de l'Union

Ska Keller :
'Le problème qui se pose actuellement, c'est davantage ces gens qui partent d'Europe pour aller combattre en Syrie et en Irak aux côtés de l'Etat islamique.
Nous, en tant qu'Union européenne, nous sommes une union construite sur la paix, la liberté et les droits de l'Homme.
Et si on veut rester attachés à ces valeurs, on doit aider ceux qui sont en difficulté et ce sont ceux qui continuent de mourir en Méditerranée.'

Chris Burns :
'Parlons à présent de la zone de conflit elle-même. Un mouvement se dessine en faveur de davantage de frappes aériennes visant l'Etat islamique. Pensez-vous que cela aidera vraiment à résoudre le problème, John ?'

John Fredrikson :
'Je crois que bien sûr, la communauté internationale doit prendre la crise pour ce qu'elle est - non seulement en Syrie, mais aussi dans d'autres pays d'où viennent ces personnes comme l'Afghanistan, l'Erythrée, l'Irak - et chercher des solutions localement, c'est évident ! Ces populations ne veulent pas devenir des réfugiés.'

Ray Finch appelle la Syrie à régler le conflit elle-même

Chris Burns :
'Ray, êtes-vous favorable aux frappes aériennes ?'

Ray Finch :
'Je ne l'ai jamais été et je ne le serai jamais. Le problème, c'est que ces gens qui plaident pour des frappes en Syrie contre l'Etat islamique, ce sont les mêmes qui, il y a deux ans, réclamaient des frappes contre le président syrien. Donc qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on continue d'interférer dans les décisions d'autres nations souveraines ou est-ce qu'on dit : 'Réglez les choses vous-même et on vous aidera dans la mesure du possible' ?

Chris Burns :
'Il est clair que la communauté internationale n'arrive pas à régler cette question. Ska, comment faire d'après vous ?'

Ska Keller :
'Ces personnes sont en train de fuire la terreur de l'Etat islamique et ensuite, on leur dit que ce sont des terroristes, c'est très bizarre. Et il y en a beaucoup d'autres qui fuient sous les bombes de Bachar el-Assad. Donc, tout le problème est là. En attendant que la guerre s'arrête, il faut envisager une solution politique durable et elle existe. Le pays et la région ne sont pas sûrs, le conflit est très étendu et il y a désormais une initiative diplomatique de l'Union européenne. J'espère vraiment qu'elle va réussir, c'est très important.'

Ray Finch :
'Pourquoi l'Arabie saoudite n'accueille-t-elle pas ces personnes ? Ce pays tout comme le Koweit a déjà dit qu'il ne voulait accueillir aucun de ces réfugiés en provenance de Syrie - quels qu'ils soient - en raison du risque d'activité terroriste. Ils les connaissent mieux que nous.'

John Fredrikson en appelle à une aide humanitaire d'un niveau digne dans les pays d'origine des réfugiés

Chris Burns :
'John ? Qu'en pensez-vous ?'

John Fredrikson :
'Il faut que la communauté internationale s'attaque à cette crise à la racine et qu'elle soutienne les populations de cette région - en tout cas, celles qui peuvent rester - par le biais d'une aide humanitaire d'un niveau digne. Ce n'est pas ce qui est en train de se passer et c'est ce qui est le plus triste.'

Chris Burns :
'Ska, sur cet aspect du développement : de nombreux migrants arrivent pour des raisons économiques. L'Union ne devrait-elle pas faire plus pour favoriser le développement de leurs pays pour qu'ils puissent y rester ?'

Ska Keller :
'Tout d'abord, il y a des réfugiés qui arrivent et ces personnes fuient la guerre et la persécution. Il y a aussi beaucoup de gens qui en effet, font face à une situation économique désastreuse dans de nombreuses régions du monde et l'Union ne fait pas assez parce que bien sûr, il y a l'aide au développement - ce qui est une très bonne chose -, mais dans le même temps, nous avons des politiques sur le commerce, la pêche et l'agriculture qui rendent ces populations encore plus pauvres. Nous avons des choses à faire en la matière.
Mais d'un autre côté, je n'ai jamais considéré l'Arabie saoudite comme un exemple en termes de respect des droits de l'Homme, mais je trouve intéressant que le UKIP veuille le faire.'

Chris Burns :
'Ray, vous voulez réagir...'

Ray Finch :
'Oui... Comme Ska vient de le dire, nos politiques européennes sont corporatistes et colonialistes. Il se trouve que je suis le porte-parole du Ukip pour ce qui concerne la pêche et des choses comme la politique commune de la pêche font des ravages dans le tiers-monde et l'Union doit arrêter cela immédiatement.'

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Publié le 17/09/2015
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