Valérie : le moment de trop !

Un succès phénoménal, un engouement populaire incontestable, des libraires en rupture de stock ! Non, nous ne parlons pas du dernier Amélie Nothomb ou de l’ultime parution de Jean D’Ormesson, mais du livre tendance du moment écrit par l’ex-non-Première dame de la République, Valérie Trierweiler.

Avouons-le, nous sommes d’abord en proie à un doute, un malaise nous saisit : faut-il en parler ? En un mot, toujours l’éternel problème : comment parler d’un phénomène en le critiquant sans attitrer la curiosité, sans susciter le contraire de ce que nous voulons, à savoir "Non merci, ce ne sera jamais le moment Madame Trierweiler, votre vie avec le président ne nous intéresse vraiment pas, autre chose à faire ou à penser !". La meilleure solution serait donc de ne rien dire, silence-radio en réponse à ce brouhaha médiatique. Difficile pourtant de résister, l’attrait d’en dire quelque chose nous prend, comme nous emporte la campagne éditoriale rudement menée de ce livre qui permet à Valérie de panser un ego meurtri. De toute évidence, la vengeance médiatique fait du bien et rapporte gros…  

Ce livre se présente comme un règlement de compte, l’heure du retour à l’envoyeur a sonné, Hollande doit enfin lui aussi payer. Un portrait au vitriol, sans concessions, l’intimité dévoilée au grand jour, la psychologie du Président cernée au plus près, diagnostic assassin et catharsis accomplie. Quel soulagement en effet pour cette femme que de tout déballer ou presque, quelle satisfaction pour l’Econduite de laver son linge sale en public ! Quelque chose d’orgasmique ou presque, Valérie doit être aux anges. Conclusion d’un feuilleton dont nous nous serions bien passés pourtant, et qui après observation n’a rien de surprenant.

Que cherchait Valérie en accompagnant un homme de pouvoir ? A quoi devait-elle s’attendre en tombant sous le charme d’un candidat à la présidentielle parvenu à son but, décrit par tous comme un être infiniment libre, imprévisible, voire même ingérable ? Et n’étaient-ce pas justement ces qualités (ou ces défauts, au choix) qui expliquaient son attirance pour cette homme ? Quoi qu’il en soit, dans l’amour, nous dit Sartre dans L’Etre et le néant, il faut savoir ce que l’on veut.

En effet, nous pouvons rêver de la passion où nous sommes tout pour l’autre, où nous sommes encensés sur tous les plans, nous pouvons rêver de l’admiration sans bornes dont nous sommes l’objet, tout en reconnaissant que la position devient vite inconfortable puisque nous ne sommes pas aimés pour ce que nous sommes vraiment. Nous savons que l’autre est comme aveuglé en ne nous voyant que des qualités, la vérité est ailleurs, et nous pouvons vite nous lasser d’une relation possessive quand notre compagnon ou notre compagne ne s’appartient plus ! Valérie était-elle guidée par une passion dévorante pour Hollande ? Nous n’en savons rien, mais lui, visiblement trop libre, ne voulait pas en entendre parler.

A cet amour "nécessaire et mécanique" qui nous emprisonne, affirme notre philosophe, nous pouvons en préférer un autre basé sur l’engagement réciproque et institutionnel, nous pouvons jurer fidélité devant le maire, à l’église ou ailleurs. Avec le mariage, l’obligation, du moins en théorie, reprend ses droits, l’autre nous dit "je t’aime" parce qu’il tient parole, n’entend pas se dédire, demeure fidèle à lui-même en respectant autant que possible le contrat. Là encore, pas très attirant selon Sartre, qui a toujours refusé de se marier avec Simone de Beauvoir. Valérie voulait-elle se marier avec notre président ?  Nous n’en savons rien, sans doute aurait-elle aimé qu’il le lui demande ! Là encore, constatons qu’elle a échoué, Hollande ne voulait pas non plus en entendre parler.

Reconnaissons-le, ce que nous aimons dans la relation amoureuse, c’est que l’autre nous complimente, nous flatte, nous aimons ses petites gestes d’attention, ses grandes marques d’affection, nous adorons la complicité à deux. Il y a beaucoup de jeu dans l’amour véritable, mais un jeu sincère et surtout lucide, derrière lequel nous devinons la liberté de l’autre de rester avec nous pour ce que nous sommes... ou de nous quitter parce que nous ne sommes plus à la hauteur. L’amour gratifiant n’est autre que l’amour libre affirme Sartre, entendu comme la reconnaissance mutuelle d’une liberté partagée qui accepte que l’homme ou la femme puisse, tout comme nous, se détourner pour aller voir ailleurs, pour partir vers de nouvelles aventures en nous laissant sur le quai. Valérie a-t-elle fait ce pari ? Nous n’en savons rien, constatons simplement que Hollande ne voulait plus en entendre parler, il aspirait à autre chose, avec casque et scooter. Valérie l’a compris mais trop tard, elle n’accepte plus les règles du jeu, tout en comprenant parfaitement celles d’une communication éditoriale assommante.