Camille Emmanuelle, auteur et journaliste, lève le voile sur les procédés d'écriture de ces romans. Personnages stéréotypés, écriture formatée... elle dénonce la manière dont ils sont conçus.

Scène coquine très explicite et histoire d'amour à l'eau de rose, le juste équilibre qui compose les romans érotiques. 50 nuances de Grey d’E. L. James a popularisé ce genre dont les jeunes femmes sont très friandes. Pourtant, les coulisses de leur écriture sont beaucoup moins glamour que l'univers des romans, comme le raconte à LCI Camille Emmanuelle, journaliste spécialisée des questions de sexualité et auteur d’une douzaine de romans érotiques.

Dans Lettre à celle qui lit mes romances érotiques et qui devrait arrêter tout de suite (éditions Les Echappés), la jeune femme révèle l’envers du décor. Pour coller à l'ambiance chic et glamour des livres, une identité fictive lui a par exemple été imposé : "J’ai 26 ans, je vis à New York à Manhattan. Je suis une journaliste people à succès. Mon père américain était rockeur, ma mère anglaise, chanteuse lyrique". Rien à voir donc avec la jeune femme de 36 ans née en Bretagne qui écrit réellement ces romans.

"On prend les lectrices pour des connes"

Avec son essai, Camille Emmanuelle veut dénoncer les conditions de "production" des romans et leur "formatage extrêmement violent dans le style et dans le fond". Un modèle narratif avec des personnages types et un style pauvre sont imposées par des tableaux Excel et des statistiques Word. "On prend les lectrices pour des connes, incultes, apolitiques, consommatrices", critique l'auteur par le "discours très pauvre et réactionnaire" que ces romans véhiculent. L'homme est toujours un milliardaire et la fille toujours une jeune étudiante ou stagaire, qui ne parvient à s'accomplir que grâce à lui. Celle qui se décrit comme une "féministe" a fini par quitter ce milieu après "l'affaire Colette" : on lui a demandé de supprimer une référence à l'écrivain français, car jugée "bisexuelle". Elle déplore "qu'on essaie à ce point-là de lisser le couple, le corps, le sexe, la société".

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Pourtant, Camille Emmanuelle n'est pas contre la littérature érotique. "C’est plutôt une bonne nouvelle, de se dire qu’il y a des femmes qui écrivent sur le sexe", explique-t-elle. Mais elle critique une orientation trop commerciale voire industrielle. "Le livre érotique est un objet trop précieux pour devenir un objet industriel bas de gamme et abrutissant. (...) Aujourd’hui, si une jeune femme entre dans une librairie, le seul truc qu’elle trouvera sera cette femme parfaite qui a 15 ans (sic), n’a pas un poil de cellulite, des jambes d’un mètre 20, une sexualité à la Barbie et Ken". La grande popularité de cette littérature l'inquiète car le message abondamment diffusé est, selon elle, "très nocif, pour les femmes, comme pour les hommes".

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