Dans les années 1960, les Miss Météo ont envahi la télévision française. Si certains commencent à contester leur présence, le public les aime toujours autant. Explications avec la présentatrice Catherine Laborde et le sociologue Jean-Marie Charon.

© CC/pixabay / Lynn Greyling / Illustration

Dans l'émission Quotidien, sur TMC, elles ont été remplacées par des membres du public tirés au sort. Sur France Info, on expérimente la "météo en GIF". Quant à Ornella Fleury, dans Le Grand Journal, elle continue de s'attirer des réactions incendiaires de la part du public. Serait-ce donc la fin des Miss météo ?

Loin s'en faut, au vu des audiences que le programme amasse. En mars dernier, le site Toute la télé annonçait une part d'audience de 22% parmi les plus de 4 ans, uniquement pour le programme de TF1. Cela représente 5,6 millions de Français, suspendus chaque jour aux lèvres de cette personne qui nous parle de pluie et de beau temps. Catherine Laborde présente la Météo sur la première chaîne. "Aujourd'hui, nous explique-t-elle, entre internet, le journal et les réseaux sociaux (entre autres), on voit partout quel temps il va faire, mais le public reste extrêmement fidèle".

Jean-Marie Charon est chercheur en sociologie à l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales) à Paris. Il indique que c'est "depuis les années 1960 qu'on peut voir la télévision comme un média populaire". C'est également à cette période, marquée donc par une augmentation de l'audience, que sont apparues les premières Miss Météo. Comment expliquer cette affection ?

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Familiarité et proximité

"C’est un mystère", lance la présentatrice météo de TF1. Elle avance que les téléspectateurs sont peut-être animés par "le désir, le contentement de retrouver, dans un quotidien apaisé, un visage, une allure familière".

Pour Jean-Marie Charon, "l'appétence" pour la météo est semblable à celle des Français pour les faits divers. Les deux sujets possèdent une "grande proximité avec le public", affirme-t-il. En cela il les oppose "à la plupart des informations", qui traitent d'économie, de politique, de sujets internationaux, etc. Dire au public quel temps il fera, renchérit Catherine Laborde, c'est "apporter les nouvelles dont il a besoin pour organiser sa vie".

Une figure à part du journalisme

Catherine Laborde évoque un tableau du peintre Millet, L’Angélus (ci-dessous). Son titre se réfère aux cloches de l'Église sonnant pour la "prière de l'ange", un rituel qui "rythmait le quotidien" au XIXème siècle. On y voit deux travailleurs s'arrêter pour un moment de prière, presque de méditation. "Nous intervenons comme le son de l’angélus intervenait dans le quotidien des gens, argue-t-elle. Dans ce monde tourmenté, la météo a aussi un rôle d’apaisement".

En effet, cette parenthèse pendant laquelle on parle de pluie et de soleil, de chaleur et de froid, s'oppose au chaos souvent annoncé par le journal télévisé. Dès les origines, d'après le chercheur, les personnes présentant la Météo "avaient un profil assez décalé par rapport aux autres journalistes". Là où ces derniers seront "vus comme faisant partie des élites et remis en question", assure-t-il, "la Miss Météo est une figure intermédiaire, pas à égalité mais proche" du spectateur, et "moins vouée à être critiquée".

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Jean-Marie Charon met en regard "un phénomène d’identification" à la Miss Météo, qui naît de sa proximité, et l'impression que "la personne qui transmet ce contenu possède une image particulière, sympathique". "Plus sympathique, reprend-il, qu’un journaliste d’actualité, qui (...) marque une certaine distance par rapport à nous, car il ne doit pas aller trop loin dans l’affinité".

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