A cause d’un excès de carbone dans plusieurs centrales nucléaires, 21 réacteurs (sur 58) ont dû être mis à l’arrêt, total ou partiel. De quoi faire craindre des pénuries d’électricité cet hiver, période où la consommation est à son maximum.

Pourra-t-on se chauffer cet hiver ? La question mérite d’être posée suite à l’arrêt total ou partiel de 21 réacteurs de centrales nucléaires (sur 58 réacteurs répartis dans 19 centrales au total), depuis le mercredi 19 octobre. Une procédure qui fait suite à la demande de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) afin d’effectuer de rapides contrôles sur certaines centrales nucléaires.

Une pièce fabriquée au Japon à l'origine des tests

La raison ? Une anomalie détectée sur une pièce fabriquée au Japon : le générateur de vapeur. Cette pièce contiendrait un excès de carbone. "Quand il y a trop de carbone dans l’acier, il peut devenir fragile. Or l’acier de composant nucléaire doit avoir une très grande résistance mécanique. Donc, potentiellement, dans des cas extrêmes, il peut y avoir des risques de ruptures brutales dans certains composants", explique à France 2 Pierre-Franck Chevet, président de l’ASN.

Sur les 21 réacteurs concernés, les 12 à l’arrêt sont répartis sur sept centrales, de Gravelines (Nord) à Tricastin (Ardèche). D’après EDF, les contrôles devraient être terminés à la fin de l’année. Ces contrôles doivent prouver que l’excès de carbone ne remet pas en cause la sécurité des réacteurs.

Ségolène Royal, inquiète, envoie un courrier au PDG d'EDF

Dans un courrier daté du 10 octobre, Ségolène Royal demandait à Jean-Bernard Lévy, le patron d’EDF, de "mettre en œuvre tous les moyens en (son) pouvoir afin de contribuer à la sécurité d’approvisionnement cet hiver ainsi que dans les prochaines années." Celui-ci a assuré que tout serait mis en œuvre pour s’assurer "qu’un maximum de réacteurs nucléaires seront en situation de fonctionner entre le début du mois de décembre et la fin du mois de février", il a néanmoins reconnu que la situation est "plus difficile qu’habituellement à cette période de l’année". Le PDG d’EDF indique toutefois "que 4 des 58 réacteurs français ne seront pas disponibles" et dit avoir "des incertitudes sur un maximum de 12 autres réacteurs".

"A première vue, ça devrait aller..."

Il faut dire que ces arrêts de réacteurs tombent à un très mauvais moment. En France, "la consommation d'électricité atteint un pic en hiver, principalement au mois de février, car la nuit arrive plus tôt et il faut d'avantage éclairer et pour se chauffer car il fait plus froid à cette période de l'année", explique à Planet.fr Charlotte Mijeon, du réseau Sortir du nucléaire. Or, il faut savoir que douze réacteurs nucléaires à l’arrêt, ce seraient 11 000 MW d’électricité en moins. Et chaque degré en moins entraîne une consommation de 2 400 MW supplémentaires. 

Alors, manquera-t-on d'électricité cet hiver ? "A première vue, ça devrait aller, explique la porte-parole de l'association qui milite pour la sortie du nucléaire. La France n'étant pas une île, elle pourra toujours acheter de l'électricité à ses voisins, surtout à l'Allemagne qui est en surproduction chronique". Mais à quel prix ? Comme l’indique 20 minutes, les cours de l’énergie ont grimpé ces dernières semaines, atteignant parfois jusqu’à 90 euros le mégawattheure.

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Autre alternative au nucléaire (70 % de l'électricité produite en France) : utiliser d'autres sources d'énergie (gaz, charbon, solaire, éolien, thermique). Mais pour Charlotte Mijeon, ce sera "insuffisant" tant EDF et l'Etat "ont pris du retard pour développer les énergies renouvelables dans notre pays, contrairement à l'Allemagne". 

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