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Andalousie est-elle le miroir économique et politique de l’Espagne en 2015 ?

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Séville, la capitale de l'Andalousie, la région la plus peuplée d'Espagne, avec 8,4 millions d'habitants. Gouvernée par les socialistes depuis le retour de la démocratie, elle vient de leur donner une nouvelle victoire. La région ne représente que 5 % du PIB espagnol et avec 34,2% de chômeurs, elle bat le record espagnol et européen au niveau régional. Un défi énorme pour le gouvernement régional, car ce fléau s'acharne surtout sur les jeunes : 59 % des moins de 25 ans n'ont pas d'emploi à l'image de Cristina Ortega, diplômée en ressources humaines : 'actuellement, je suis sans travail depuis deux mois. Depuis que je suis revenue d'Italie en 2009, je jongle avec les emplois. Surtout depuis 2010, je n'ai eu que des contrats temporaires : 3, 4, 5 mois, 7, ce fut le plus long'.

Gráfico que muestra el % de votos y el % de escaños obtenidos.Mañana artículo completo. #AndaluzasARV #andalucia2015 pic.twitter.com/LkCEmBuKrT- csinequanon (@csinequanon) marzo 23, 2015

Cristina Ortega a élargi son champ de compétences grâce à une bourse Erasmus en Italie, mais de retour a Séville, c'est le désespoir. 'Je n'ai rien trouvé en Ressources Humaines, dont je suis diplômée. Les seules choses qu'on me proposait, c'étaient des stages non rémunérés. Mais je dois payer mes factures, alors travailler sans être payée, ce n'est pas envisageable'.

Contrainte de vivre en colocation, Cristina Ortega paye 425 euros de loyer. Un défi énorme pour le gouvernement régional, car ce fléau s'acharne surtout sur les jeunes : 'je me sens pauvre, pauvre avec un travail quand j'en ai un. J'espère avoir un emploi normal et aller travailler tous les jours, gagner un salaire pour vivre dignement et pouvoir créer une famille, car ça, je ne peux pas y penser, c'est économiquement impossible'.

Elisabeth García est responsable en Andalousie de la section Femme et Jeunesse de la Confédération syndicale des Commissions Ouvrières. Elle explique pourquoi la crise a frappé plus fort ici que dans le reste de l'Espagne. Elle demande une nouvelle politique économique pour combattre le chômage structurel : 'il y a d'abord le fait d'avoir une économie basée sur des secteurs comme les services et celui de la construction, puisqu' il s'agit de secteurs fortement liés à la conjoncture et d'autre part, le fait de ne pas avoir investi dans d'autres secteurs, alors que l'Andalousie pourrait avoir un potentiel économique avec les énergies renouvelables, l'industrie, l'agriculture...En définitive, des éléments qui pour cette terre sont permanents, structurels et donc gage d'avenir'.

'L'expérience de Cristina est partagée par beaucoup de jeunes andalous qui sont au chômage. Un vrai drame social dans une région qui bénéficie pourtant d'atouts pour développer une économie productive capable de donner du bien-être à tous ces habitants', explique notre envoyé spécial à Séville, Paco Fuentes.

Est-ce le début de la fin pour Mariano Rajoy ?

Pour analyser les conséquences des résultats des élections régionales en Andalousie, nous avons accompagné Javier Pérez Royo. Professeur de droit constitutionnel à l'Université de Séville et éditorialiste à la radio Canal Sur, c'est un observateur privilégié de cette région, mais aussi de la scène politique et sociale en Espagne.

La victoire du Parti socialiste, la débâcle du Parti populaire et l'entrée de Podemos et de Ciudadanos au Parlement andalou sont selon lui un avertissement clair au Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, pour les prochaines élections à venir en Espagne.

Javier Perez Royo : 'tout à coup, on découvre que le Parti Populaire (PP) est en chute libre, le roi est nu, le roi est nu, les citoyens disent que le roi est nu. Et une fois que les citoyens constatent que le roi est nu alors ce roi doit partir. Si ça se trouve, Rajoy va être obligé de partir en mai, il va peut-être devoir prendre la route et quitter son poste parce que le désaveu et sa perte de légitimité sont brutaux. Cela peut se répandre de manière tentaculaire dans toute l'Espagne, car il s'agit en mai, d'élections concernant 8.000 mairies et que tout ce pouvoir du Parti populaire peut alors s'écrouler'.

Il a beaucoup été question ces derniers jours de la fin du bipartisme en Espagne, mais selon Javier Pérez Royo, le système a déjà changé à la suite des dernières élections européennes où Podemos a obtenu 5 sièges.

Javier Perez Royo : 'ce changement majeur a eu lieu en mai dernier, le moment où s'est produit le phénomène et on voit dans une certaine mesure une consolidation de cette mutation qui a eu lieu en mai dernier. Et maintenant, nous allons voir le chemin que prend cette mutation, ce changement, dans toutes les élections qui auront lieu cette année en Espagne'.

Les élections en Andalousie ont montré la capacité de régénération du Parti socialiste. La présidente, Susana Díaz, a conservé le pouvoir :

Javier Perez Royo : 'en d'autres termes, le Parti socialiste réagit, produit des anticorps pour lutter contre Podemos et survivre. Le Parti populaire non, son système immunitaire n' existe pas, il ne fonctionne pas'.

Les scrutins vont s'enchaîner : élections municipales et régionales en mai, élections aussi en Catalogne fin septembre... et après les législatives : 'Comment le Parti populaire peut-il résister en mai ? Ses candidats seront-ils capables de se lever pour les campagnes électorales à venir et d'avoir un discours ? Ses gens vont-ils se battre ou sont-ils en train d'arriver déjà vaincu ? Ou vont-ils baisser les bras et se dire voilà ce qu'il reste du résultat des élections en Andalousie ?', estime Javier Perez Royo.

Pour Mariano Rajoy, le plus dur commence. Il va devoir gérer un triple front : sur sa gauche avec Podemos, au centre-droit avec Ciudadanos et en interne avec de plus en plus de tiraillements au sein du Parti Populaire.

GRÁFICO INTERACTIVO | En qué provincias se ha votado más a cada partido http://t.co/jtSxNo7QxO #EleccionesAndaluzas pic.twitter.com/oUu6MiZf0K- eldiario.es (@eldiarioes) March 23, 2015

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Publié le 24/03/2015

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