Soupçons de corruption : les remises de la Légion d'honneur monnayées par un dirigeant de la chancellerie ?

Publié par Matthieu Chauvin
le 25/09/2026
Musée de la Légion d'honneur
Istock
L'ancien grand chancelier de la Légion d'honneur, le général Benoît Puga, a été placé en garde à vue dans le cadre d'une enquête pour corruption et trafic d'influence liée à l'attribution de distinctions républicaines.

L'institution séculaire de la Légion d'honneur traverse une tempête judiciaire sans précédent. Selon des sources judiciaires confirmées par la presse, les enquêteurs cherchent à déterminer si l'attribution de la plus haute distinction française a été monnayée contre des largesses matérielles. Ce dossier fragilise l'image des honneurs républicains et met en cause l'un des plus hauts serviteurs militaires de l'État.

L'onde de choc judiciaire : Benoît Puga entendu par la brigade financière

Le général d'armée Benoît Puga a été placé en garde à vue dans les locaux de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (Oclciff). Cette mesure spectaculaire s'inscrit dans le cadre d'une enquête préliminaire pilotée par le Parquet national financier (PNF), ouverte en septembre 2023. Les enquêteurs examinent des faits susceptibles de relever de la corruption active et passive, du trafic d'influence et de la prise illégale d'intérêts dans le processus de nomination aux deux ordres nationaux : la Légion d'honneur et l'ordre national du Mérite.

Selon le Code pénal, les peines encourues pour corruption passive par une personne dépositaire de l'autorité publique peuvent atteindre jusqu'à 10 ans d'emprisonnement et 1 million d'euros d'amende. Si le grand chancelier ne décide pas seul et soumet les dossiers au conseil de l'ordre avant la signature du président de la République, son pouvoir d'orientation demeure déterminant. Si des passe-droits ou des faits pénalement répréhensibles venaient à être prouvés, le Code de la Légion d'honneur prévoit expressément des mesures disciplinaires pouvant conduire au retrait pur et simple des décorations indûment perçues.

À l'issue de son audition, la mesure de garde à vue a été levée sans poursuite immédiate à ce stade. Les investigations se poursuivent désormais avec d'autres auditions, notamment sous le régime de l'audition libre. Les enquêteurs s'intéressent également aux circuits de validation ministériels qui ont parrainé les dossiers des candidats contestés.

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Le décryptage : un réseau d'influence et des contreparties dans le viseur

Au centre du dossier figurent les relations entretenues par le haut gradé avec l'homme d'affaires Jean-Pierre Bansard, ancien sénateur représentant les Français établis hors de France, décédé en 2024. Durant plusieurs années, de nombreux proches et soutiens politiques de cet homme d'affaires ont reçu des insignes de l'ordre national du Mérite ou de la Légion d'honneur, éveillant les soupçons des magistrats financiers sur une possible complaisance administrative.

Les enquêteurs vérifient la nature exacte des avantages consentis en échange de ces décorations. Des vacances offertes, des invitations à des dîners privés ainsi que des facilitations d'embauche au bénéfice de la famille du général sont minutieusement épluchées. L'enquête fait suite aux révélations de la presse d'investigation :  "Le sénateur Jean-Pierre Bansard, l'une des 300 premières fortunes de France, s'est montré des plus généreux avec le général Puga, grand chancelier de la Légion d'honneur jusqu'en janvier 2023. Il l'a invité pour des vacances en Corse, l'a convié à des dîners, a offert un contrat à l'un de ses fils. Dans le même temps, nombre de ses proches et soutiens politiques ont été décorés", révèle Mediapart.

Cette procédure marque la chute brutale d'une figure éminente de l'appareil républicain. Grand chancelier du 1er septembre 2016 au 31 janvier 2023, Benoît Puga a occupé auparavant le poste de chef d'état-major particulier de deux présidents de la République consécutifs, Nicolas Sarkozy et François Hollande. L'affaire met en lumière les failles du contrôle déontologique au sein de la Grande Chancellerie et soulève la question de la régulation des pouvoirs discrétionnaires dans l'attribution des médailles de la Nation.

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