La question se pose depuis que des tensions y ont récemment éclaté et que des slogans xénophobes ont été scandés par des manifestants. Auteure de "Le racisme en Corse : quotidienneté, spécificité, exemplarité", Marie Peretti-Ndiaye nous éclaire. 

Planet : Les tensions qui ont actuellement lieu en Corse vous surprennent-elles ?Marie Peretti-Ndiaye* : "Bien que plusieurs tensions entre groupes et/ou entre quartiers se soient déjà produites par le passé, les tensions survenues ces derniers jours ont un caractère exceptionnel du fait de l'enchainement, extrêmement rapide, des  différents événements, des violences subies par les pompiers, du nombre de personnes ayant participé à la manifestation, des slogans scandés, des propos tenus par certains, des actes commis au sein du lieu de culte comme du déploiement massif des forces de l'ordre dans le quartier.

Planet : Les manifestants ont scandé des mots très forts  ('Les arabes dehors').  Le racisme en Corse est-il ancré dans les mentalités ? Marie Peretti-Ndiaye : Plusieurs données (des sondages d'opinion aux témoignages en passant par l'etude comparative des trajectoires des individus) montrent l'ampleur et les différentes formes du racisme aujourd'hui en France.  En quoi la situation differe-t-elle en Corse ? J'ai observé différentes  manifestations de racisme, en Corse au cours des dix dernières années, des représentations sociales aux violences en passant par l'experience de la ségrégation. Ce que j'ai observé ne diffère pas fondamentalement  des expressions racistes observées dans d'autres lieux si ce n'est qu'à certaines périodes le racisme s'exprime, dans l'île de manière plus flagrante  qu'ailleurs, moins voilée.

Planet : Le racisme en Corse est-il différent de celui du continent ? Que revendiquent les Corses qui se rendent coupables de racisme ?Marie Peretti-Ndiaye : Il est difficile de caractériser un profil type du raciste. De plus, tous les actes de racisme sont loin d'être accompagnés de revendications...

Planet : Le président du conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, assure que le nationalisme corse est 'aux antipodes' du racisme. Qu’en pensez-vous ?Marie Peretti-Ndiaye : Le terme de 'nationalisme' recouvre en Corse des réalités plurielles : du régionalisme à l'independantisme, pour schématiser. Il évoque  également différentes conceptions de la territorialité et de l'identite.

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Planet : La Corse est pourtant plus petite que le continent. Cela ne devrait-il pas au contraire faciliter l’intégration des immigrés ?Marie Peretti-Ndiaye :  Les effets de l'interconnaissance sont également pluriels et contrastés. J'ai observé qu'elle pouvait favoriser l'entraide comme le rejet. Cela dépend notamment des effets de concurrence à l'oeuvre sur le marché du travail ou du logement".

* Marie Peretti-Ndiaye est l’auteure de Le racisme en Corse : quotidienneté, spécificité, exemplarité (éd. Albiana)

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