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Claudia Cardinale, “la plus belle de Tunis” devenue légende du cinéma mondial

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John Wayne parlait d'elle comme d'un 'garçon manqué'. L'acteur britannique David Niven comme de 'la plus belle invention italienne après les spaghetti'. Plus de 150 films et une carrière commencée par hasard, la vie de Claudia Cardinale se feuillette comme un livre de cinéma. Dès scènes de jalousie de Robert De Niro jusqu'à l'enfant qu'elle a dû cacher en passant par des chefs d'oeuvre comme 'Le Guépard', et '8 et 1/2' de Fellini, qu'elle a présenté à l'Institut Lumière de Lyon, elle se confie sans fard.

'Il Gattopardo' de Luchino Visconti (1963)

'8 e 1/2' de Federico Fellini (1963)

Diego Giuliani, Euronews : 'Claudia Cardinale, merci tout d'abord d'avoir accepté l'invitation d'Euronews. Une star à la carrure, mais aussi à l'histoire très internationale : tunisienne de naissance, italienne de nationalité, française - on va dire - d'adoption. On va parler tout à l'heure de cinéma, mais je ne peux pas m'empêcher de demander - à quelqu'un comme vous - qui êtes arrivée de la Tunisie et qui en Italie, à travers le cinéma, avez trouvé le succès - ce que vous ressentez, ces jours-ci, quand vous lisez que des centaines de migrants sont en train de perdre la vie, à peu près sur les mêmes routes, tout simplement parce qu'ils cherchent une vie meilleure'.

Claudia Cardinale : 'C'est terrible. Chaque jour quand je lis ça, ça me fait pleurer. Il y a eu des milliers de morts. Et puis, ce qui m'a choqué, c'est que certains d'entre eux, pour se sauver, ont dû s'accrocher aux cadavres des autres. C'est incroyable'.

Euronews : 'Claudia Cardinale et le cinéma peuvent-ils aussi faire quelque chose, ou bien s'agit-il d'un problème que seule la politique peut essayer de régler ?'.

Claudia Cardinale : 'Nous devrions tous nous battre, les politiques en premiers, mais nous tous. Moi, je suis ambassadrice auprès de l'Unesco et je me bats sur plusieurs fronts. Et pourtant, j'avoue que, quand je vois ces images terribles, tous ces enfants... c'est affreux'.

Euronews : 'Votre voyage depuis la Tunisie, en revanche, a abouti et vos premiers pas dans le cinéma semblent tirés d'un compte de fées : un concours de beauté auquel vous ne vouliez pas participer finit par vous amener tout droit au festival du cinéma de Venise. Vous nous racontez comment cela s'est déroulé?'.

Claudia Cardinale : 'Ca a été un truc de fous. Moi j'étais là avec ma mère, il y avait tout le personnel du consulat italien qui avait organisé le concours, et les participantes étaient déjà toutes sur l'estrade. D'un coup, un monsieur arrive, m'attrape par le bras et me met l'écharpe de 'plus belle de Tunis'. Comme récompense il y avait un voyage au festival de Venise et là-bas, le bikini n'existait pas encore. Moi, par contre, j'étais en bikini et parfois en djellaba et du coup, les paparazzi m'ont tous photographiée. On a commencé à me demander de faire du cinéma, mais je répondais : 'Mais non, non. Moi je ne veux pas faire de cinéma'. Du coup, quand je suis montée dans l'avion, les journaux écrivaient sur moi: 'La fille qui ne veut pas faire du cinéma'.

Euronews : 'Pour décrire ce que vous ont lancé Fellini et Visconti, qui ont lancé définitivement votre carrière à l'international avec les films '8 et 1/2' et 'Le Guépard', vous avez dit: 'Visconti m'a donné des ailes, Fellini m'a réconciliée avec moi-même'. Que vouliez-vous dire?'.

Claudia Cardinale : 'Ils étaient aux antipodes. Avec Visconti, avant de tourner, on faisait toutes les répétitions, avec tous les acteurs, autour d'une table. Il fallait que tout soit parfait. Avec Fellini, par contre, il n'y avait même pas de scénario, ce n'était que de l'improvisation. J'ai eu la chance de passer beaucoup de temps avec Visconti. On était toujours ensemble, j'étais toujours chez lui, on faisait des voyages, on regardait ensemble le festival de Sanremo (célèbre festival de la chansonne italienne et rendez vous 'national populaire' de la télé italienne depuis des décennies, NDLR). Federico Fellini, en revanche, s'agenouillait devant moi, il m'adorait, il se mettait en colère parce que je ne mangeais pas assez. Il me disait: 'Tu appartiens à l'Afrique, à la terre: c'est pourquoi tu es ma muse'.

