Soyons cyniques, enfin !

Nos politiques ont parfois tendance à s’asseoir sur les valeurs de la République pour en tirer parti. Un coup la Gauche, un coup la Droite, comme autant d’uppercuts portés à une démocratie qui vacille et qu’on annonce bientôt KO.

Cahuzac : disparu. Les Balkany : rattrapés par la justice. Thévenoud : toujours atteint de "phobie administrative". Faut-il se résigner ? Non. Faut-il réagir ? Oui, mais en renouant avec un cynisme digne de ce nom, celui des origines. Suivons par exemple Diogène de Sinope à Athènes…

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L’absence de vanité et la simplicité, voilà la vertu pour les cyniques grecs. Et ils seraient à coup sûr aujourd’hui de farouches partisans de la décroissance ! Essayer de se contenter du minimum, renouer avec la Nature, miser sur la bonté et la générosité de chacun pour vivre ensemble, le vrai cynique est à la fois radical et optimiste dans son choix de vie. Son but ? L’indépendance, la liberté et la franchise ! Impitoyable vis-à-vis des arrogants pervertis par trop de pouvoir, d’argent ou de notoriété, le cynique reste un bon repère pour garder les pieds sur terre, pour dénoncer aussi les corrompus invétérés qui nous prennent de haut sans éviter tous les abus. Diogène avait ainsi pour habitude de se balader hilare en plein jour une lanterne à la main en quête d’un homme digne de ce nom ! L’anticonformisme et l’ironie comme armes de dénonciation massive en somme.

Ainsi n’est pas cynique l’homme qui prétend à la vertu pour mieux la bafouer, qui se pare de l’exemplarité pour mieux faire ses coups en douce. Tourner à son avantage une responsabilité de maire, de député ou de ministre en enfreignant les lois françaises n’est rien d’autre que l’attitude puérile de l’irresponsable incapable de résister à la tentation. "Pas vu pas pris" garde en tête le coupable hypocrite, criant à l’injustice les doigts pris dans la confiture. Son mépris pour l’honnêteté n’est que l’expression d’une bêtise infantileN’est pas cynique non plus l’individu affichant une prétention affectée, une provocation gratuite et un dédain systématique envers tout ordre moral ou social. Ricaner de la situation d’un SDF ou tourner le cancer en dérision n’a rien de glorieux. N’est pas Desproges qui veut ! Marquer son indifférence pour tout et prendre le contrepied des valeurs pour rien n’est pas à la portée de tous. Le dandysme est un art majeur ! L’immoralisme est dur à manier. Et nulle séance de rattrapage pour les imbéciles qui n’y comprennent rien. Des poseurs mondains ou des vaniteux nihilistes (ou les deux à la fois) devraient y penser. Leur mépris pour une certaine bienséance n’est que l’expression d’une bêtise persistante.

Donc comprenons mieux les cyniques authentiques ! N’oublions pas le Diogène qui est en nous ! Et si Thévenoud et ses acolytes nous plongent dans l’obscurité politique, accordons-leur au moins un mérite : nous pousser à retrouver la force de frappe du vrai cynique. Par exemple, pourquoi ne pas sortir nos lanternes à l’Assemblée Nationale ou au Sénat à la recherche d’hommes politiques à la hauteur ? Car il en existe sûrement. La revendication cynique comme mouvement gentiment sarcastique et populaire en vue d’une noble cause. A nous d’y penser.