De nombreuses personnes s’émeuvent de voir dans la presse des victimes de viols ou d’agressions ignorées par des spectateurs passifs. Mais dans la même situation, qu’auriez-vous fait ?

Régulièrement dans l’actualité surviennent des faits divers qui interloquent non pas pour leur nature – un viol ou une agression – mais pour la réaction, c’est-à-dire l’indifférence, qu’il suscite auprès des gens témoins de la scène.

En avril 2014, le cas d’une jeune mère de 29 ans, agressée dans le métro sans que personne intervienne, avait suscité l’indignation. Quelques temps après, elle avait confié à la Voix du Nord le contexte de son agression : "Il m’a touchée et personne ne m’a aidée. Je me suis défendue toute seule. Les gens sont partis dans l’autre rame, ils m’ont laissée toute seule et ils me regardaient me faire agresser".

Un scénario qui se répétera quelques mois plus tard dans un train entre Paris et Melun où une jeune femme de 22 ans s’est fait violée sous l’œil de plusieurs témoins passifs. Entre temps, et depuis, combien d’autres faits divers de la sorte se sont déroulés sans être remontés dans la presse ? Pas sûr que la période estivale, propice aux débordements, ne vienne mettre un terme à cette série.

Comment expliquer l’inaction devant une agression ?

Selon France 2, la police n’a pas de chiffres sur ces agressions commises dans l’indifférence mais ils seraient en augmentation. Pour expliquer ce phénomène de passivité, les sociologues ont avancé trois explications.

D’une part, la compréhension de la situation : si la victime est bien consciente de se faire agresser, les témoins peuvent, eux, penser qu’il s’agit d’un jeu entre les deux personnes et de ce fait retarder leur intervention.

D’autre part, il y a la peur naturelle d’encourir à son tour un risque et d’être victime : dans la tête du spectateur s’agitent alors nombres de questions qui le laissent passifs ("Est-il armé ?", "Subirais-je des représailles ?", etc.). Ainsi, le 8 juin, quatre hommes ont été blessés à l’arme blanche, dont deux grièvement, en voulant porter secours à une femme agressée.

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Enfin, il y a l’inhibition du groupe. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le spectateur sera plus passif s’il voit les autres ne pas intervenir, alors que seul, le sort de la victime aurait reposé sur lui. Dans le groupe, la responsabilité étant diluée, les personnes se sentent moins concernées et donc n’agissent pas.

Ce que dit la loi

Dans les faits, il est presque rare qu’un des témoins passifs d’une scène d’agression se retrouve devant la justice, ce qui, il est vrai, n’incite pas à l’héroïsme. Pourtant, la non-assistance à personne en danger est un délit pénal passible de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende.

Mais comme le soulignait un article de Libération, la passivité est difficile à établir par la justice. "Si ces délits sont si peu nombreux, c’est d’abord pour une question de liberté individuelle. On ne peut pas obliger une personne à agir. Mais c’est aussi parce qu’il est difficile d’en rapporter la preuve.", explique Anne Ponseille, spécialiste du droit pénal.

Condamné à de la prison pour avoir secouru son amie

Cependant, venir en aide à la victime en cas d’agression peut se retourner contre soi. Ainsi, France 2 se faisait l’écho dans un reportage en juin dernier du cas d’Arnaud Gonnet, un père de 36 ans, condamné à deux mois de prison pour s’être interposé entre son amie et l’agresseur.

Les faits remontent à 2013. Arnaud Gonnet et une amie sont alors en discothèque lorsque cette dernière se fait agresser sexuellement par un individu. Le père de 36 ans intervient en frappant violement l’agresseur dont le pronostic vital est un temps engagé.

L’ami de la femme agressée est alors poursuivi pour coups et blessures par la justice, le procureur estimant que sa réaction a été disproportionnée. En effet, comme il est écrit dans l’article 122-7, "n’est pas pénalement responsable la personne qui, face à un danger (…) accomplit un acte nécessaire à la sauvegarde de la personne (…) sauf s’il y a disproportion entre les moyens employés et la gravité de la menace".

L’agresseur de la femme a quant à lui été condamné à 4 mois de prison. Un deux poids deux mesures dénoncé par l’avocat d’Arnaud Gonnet pour qui ces décisions de justice sont de nature à encourager la passivité des spectateurs d’une scène d’agression.

Huit Parisiennes sur dix pensent ne pas être aidées en cas d’agression

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Ainsi, un sondage de la fondation Thomson Reuters dévoilait que 85 % des Parisiennes ne penseraient pas recevoir de l’aide en cas d’agression dans le métro. Un constat inquiétant qui peut donc trouver sa source, non pas seulement dans l’individualisme exacerbé de notre époque, mais aussi dans une peur primaire – la crainte d’être blessé à son tour – voire secondaire : la peur de la justice. Un comble diront certains…

Vidéo sur le même thème : Agression dans le métro de Lille: comment expliquer la passivité des gens? - 26/04