Depuis 2014, des personnes grimées en clowns sèment la terreur aux Etats-Unis et même en France. Mais de manière générale, le personnage au nez rouge dérange. Un psychologue nous explique les origines de cette aversion.

© capture d’écran Youtube

"On a mis nos masquards de clown pour affronter la société", chantaient les Béruriers Noirs dans les années 1980. Ce qui semblait alors un moyen sulfureux d'éveiller les consciences a aujourd’hui pour simple but d'effrayer par mauvais esprit. Aux États-Unis, la panique a commencé avec le signalement, en Caroline du Sud, d'un homme menaçant déguisé en clown qui rôdait à l'orée d'une forêt. Depuis, les témoignages s'accumulent.

Selon une étude du site Vox et de la société Morning Consult, les Américains auraient plus peur des clowns… que du terrorisme et de la mort ! Les policiers conseillent même d’éviter le masque de clown pour Halloween. En France, l’approche du 31 octobre fait redouter l’apparition de petits malins portant perruque chatoyante et nez rouge. Sur le Twitter francophone, on voit fleurir les mots-clés #LesCLownsArrivent et #LesClownsDansLesRues.

Olivier Douville, psychologue clinicien et anthropologue, explique que "le clown n’est pas qu’un personnage rigolo, facétieux ou rassurant" et qu'il "a toujours fait peur aux enfants". On peut en effet évoquer une étude menée par l’université de Sheffield en 2008, sur 250 enfants, dans laquelle tous montraient leur crainte du personnage. On trouve l'origine de cette "aversion universelle", évoquée par les médecins en charge de l'étude, dans l'Histoire.

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Bouffons dérangeants et clowns meurtriers

Au Moyen-Âge, explique Olivier Douville, les bouffons, ancêtres des clowns, "avaient le devoir de dire la vérité s’ils voulaient garder la vie sauve". L'inverse, donc, de tous les autres sujets. De ce fait, non seulement le "fou du roi" dérangeait par sa malicieuse franchise, mais il vivait sous un autre régime que celui de la société. "Chez les Iroquois", reprend l’anthropologue, le clown détient un statut ambigu, étant à la fois "guérisseur et empoisonneur".

Le premier Auguste, ce personnage au nez rouge et au visage bariolé, vivait au XIXème siècle et s'appelait Joseph Grimaldi. Sa vie, retracée par Charles Dickens, a fait naître l’image d'un être gai en apparence mais intérieurement dévasté. En effet, maltraité par son père, cet homme dépressif a perdu sa femme en couche et s’est noyé dans l’alcool avant de se suicider. Il aurait inspiré le personnage déprimant et irrévérencieux de Krusty dans la série animée Les Simpsons.

Ensuite est venu Jean Gaspard Deburau, encore moins attrayant. Lui n'était pas un Auguste mais un Pierrot, un clown triste. Il a donné sa réputation de brutalité au clown en battant à mort, en 1836, un enfant qui l’avait insulté. Et puis il y a eu John Wayne Gacy, ou "Pogo le clown". Cet Auguste a assassiné 35 jeunes hommes et prétexté, à son procès, que "les clowns peuvent se permettre de tuer". Cela explique le choix de Stephen King pour le monstre éponyme de son roman Ça, devenu une référence de la littérature, puis du film d'épouvante.

La peur du masque et de la mort

Si la France s'est à peu près remise des faux clowns qui ont envahi le Nord-Pas-de-Calais en 2014, pourquoi une telle hantise outre-Atlantique ? "Aux États-Unis, si l'on cherche une représentation populaire du clown, on trouve le Joker", justifie Olivier Douville. La nemesis du héros Batman, un facétieux meurtrier créé par DC Comics, symbolise le côté "grinçant" que possèdent tous les clowns, encore en rapport avec leur devoir de franchise. Chacune de ses farces cache un piège, souvent mortel, et il éclate régulièrement d'un rire sardonique qui fait froid dans le dos.

Blancheur, rictus malade aux dents découvertes, cheveux verdâtres et filasses, contour des yeux noircis... Le masque du Joker lui donne "une tête de mort", analyse le psychologue clinicien. Ce rapport avec l'au-delà se retrouve chez "le clown blanc", qui "peut être un prince, mais aussi le mort qui revient". Et l'"aspect funeste" du masque est également présent chez les clowns maléfiques repérés en France et en Amérique.

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Contrairement aux véritables clowns (ceux qui préfèrent s'adonner aux arts de la scène que vous découper en rondelles), ces derniers ont souvent un visage sanguinolent, un sourire déformé, des dents proéminentes et un regard mauvais. Outre le Joker, on peut se référer au visage du clown d'American Horror Story (réfléchissez avant de chercher celui-ci sur Google !). "Les gens qui mettent des masques de clown, conclut le spécialiste, veulent dire : 'Je n’ai pas l'angoisse de la mort, parce que j'incarne la mort.'"

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