Alors que son discours à TEDxParis sur le recul de la mort vient tout juste de dépasser le million de vues -une première pour un Français-, Laurent Alexandre revient avec nous sur le rôle grandissant des machines dans l'approche de la médecine de demain.

"Le recul de la mort - l'immortalité à brève échéance ?", le discours de Laurent Alexandre à TEDxParis 2012.

Planet : Votre discours à TEDx a été vue plus d'un million de fois. Qu'est-ce que cela signifie pour vous ?

Laurent Alexandre : Il faut dire que le sujet abordé est un sujet très chaud, et que les gens commencent à en prendre conscience. Qu’allons-nous faire de notre corps ? Comment allons-nous changer ? Ce n’est pas si surprenant finalement.

Planet : Vous dites dans votre discours que c’est un sujet tabou…

Laurent Alexandre : Vivre plus longtemps soulève beaucoup de peurs et d’interrogations. Et malgré le prix à payer absolument affolant pour vivre plus longtemps, les gens sont partants. Il faut abandonner cette humanité 1.0. C’est enthousiasment mais effrayant à la fois. C’est une ambivalence, une opposition entre vivre plus longtemps et le prix à payer pour y parvenir.

Planet : Quels dangers sont liés à ce mouvement ?

Laurent Alexandre : Il n’existe pas ou peu de garde-fous aujourd’hui. Et face à l’innovation technique, les gens acceptent tout : des organes électroniques, des implants intra-rétiniens, des cœurs artificiels… Nous glissons sur un toboggan transgressif.

Planet : Et vous là-dedans, comment vous positionnez-vous ?

Laurent Alexandre : Mon objectif est de souligner cette contradiction entre transhumanistes et bioconservateurs, les premiers prônant la progression technologique à tout prix, les seconds y étant plutôt réfractaires. C’est d’ailleurs le prochain grand débat politique le plus important du 21è siècle. Un débat qui va supplanter les oppositions habituelles gauche/droite.

Planet : Quel mouvement prend le dessus sur l’autre selon vous ?

Laurent Alexandre : Aujourd’hui, les transhumanistes sont en train de gagner le combat, mais les bioconservateurs n’ont pas dit leur dernier mot. Ma position est qu’il est nécessaire d’ouvrir le débat politique sur ce sujet, et de ne pas laisser cela aux mains de la Silicon Valley. Ce qui est drôle c’est de constater que chacun des camps me situe dans le camp adverse.

Planet : En quoi l’influence de la Silicon Valley est-elle importante ?

Laurent Alexandre : Une société comme Google est dirigée par des transhumanistes convaincus et leur obsession de lutter contre la mort. Ils servent trois grands principes : tuer la mort, développer l’intelligence artificielle et augmenter les capacités humaines. Google investit aujourd’hui massivement dans des technologies qui vont dans ce sens.

Planet : Comment réagir face à cela ?

Laurent Alexandre : Il faut une prise de conscience de la classe politique, qui s’en moque aujourd’hui malheureusement. Les politiques ne sont pas prêts et sont trop obnubilés par la politique politicienne. Sans compter qu’ils ne se projettent pas et ne pensent qu’à ultra court terme. Mais attention, car d’ici 2020, ce sujet va devenir le sujet le plus important de l’humanité. Mais ça va venir, la prise de conscience va forcément avoir lieu.

Planet : Comment voyez-vous les médecins de demain ?

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Laurent Alexandre : Je les vois disparaître tout simplement. En tout cas dans le sens auquel on l’entend aujourd’hui. Les systèmes experts et les algorithmes qui prendront toutes les décisions, car pour guérir il faudra calculer 20.000 milliards d’infos. Seul un ordinateur pourra intégrer ces données. Les médecins seront subordonnés à ces systèmes experts en 2030, un peu comme les infirmières le sont aujourd’hui. Mais ils ne s’en rendent pas compte. Les médecins ne prendront plus de décisions, ils seront complètement tributaires des ordinateurs.