Condamné à sept ans de prison pour braquage, Coco Tkt, rappeur, s’est évadé il y a huit mois. Il profite de cette liberté autoproclamée pour dénoncer, sur la Toile, les travers d’un système pénitentiaire et judiciaire qu’il juge défaillant. 

Coco Tkt dans le clip de son titre "Dieudonné", où celui-ci vante les mérites de l'humoriste dont il revendique la geste de la quenelle et les idées anti-système.

© COCO TKT/YOUTUBE

En 2006, Coco Tkt – à prononcer "T’inquiète" – est arrêté et condamné à huit ans d’incarcération pour le braquage d’un bureau de Poste. Transféré de prisons de prisons, celui-ci profite alors, en juin dernier, soit trois mois seulement avant la fin de sa peine, d’une permission pour s’enfuir. Mais à l’instar du fuyard discret et paranoïaque, le rappeur trentenaire a fait de cette cavale un véritable Cheval de Troie artistique et médiatique. Comptes Facebook, YouTube ou Twitter : celui-ci s’est muni d’une véritable armada sociale lui offrant l’exposition la plus vaste possible. Dans quel but ? Selon le musicien, autoproclamé "nouveau phénomène du rap français", cette fuite, outre une "manière de faire le buzz", recherche avant tout à "aire passer un message". Un message simple : la dénonciation d’un système pénitentiaire qu’il estime sclérosé. Sa tribune favorite reste néanmoins la vidéo, où celui-ci s’exprime librement, défiant les autorités tout en exposant son opinion, ou faisant la promotion de son album produit durant sa fuite, d’ailleurs agrémenté de plusieurs clips.

Dénonciation, survie, liberté

"L’administration pénitentiaire voulait ma peau, c’est pour ça que j’en suis là. A Châlons-en-Champagne, j’avais peur pour ma vie." Selon lui, son évasion ne serait due qu’à "l’hypocrisie" de l’administration carcérale, qui lui aurait valu un refus de liberté conditionnelle : "En 2010, on m’a refusé une liberté conditionnelle. J’avais une promesse de CDI, un dossier correct mais on a estimé que je ne pouvais pas me réinsérer chez moi, à Villiers-le-Bel", agrémentant sa déclaration de documents officiels – non authentifiés –. La prison dément, quant à elle, ces assertions.

Selon lui, cette "injustice" a été la goutte d’eau. Son but : fuir, pour passer devant un juge, afin de "parler en public". Un moyen également de remédier, selon ses dires, au silence radio de son avocat et de délier la langue d’une prison refusant toute prise de parole.

Coco Tkt ne semble pas démordre des motivations qui l’ont poussé à demander une permission dont, il le savait, ne reviendrait pas. "Je ne suis pas sorti pour fumer du shit ou baiser (sic) des meufs", déclare-t-il. "Je me suis fait entendre, j’ai fait un disque et j’ai créé une marque de vêtements. En huit mois, j’ai prouvé que je pouvais et que je voulais me réinsérer. » Les conséquences de ce jeu de cache-cache ? Il ne s’en soucie guère : "Je m’en fous de prendre une peine plus lourde", "je ne sais pas comment ça va finir. Peut être que je me ferai fumer, rattraper ou bien, que je me rendrai."

Une ambigüité croissante

Publicité
Mais ce que révèlent, progressivement, les vidéos du rappeur révolté, est bien moins réjouissant. En effet, celui-ci semble voir son souhait de dénonciation originel aliéné par une recherche effrénée de street credibility (la crédibilité de la rue). Menaces envers des policiers, théories rocambolesques, le tout kalachnikov à la main, le badboy de Villier-le-Bel se réclame "d’une histoire à la 50 Cent (un très célèbre rappeur américain, ndlr.)", et note qu’ "un tas de rappeur connus aimeraient avoir mon vécu pour leur crédibilité." Restent deux choses à espérer : que cet épisode se finira le moins mal possible pour son protagoniste, à défaut d’améliorer sa relation avec la justice. 

 

Voici une vidéo de Coco Tkt le montrant, en prison, en pleines vente de drogue. 

Publicité