Euronews : 'Marcello Mastroianni a dit publiquement vous avoir toujours aimée. Robert De Niro vous a fait des scènes de jalousie : vous, qui avez toujours repoussé vos innombrables prétendants, un jour, vous recevez pourtant un coup de fil de l'homme que, à cette époque-là, vous considériez comme 'le plus irrésistible de la planète' : Marlon Brando. Vous nous racontez comment s'est déroulée cette rencontre ?'.

Claudia Cardinale : 'Lorsque il a su où j'étais, il a frappé à la porte de ma chambre d'hôtel, il est rentré et il a fait tout son possible pour tenter de me séduire... Puis il m'a regardée et il m'a dit: 'Bon, j'ai compris : t'es bélier comme moi. Tu ne vas pas te faire avoir'. A peine était-il parti que je me suis dit : 'Qu'est-ce que tu as été stupide !'. Il était mon acteur préféré.'

Euronews : 'Quel est - et quel a été - votre secret pour continuer à aller de l'avant et pour ne pas succomber à une nostalgie qui a tué - parfois au sens littéral - beaucoup de stars, qui étaient liées à leur image, au point de ne pas réussir à accepter le temps qui passe?'.

Claudia Cardinale : 'Tout d'abord, normalement on ne vit qu'une seule vie. Moi, j'en ai vécues 151, autant que dans mes films. Et ça, c'est magnifique : pouvoir se transformer. Mais pour faire ce métier, il faut aussi être très fort intérieurement, sinon tu risques de ne plus savoir qui tu es. Rita Hayworth, une fois, m'a fait pleurer pendant un tournage. Dès qu'elle m'a vue, elle est venue dans mon camping-car et elle a éclaté en sanglots. Elle m'a dit: 'Mois aussi, jadis, j'étais belle'. Aujourd'hui, j'ai 77 ans et je continue à travailler. La chose la plus importante est de rester très active. Les liftings, la chirurgie esthétique : je n'aime pas tout ça, parce qu'on ne peut pas arrêter le temps'.

Euronews : 'Le cinéma vous a beaucoup donné, mais aussi beaucoup pris. Des années durant, vous avez même été obligée de cacher à votre enfant, que vous étiez sa mère, en le faisant passer pour votre petit frère. Qu'est-ce qui vous a amenée à payer un prix si élevé?'.

Claudia Cardinale : 'On m'y a obligée. C'est mon producteur qui m'a obligée à cacher le fait d'avoir un fils, parce qu'à l'époque, j'étais très jeune et cela aurait été un scandale. Cela a été terrible. Puis un jour je me suis décidée et je le lui ai dit. J'ai dit 'basta'.

Euronews : 'Et vous avez gardé ce secret pendant sept ans?'.

Claudia Cardinale : 'Presque. Ca a été terrible. Pour moi, ça a été terrible'.

Euronews : 'Compter vos films est presque impossible. Heureusement vous l'avez fait vous- même, en parlant de 151 films. Qu'est-ce que le cinéma arrive encore à vous offrir ?'.

Claudia Cardinale : 'Dernièrement, je travaille beaucoup avec des jeunes réalisateurs sur leur premier film. J'ai tourné de nombreux films en Autriche, en Espagne, deux aux Etats Unis. Je continue à travailler et j'aime aider les jeunes'.

Euronews : 'Une toute dernière question par rapport à ce que Werner Herzog avait dit au sujet de l'utopie, qui est au coeur de son film 'Fitzcarraldo'. 'Pour assouvir ses rêves - disait-il - il faut réaliser l'irréalisable'. Quel est, justement, votre rêve irréalisable?'.

'Fitzcarraldo' de Werner Herzog (1982)

Claudia Cardinale : 'En Tunisie, on l'appelle Mektoub: c'est le destin. Ce qui ne m'est pas arrivé, évidemment il ne fallait pas que ça m'arrive. J'ai réalisé beaucoup de rêves, quand même'.

Euronews : 'Est-ce que vous en avez encore un, caché?'

Claudia Cardinale : 'Non, non. J'attends que le prochain arrive'.

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Publié le 25/04/2015