Vision infrarouge, membres bioniques et… immortalité ? Le transhumanisme propose un avenir où les êtres humains seront "augmentés" grâce à la technologie. Le président de l'Association française transhumaniste nous éclaire sur le sujet.

Selon le transhumanisme, l'être humain est loin d'avoir achevé son évolution. Il devrait au contraire la poursuivre grâce à l'avancée de la technologie. Les transhumanistes estiment que le corps comme l'esprit peuvent encore être améliorés, notamment avec l'aide des nanotechnologies, des biotechnologies, de l'informatique et des sciences cognitives.

Marc Roux est le président de l'Association française transhumaniste-Technoprog (AFT-Technoprog). Il explique que le mouvement est né d'une "prise de conscience" datant des années 1980. "Nous (l'Humanité) nous sommes rendus compte, raconte-t-il, que nous pouvions choisir d’utiliser certaines techniques pour influer sur notre biologie". Toutefois, selon lui, "nous sommes tous transhumains" depuis que nous avons inventé les premiers outils de l'Histoire.

"L’AFT-Technoprog intervient essentiellement dans le débat" et "(son) objectif est de proposer, de faire partager, de discuter", indique Marc Roux. Aussi l'organisation tient-elle des conférences sur les avancées technologiques en rapport avec "l'augmentation" et "l"amélioration" des capacités humaines.

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"Un changement tangible"

Pour autant, les transhumanistes cherchent dès maintenant à nous changer en cyborgs et à en finir avec la mort. Pour l'instant, modère le président de l'ATF-Technoprog, il se produit simplement "un changement tangible, un investissement", innervés par le mouvement transhumaniste. Il évoque notamment Google, qui a fondé l'entreprise Calico chargée de travailler sur le ralentissement de la vieillesse.

Dans ce domaine, des scientifiques américains ont récemment obtenu l'autorisation de tester la metformine, utilisée pour soigner le diabète, sur des personnes non-diabétiques. Une étude antérieure a en effet démontré que la molécule pouvait augmenter la durée de vie des malades de 7 ou 8 ans.

Les possibilités incroyables de la technologie...

Pour ce qui est de l'amélioration des capacités du corps, Marc Roux prend l'exemple des "implants cochléaires". "Directement connectés aux nerfs auditifs", ces derniers permettent aux sourds d'entendre. Le plus impressionnant, c'est qu'"on peut les régler pour la perception des ultrasons". "On ne le fait pas savoir", ajoute-t-il, car cela ne correspondrait pas à "la norme".

"Pour les transhumanistes, si quelqu’un demande à percevoir les ultrasons, il n’y pas de raison de le lui refuser !", s'exclame le président de l'association. Même chose pour les implants rétiniens, qui permettent aux aveugles de voir, mais peuvent aussi "détecter les rayons infrarouges" !

Il évoque ensuite la biomécatronique. Cette science permet, entre autres, de remplacer un membre manquant, comme un bras, par une prothèse robotisée. "Il y a quelques années, on faisait pivoter le poignet comme le poignet humain, à 180 degrés, explique-t-il. Les dernières prothèses offrent la liberté infinie de la rotation (...) : c’est une augmentation des capacités".

...limitées par l’éthique ?

Ce changement d'attitude de la part des quelques chercheurs concernés, qui ont dû donner leur aval pour rendre cette rotation possible, traduit l'influence du courant de pensée. "Les transhumanistes interpellent la médecine, déclare Marc Roux. Ils veulent faire reconnaître qu’il n’y a plus de frontières entre la normalité et l’amélioration".

Il déplore qu'encore beaucoup de "médecins ne cherchent même pas à se donner cette possibilité, car ils sont dans la seule logique de la thérapie". Cette mentalité s'explique par la fulgurance parfois effrayante des avancées technologiques actuelles. Au nom de l'éthique ou par crainte de ne pouvoir la contrôler, la société a donc tendance à freiner l'objectif des transhumanistes.

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L'association se défend de cette inconscience qu'on lui prête face aux risques d'une telle vision de l'évolution. Comme l'explique son co-fondateur, "l'AFT-Technoprog ne cesse d'appeler les pouvoirs publics à réguler le développement de la convergence technologique". Lorsque les grandes figures que sont Elon Musk, Stephen Hawking ou encore Bill Gates ont fait part au public des dangers de l'intelligence artificielle, ils étaient influencés, selon lui, par le mouvement transhumaniste.

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