Découverte en 2013 en Éthiopie, une mandibule à cinq dents pourrait repousser l’apparition du genre "Homo" à 2,8 millions d’années, soit 400 000 ans plus tôt qu’escompté.

Cette mâchoire fossilisée pourrait apporter de précieuses informations sur l’histoire de l’humanité. Et pour cause : mise au jour dans la région de l’Afar au nord-est de l’Éthiopie en janvier 2013, cette mandibule à cinq dents daterait de 2,8 millions d’années. Deux ans après cette incroyable découverte, les équipes de chercheurs ont affirmé qu’elle constituait la trace la plus ancienne du genre "Homo", auquel appartient l’être humain, comme le rapporte Le Monde. Jusqu’ici, les paléontologues situaient son émergence 400 000 ans plus tard, soit il y a 2,4 millions d’années.

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Le fossile, découvert par le paléontologue éthiopien Chalachew Seyoum et enregistré sous le nom de "LD 350-1", correspond à la partie gauche de la mandibule d’un individu adulte. Deux prémolaires et trois molaires y sont toujours fixées.

Afin de d’estimer l’âge exact, des géologues de l’Université d’État de Pennsylvanie ont étudié les roches volcaniques entourant le site. Seules les analyses d’isotopes radioactifs ont permis de déterminer l’âge approximatif de la mandibule. En effet, selon Erin DiMaggio, l’une des géologues présentes lors de l’étude, la région connaîtrait un "phénomène d’expansion tectonique" qui aurait permis à ces roches "d’être déposées, puis exposées à l’air libre à travers un processus d’érosion et lors de l’apparition de failles géologiques". Le plus vieux fossile attribué au genre "Homo" découvert jusqu’alors, baptisé "AL 666-1", datait d’il y a 2,4 millions d’années.

Des similitudes avec "Lucy"

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Les anthropologues de l’Université d’État d’Arizona, qui ont également participé à l’étude, ont associé certaines caractéristiques du fossile LD 350-1 à celle d’Australopithecus afarensis, l’espèce dont fait partie la célèbre "Lucy", découverte en 1974 sur le même site. Parmi ces similitudes : la forme particulièrement fuyante du menton. Une observation peu surprenante puisque les spécimens les plus récents de l’australopithèque sont âgés de 200 000 ans de plus que le LD 350-1. Selon les scientifiques, il y a -2,8 millions d’années la transition des australopithèques vers le genre Homo, maîtrisant davantage la bipédie et apte à se servir des outils en pierre, aurait pu être déclenchée par le changement climatique. Ce dernier aurait notamment entrainé une aridification de l’environnement.

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