Depuis plus de douze ans, Robert Riblet se bat contre la Françaises des Jeux qu’il accuse de ne pas respecter le principe du hasard dans ces jeux de grattage. A quelques jours de l’audience civile, le retraité revient sur son combat et confie ses attentes à Planet.

Planet : Comment avez-vous entamé votre combat contre la Française des Jeux (FDJ) ? Qu’est ce qui vous a mis la puce à l’oreille.Robert Riblet* : "J’ai été témoin un jour d’une martingale entre un détaillant et un client. Ce dernier demandait un livret de ‘Black Jack’ et grattait jusqu’à obtenir un jeu gagnant. Il rendait ensuite les tickets qu’il n’avait pas grattés au vendeur, lequel lui redonnait alors un nouveau livret de tickets vierges. C’est là que j’ai compris qu’il se passait quelque chose. Ils avaient l’air de savoir qu’une fois qu’un jeu à gratter gagnant de plus de 20 euros est trouvé dans un livret, il ne peut y en avoir d’autres.

Planet : A partir de là, qu’avez-vous fait ?Robert Riblet : Je n’ai pas crié au loup tout de suite, je n’ai pas pour habitude d’accuser à tort. J’ai d’abord cherché à me renseigner davantage et à avoir des preuves de ce que je présentais. Pendant trois ans, j’ai ainsi profité du fait que je voyageais beaucoup pour mon travail pour me rendre chez quelque 1.500 détaillants et vérifier si mes doutes étaient ou non fondés. Quand j’ai eu la certitude que les lots gagnants n’étaient pas répartis au hasard dans les jeux de grattage, j’ai contactée l FDJ. C’était en 2004. Huit jours après que j’ai écrit à la FDJ, j’ai reçu un courrier de sa direction dans lequel elle menaçait de m’attaquer pour diffamation. Par cette menace, j’ai conclu qu’il ne s’agissait pas d’une faille informatique mais d’un acte volontaire. Je l’ai donc assignée en justice. Suite à cela et à sa demande, deux réunions ont été organisées. A la seconde, le directeur du contentieux de la FDJ a reconnu que j’avais raison et m’a clairement demandé :’Combien voulez-vous M. Riblet ?’. Il m’a proposé une importante somme d’argent mais j’ai refusé. Ce n’est pas l’argent qui m’intéressait dans cette affaire.

Planet : Qu’est ce qui motive votre combat ?Robert Riblet : Ce que je souhaite c’est que l’Etat (ndlr : l’Etat est actionnaire majoritaire de la FDJ) respecte l’égalité des chances entre les joueurs. J’aurais aimé qu’il tienne compte de ce qui était publié au Journal officiel à l’intention des joueurs concernant les jeux de hasard et qu’il arrête de vendre sciemment des tickets à gratter perdants ou porteurs de petits lots après que le gros a été gagné. D’autant que la FDJ a clairement reconnu qu’elle manipulait les lots depuis le tout premier jeu de grattage vendu en 1989. Pendant mes recherches, j’ai en effet découvert que deux mois avant le lancement du ‘Cash 100.000’, la FDJ avait envoyé une circulaire à tous ses courtiers et détaillants pour leur expliquer la répartition des lots, le sport national de tricherie pouvait alors commencer. Des millions de Français ont ainsi acheté des tickets avec une espérance de gain qui n’existait plus.

Planet : Vous affirmez que la FDJ a reconnu avoir manipulé des lots depuis 1989, c’est-à-dire ?Robert Riblet : Oui, la FDJ a reconnu qu’elle manipule les lots des jeux de grattage et ce, à plusieurs reprises. En 1989 dans sa circulaire mais aussi en 2006 devant la 6e Chambre civile, en 2007 devant le juge d’instruction et en 2008 devant la 17e Chambre du tribunal correctionnel de Paris. Seulement, en 2006 la FDJ s’est plongée dans les textes officiels pour tenter de trouver un article qui la sauverait. Elle y a alors découvert un décret 2002-651 mentionnant que le hasard n’est pas total mais prépondérant. Depuis cette date, elle joue donc sur les mots : si elle reconnaît qu’elle manipule les lots et que donc j’ai raison, elle invoque aussitôt ce décret pour se dédouaner. Mais si cette parade a fonctionné pendant plusieurs années, elle a toutefois été démontée en 2010 quand le tribunal de Nanterre a estimé que le décret en question ne pouvait pas s’appliquer aux jeux de grattage purs.

Planet : Dans quel état êtes-vous à l’aube de l’audience civile? Robert Riblet : Très serein. Je suis absolument dans le même état qu’au tout début de mon combat parce que je sais que j’ai raison. Si c’était la FDJ qui avait raison, elle n’aurait pas peur de moi et n’aurait pas intenté autant d’actions en recours en justice. Elle aurait laissé cette dernière faire son travail. Christophe Blanchard-Dignac, le PDG de la FDJ, a peur de la mise en examen et du scandale.

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Planet : Idéalement, qu’attendez-vous de cette audience prévue le 27 mai prochain?Robert Riblet : Pour régulariser les jeux de grattage en l’état actuel, j’aimerais que le gouvernement vote une loi qui autorise enfin la manipulation des jeux de grattage et que la FDJ  informe mieux les consommateurs. Si cela n’est pas possible, je souhaiterais au moins qu’à chaque fois qu’un gros lot est gagné, la FDJ en injecte un autre pour les joueurs suivants. Ainsi chacun aura sa chance et là, je serai satisfait".

*Robert Riblet est l’auteur de "100% des perdants ont tenté leur chance : l’affaire des jeux de grattage", éditions du Seuil.  

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