Les récents propos de la ministre Pascale Boistard ont une nouvelle fois précipité le port du voile au cœur du débat public. L’occasion de faire le point sur ce sujet sensible en France.

Le port du voile fait une nouvelle fois parler de lui. La ministre des Droits des femmes a en effet remis le sujet en avant en déclarant lundi dans le Talk du Figaro qu’elle était "contre" le port du voile dans les universités. Une sortie d’autant plus surprenante de la part de cette membre du gouvernement, qu’elle reprend une position défendue par l’opposition. De quoi faire jaser dans la classe politique et relancer ce (grand) débat de société.

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"L’ensemble de la communauté universitaire supporterait très mal une remise en cause de ses libertés", a estimé Jean-Loup Salzmann, le président de la conférence des présidents d’universités (CPU), au micro de BFM TV. Pourtant, en février dernier, un enseignant de l’université Paris 13 Villetaneuse (Seine-Saint-Denis) a été démis de ses fonctions après avoir annoncé à sa direction qu’il avait l’intention de ne plus enseigner dans l’établissement à cause de la présence d’une étudiante voilée à son cours de droit des assurances. "Si sa liberté à elle est de porter le voile en tout lieu, la mienne est de refuser, dans mon pays, au regard de notre histoire et de notre culture, de donner un cours face à un visage voilé", avait-il fait valoir. "Si un enseignant, a fortiori un avocat qui connaît le droit, s'autorise à faire de la discrimination, la première chose à faire c'est de le suspendre", avait de son côté répliqué Jean-Loup Salzmann.

Ce que dit la loi

La loi est effectivement claire concernant le port du voile. Votée en 2010, la loi dite "loi sur la burqa" interdit de "dissimuler son visage" dans l’espace public. En d’autres termes, les femmes n’ont pas le droit de cacher entièrement leur visage et donc de porter une burqa ou un niqab sur les voies publiques, dans les commerces, les théâtres, les cinémas, les musées, les postes, les hôpitaux, les bâtiments de l’administration, les commerces et les transports en commun. A noter, le porte d’un simple foulard couvrant l’ensemble de la chevelure mais pas le visage, le hijab, est lui autorisé.

Tout contrevenant à "loi burqa" s’expose à une peine de 150 euros d’amende parfois assortie d’un stage de citoyenneté. Une sanction insuffisante pour Nadine Morano. "Sur ce port du voile intégral, il faut le passer en délit dès lors qu'il y a récidive. Là, vous payez une petite amende, point barre. Il y a normalement un stage de citoyenneté. Je veux savoir combien de femmes qui ont été sanctionnées par le biais d'une amende se sont retrouvées en stage de citoyenneté. Je veux qu'on soit extrêmement dur sur toutes ces questions. Il en va du respect de la laïcité, et du respect de nos valeurs en France", a déploré l’eurodéputée UMP au micro de RMCil y a quelques semaines.

Un homme tente également de faire entendre sa voix dans ce débat, Rachid Nekkaz. Depuis cinq ans, le fondateur de Touche pas à ma Consitution s’engage à payer les amendes des femmes qui portent librement le niqab en France, mais aussi en Europe, et ce, "dès lors qu’elles s’engagent à rejeter toutes formes de violences ou d’idéologie islamistes radicales".  En tout, "865 amendes ont été payées en France et 129 en Belgique. Soit un total de 196 000 € avec les frais d'avocats", nous confiait en novembre celui que certains surnomment le "Zorro du niqab".

La laïcité "ne doit pas s’arrêter aux portes de l’université"

En terme de port du voile, l’école demeure cependant un cas à part. En vertu de la loi de 2004, les écoles primaires, les collèges et les lycées sont en effet les seuls endroits où tous les signes religieux ostentatoires sont interdits. Dans le cas du voile, peu importe qu’il couvre uniquement les cheveux ou bien le visage également, il est tout simplement interdit. Mais cette mesure ne concerne par l’enseignement supérieur. Ce que réclament justement des membres de l’opposition.  Le député UMP Eric Ciotti a en effet déposé une proposition de loi en ce sens le 13 février dernier. La laïcité ne doit pas "s’arrêter aux portes de l’université", faisait également valoir le mois dernier un communiqué du parti présidé par Nicolas Sarkozy.

Certains présidents d’université prennent quelques libertés avec la loi

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Mais pour le moment, la CPU ne semble pas prête à faire changer les choses. En témoigne les récents propos de son président. "Le voile fait partie du paysage français, du RER à la rue en passant par l’université, qui se doit, bien plus encore que tout autre lieu public, d’être un lieu de dialogue, de discussion, un endroit pour les libertés de toutes sortes et non un lieu d’exclusion ou de discrimination", a-t-il rappelé dans une tribune publiée sur l’Obs. Un guide de "Laïcité et enseignement supérieur" permet néanmoins aux présidents d’université de prendre quelques libertés avec la loi et de s’arroger le droit d’encadrer le port du voile, précise 20 Minutes. Aussi, certains ont interdit le port du voile pour des raisons de sécurité – lors d’expérience avec des produits hautement inflammables en laboratoire par exemple –  ou pour non-adéquation avec l’activité sportive.

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