Des études menées par des psychologues montrent que le flux important d'informations auquel nous sommes exposés nous empêche d'exercer notre esprit critique.

Corruption de la classe politique, prise en otage par les grévistes ou encore évidence et inéluctabilité de l'austérité pour rembourser la dette des États... Grâce aux médias, nous pensons tout savoir sur beaucoup de sujets. "Tout ceci est forcément vrai, puisque cela passe à la télévision", nous disons-nous. Mais derrière cette maxime célèbre se cache une réalité parfois très différente. Car les reportages comportent souvent des approximations, voire des erreurs, les raccourcis sont légions et les avis des "experts" sont très orthodoxes et divergent peu. Malgré tout, nous y croyons presque toujours, et n'exerçons que rarement l'esprit critique nécessaire. Pourquoi une telle crédulité ?

Un flux d'informations en continuSelon de nombreuses expériences scientifiques, il semble que le flux rapide d'informations auquel nous sommes perpétuellement exposés (chaînes d'informations en continu, réseaux sociaux et par extension l'Internet en général...) soit un piège pour l'esprit critique. Car pour assimiler un maximum de nouvelles, il est préférable de les comprendre rapidement. Or, il est bien plus aisé de comprendre une information quand on la considère d'emblée comme étant vraie... Si je veux plonger dans l'inépuisable source d'informations qui m'est proposée, et en profiter réellement, je n'ai pas le temps de les remettre en question.

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Pour le prouver, trois psychologues de l'Université du Texas, aux États-Unis, ont conduit une expérience simple. Après avoir fait lire à des volontaires un texte présentant un individu X, ils les ont séparés en deux groupes, et leur ont présenté une série d'informations sur cet individu, dont certaines, fausses, en donnaient une mauvaise image. Le premier groupe avait pour consigne de trier les affirmations et d'indiquer s'il s'agissait d'informations vraies ou fausses, suivant ce qu'ils avaient lu dans le texte initial, tandis que le second groupe devait les lire et les comprendre le plus rapidement possible. À l'issue de ces deux phases, chaque volontaire devait livrer son impression sur le personnage X. Les résultats ont montré que les participants du premier groupe avaient une impression relativement juste de l'individu, correspondante à la description de départ. En revanche, les volontaires du second groupe, influencés par les fausses informations négatives, avaient une mauvaise impression du personnage. Les psychologues en ont conclu que la nécessité de comprendre rapidement une information dense poussait à supposer cette information vraie.

Un remède simpleCe phénomène s'applique particulièrement à la télévision ou au web, médias spécialistes de l'information rapide. Nous ne disposons que de très peu de temps pour analyser leurs contenus, et devons sans cesse nous accrocher à leurs flux continus. Dans ces conditions, le réflexe du cerveau est d'admettre quoi qu'il arrive que l'information est vraie.

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Il existe cependant une solution simple à ce danger. Dans la mesure où notre cerveau est vulnérable aux situations où il doit comprendre rapidement une quantité d'information trop importante, peut-être est-il plus judicieux d'opérer une sélection, un tri parmi l'offre pléthorique, et de conserver ainsi une chance d'exercer son esprit critique.

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