Une campagne de publicité pour le site RichMeetBeautiful a été retirée des rues de Paris pour ‘’incitation au proxénétisme’’. Elle proposait notamment à des jeunes de rencontrer un ‘’sugar daddy’’, ou une ‘’sugar mama’’. Maïa, porte-parole du Syndicat du Travail du Sexe (STRASS) répond aux questions de Planet.

Planet : Que pensez-vous de la médiatisation de l’affaire autour de cette campagne ?

Maïa : C’est de l’hypocrisie. On s’intéresse à la précarité des jeunes quand il s’agit de prostitution mais pas quand il s’agit d’autre chose. On s’en fiche de la précarité des étudiants, d’ailleurs on vient de leur enlever 5 euros des APL, en leur disant que ce n’était pas grand-chose. Là, parce qu’on parle du sexe, tout le monde est en émoi et crie au scandale. Moi quand j’étais étudiante, c’était clair : je n’allais pas sacrifier mon bien être mental, physique, mon temps et ma vie sociale pour caler 35 heures dans mon emploi du temps chez Macdo, qui est aussi de la précarité. Je préférais le travail du sexe où je pouvais gérer mon emploi du temps, mes conditions.

Planet : On ne vit pas forcément mal le fait de se prostituer ?

Maïa : Bien sûr que non. Certains collègues qui le vivent mal n’ont pas forcément choisi la prostitution pour diverses raisons, mais nous la population qu’on représente ce sont des travailleuses qui ont choisi ou pas choisi, mais qui l’exercent. Et puis à l’échelle de la population, quel est le pourcentage de gens qui ont choisi leur métier ? Aujourd’hui ce qu’on demande, c’est un accès au droit et l’arrêt de la stigmatisation dans les secteurs de la santé par exemple. Ca ce n’est pas une question de choix.

Planet : Et le retrait de la publicité, vous en pensez quoi ?

Maïa : Là-encore, c’est hypocrite. Une étudiante précaire, et ça a été mon cas, elle sait très bien taper ce qu’il faut sur Google. Incriminer la plateforme c’est une fausse excuse. Des plateformes, il y a en  d'autres. De toute façon, elles existent et elles sont là pour se faire de l’argent sur notre dos. Elles répondent aussi à un besoin de secret et c’est un outil de travail, particulièrement depuis la loi de pénalisation du client.

Planet : Et le phénomène du Sugar Daddy ?

Maïa : C’est plutôt mal vu dans notre communauté, parce que ce sont des plateformes où les clients utilisent et mettent à profit le fait que, face à eux, ce sont des jeunes femmes. Ca veut dire isolées, inexpérimentées, précaires. Tout cela pour exiger d’elles un accord à l’amiable qui ne fait pas explicitement de l’échange qui va être établi, un travail. Au final, on se retrouve sous-payés par rapport aux heures passées avec la personne et au travail sexuel effectué. C’est généralement 400 ou 500 euros par mois pour se voir une fois par semaine, c’est très précaire et c’est une arnaque totale. Ce côté plateforme en plus, ça donne peut-être le sentiment que c’est moins illégal, et ça quand on est jeune et isolée, ça joue. Ces plateformes, elles jouent là-dessus. Toute cette petite machine me choque.

Planet : Finalement, c’est encore une fois la question de la précarité

Maïa : Oui et ce n’est pas en raison du problème de précarité qu’il y a avec ce site, que la publicité a été retirée. Après la différence d’âge fait aussi monter tout le monde au créneau, il y a une sorte de dégout de la sexualité intergénérationnelle. Le problème c’est que nier la dimension de travail, c’est permettre à plein de gens de tirer avantage aux dépens de la travailleuse du sexe qui n’est pas maître du contrat. Mais ça, on n’en parle pas de manière générale alors que ce genre d’événement devrait pouvoir justement permettre de remettre cette question sur le plan politique. C’est utopique. Aujourd’hui par exemple, quand on est prostituée, c’est légal de se déclarer en tant qu’auto-entrepreneur, mais les clients n’ont pas le droit d’acheter nos services.

Planet : Ce genre de plateformes favorise-t-il aussi le réseau et le proxénétisme ?

Publicité
Maïa : Mon expérience, c’est que quand on commence en tant que travailleuse du sexe, il y a des gens, que j’appelle des recruteurs. Ils passent leurs journées à écumer les plateformes et à recruter les nouvelles. Ils les contactent pour leur proposer des plans pas fiables et ils essayent de voir à quel point elles sont précaires, pour voir ce qu’elles peuvent accepter. Plus on est précaire, plus on accepte des choses qui ne sont pas acceptables et donc plus on risque de tomber dans les filets. Ça c’est valable pour tout le monde. Mais ce qui peut faire que l’on tombe dans ce genre de réseau, c’est d’être isolée et précarisé, et le cercle vicieux se fait avec ce genre de plateforme. Mais après, si une collègue me demande des conseils sur les plateformes à éviter, ce genre de chose, moi je peux derrière être arrêtée pour proxénétisme, pour lui avoir donné ces informations.

Vidéo : Bruxelles : une pub incitait les étudiantes à se prostituer

mots-clés : Prostitution, Sexe

Recevez toute l'actualité chaque jour GRATUITEMENT !

X
Publicité

Contenus sponsorisés

Publicité