Quand l'INSEE lève (timidement) un coin du voile sur les statistiques ethniques

On accuse régulièrement l’INSEE de camoufler les véritables chiffres de l’immigration, de présenter de façon biaisée le solde migratoire et le fait religieux, de faire  allégeance au politiquement correct. Pourtant, la lecture attentive de la revue INSEE Première N°1634 parue le 8 février 2017 sur les descendants d’immigrés permet de mesurer à quel point l’augmentation de la population d’origine étrangère et notamment d’Afrique subsaharienne a transformé le paysage social français. Ce que nous sommes quelques-uns à rabâcher (sans écho médiatique !) depuis plusieurs années. Point fixe.

Immigrés et descendants d’immigrés : 18,7% de la population française

Dans l’ouvrage qui sort en librairie le 15 janvier aux éditions du Rocher, Les véritables enjeux des migrations, adorné d’une bande "2017 : choisir en connaissance de cause", j’indique que, selon les experts, "la proportion des personnes d’origine étrangère résidant sur le sol français se situe entre 15 et 22%", très loin des discours officiels qui nous ressassent que l’immigration en France est globalement stabilisée.

Or INSEE Première précise que les descendants d’immigrés sont 7,3 millions dont 3,285 ont deux parents immigrés et 4,015 millions un seul. Si on les ajoute au 7,2 millions d’immigrés (statistiques Eurostat de 2010), et si on compte pour 100% les enfants nés de deux parents immigrés et pour 50% les enfants nés d’un mariage mixte, la population d’origine étrangère atteint 7,2 + 3,3 + 2 = 12,5 millions de personnes représentant  18,7% de la population française. Au beau milieu de la fourchette.

Michèle Tribalat, dans une tribune publiée sur le site Atlantico, arrive à des chiffres voisins, 13,5 millions de personnes d’origine étrangère soit 20,4% de la population avec des paramètres différents (nombre d’immigrés selon l’INSEE  et prise en compte de la totalité de la population des descendants d’immigrés).

Environ un Français sur 5 sur deux générations est d’origine étrangère

On peut gloser sur la fiabilité des chiffres de l’INSEE - population française ou métropolitaine, personnes résidentes et personnes enquêtées, prises en compte ou non des migrants irréguliers et de leurs enfants -, le constat n’en est pas moins clair :  un résident en France sur cinq, sur deux générations, est d’origine étrangère. Ceci représente une augmentation de 9% entre 2011 et 2015 contre 2,6%  pour la population de "Français d’origine".  

Celle qui croît la plus vite est la population d’origine subsaharienne : 40 à 45% en quatre ans selon les estimations, ce qui explique sa jeunesse puisque 80% des descendants ont moins de 25 ans. Si on ajoute que 56% de cette population vit en Ile-de-France, contre un tiers de la population maghrébine, et moins d’un quart des autres immigrés,  on comprend que la question des banlieues est aujourd’hui posée de façon obsolète.

Les statistiques ethniques : une question qui fâche toujours

L’INSEE délivre donc au compte–gouttes des statistiques ethniques. Mais il prend toutefois soin d’éviter d’agglomérer immigrés et descendants d’immigrés pour ne pas effrayer l’opinion publique et livrer  des chiffres qui infirmeraient ses précédentes conclusions. Et pour les enfants de moins de 15 ans, il limite ses enquêtes à ceux qui vivent avec leurs parents. Il faut maintenant "sauter le pas" comme dit Michèle Tribalat  et purger la question des statistiques ethniques des présupposés de "racisme" ou de "stigmatisation".

La plupart des autres pays les pratiquent. Dominique Sopo, le président de SOS-Racisme qui ne peut être suspecté de complaisance envers des thèses droitières, a le courage d’affirmer clairement (à propos de la sur-délinquance des étrangers et des jeunes issus de l’immigration) « Nier une évidence, c’est s’interdire d’en offrir une analyse ». Un propos qui s’applique parfaitement aux statistiques ethniques. La connaissance qualitative et quantitative des populations vivant en France métropolitaine et en outremer obligerait de nombreux responsables de partis, de medias ou d’associations à actualiser leur logiciel.   

Immigrés, descendants d’immigrés :  comment nommer les autres ?

Une fois qu’on a pu caractériser les personnes d’origine étrangère résidant en France, immigrés, étrangers, descendants d’immigrés, comment nommer les autres ? Le terme "autochtone" ne convient pas car la très grande majorité  des descendants d’immigrés sont également nés sur le territoire français. L’INSEE les classe dans la catégorie de ceux qui ne sont "ni immigrés ni enfants d’immigrés" ce qui revient à les définir par défaut, alors qu’ils représentent 80% de la population. Michèle Tribalat propose de les appeler "les natifs au carré" ce qui n’est ni agréable à l’oreille ni facilement compréhensible. "Gaulois" reste une appellation banlieusarde comme "babtou", "blondin", "céfran", "from" ou "rillettes".

Il existe pourtant un terme celui de "Français de souche" dont le dictionnaire précise qu’il désigne dans son acception initiale "les personnes nées en France dont les parents sont également nés en France". Il s’oppose à "immigrés", et plus encore à "Français d’origine étrangère" comme le remarque Robert Badinter.  

Polémique identitaire ?  

Mais l’expression fait polémique. Le journal Le Monde la qualifie d’"étendard pour la mouvance identitaire de l’extrême-droite". Des journalistes et des politiques ont tenté de la réduire  au site internet  F.Desouche.  Houria Bouteldja, porte-parole des Indigènes de la République,  en janvier 2012 utilise pour qualifier cette population le néologisme de "souchiens". Elle a été poursuivie pour "injure raciale" mais relaxée en appel et en cassation par le tribunal qui précise qu’"il est constant que le néologique souchien est d’usage courant dans la classe politique".

Au contraire Laurent Obertone, auteur de Guérilla (Ring 2016), un roman de politique-fiction qui préfigurait un nouvel embrasement des banlieues, note qu’"on a le droit d’être fier de ses origines de n’importe où de la planète et de le revendiquer. En revanche, le Français de souche n’a pas le droit de le faire… puisque cette expression est devenue taboue. Dans le doute, le 'petit blanc' c’est un peu péjoratif et ça passe mieux car l’expression désigne ceux dont on voudrait bien se passer".

L’identité  se définit d’abord par un nom qui la désigne. Une population majoritaire dans la France d’aujourd’hui peut-elle en être privée ? Le risque est qu’elle finisse par considérer qu’elle est la seule digne du nom de "Français".

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