Depuis un peu plus d'une semaine, Marc Pointud s’est installé dans le phare de Tévennec, construit sur un petit rocher, au large du Finistère (Bretagne). Pendant 60 jours, il va occuper ce lieu à la réputation noire afin de recueillir de l’argent pour rénover le phare.

© Le Télégramme / Marc Pointud

"Déjà une semaine sur le caillou. A dire vrai je ne l’ai pas vue passer", écrit ce lundi 7 mars sur son blog Marc Pointud, 65 ans. Pendant deux mois, le président de la Société nationale pour le patrimoine des phares et balises (SNPB) va séjourner dans le phare de Tévennec, situé sur un petit monticule rocheux - dit "le caillou" - au large du Finistère (Bretagne).

Sur son blog, le nouveau gardien de phare a commencé son journal de bord comme un marin en mer. "Et voilà ! Enfin à Tévennec. Sur le caillou, comme l’on dit. Cela n’a pas été une mince affaire… La nuit est arrivée. Une lampe, un dîner rapide et frugal et un bon repos mérité", a-t-il écrit le 28 février dernier, au lendemain de son arrivée en hélicoptère dans ce phare de 11 mètres de haut sur 2,4 mètres de côté construit au milieu du XIXe siècle et inhabité depuis plus d’un siècle.

Des cris lugubres, des gardiens qui deviennent fous…

Le phare dans lequel Marc Pointud a pris ses quartiers n’est pas n’importe lequel. Il serait même le plus maudit de l’Hexagone. Situé sur un promontoire escarpé, le lieu a en effet mauvaise réputation auprès des marins. On parle d’échos lugubres émanant des roches comme autant de cris d’âmes naufragées, de gardiens qui deviennent fous quelques temps après leur arrivée, d’autres qui meurent brutalement… Ainsi, pas moins de 23 gardiens se sont succédé en seulement 30 ans de gardiennage. C’est en partie à cause de sa sombre histoire que le phare sera automatisé en 1910. 

Pour l'instant, le nouveau gardien n'a pas été atteint par la malédiction qui hante le lieu. "Je n'ai encore rien entendu ni n'ai rencontré d'être de l'autre monde...", nous raconte Marc Pointud qui a son explication sur ces phénomènes paranormaux. "Il faut replacer ces histoires dans le contexte des superstitions mélangées à la religion dans la fin du XIXème siècle où les conditions de vie et d'isolement étaient bien plus fortes que maintenant", raconte-t-il, ajoutant toutefois : "Mon séjour est loin d'être fini, des surprises sont toujours possibles..."

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Reste que pour les habitants du littoral, le lieu est maudit. Une légende celte affirme que la barque de l’Ankou ("la mort") venait accoster en provenance de la baie des Trépassés… Si bien qu’en 1893, une croix en pierre a été installée au sommet de la roche pour exorciser ce lieu nimbé de mystères. Mais ladite croix a été réduite en poussière par la foudre. Une autre a bien été installée au début du siècle suivant, mais la tempête de 2009 l’a emportée. Depuis 2012, une nouvelle croix a été érigée ; et selon les dernières nouvelles, elle tient encore… A noter que depuis le 31 décembre 2015, le phare a été classé monument historique notamment parce qu’il "a fait naître beaucoup de légendes", est-il écrit sur l’arrêté préfectoral.

Un lieu balayé par des courants et des vents violents

Mais si Marc Pointud semble faire peu de cas de cette malédiction qui entoure le phare, il a en revanche en tête le fait que le rocher sur lequel il se trouve est situé dans une zone extrêmement difficile, balayé par des vents violents et ceinturé par les puissants courants du raz de Sein. Au fil des siècles, plusieurs navires ont fait les frais de cet environnement capricieux : Le Séduisant en 1796, le Jules-Chagot en 1897, la Marie-Thérèse, l’Edmondsley, ou encore le Trane en 1973.

Le phare est tellement vulnérable que des vagues s’envolent au-dessus de la maison d’habitation attenante, longue de 9 mètres et large de 7 mètres. Marc Pointud en a fait l’amère expérience, et au passage, a été témoin d’un petit "miracle". A France Bleu Grand Ouest, il a raconté le 6 mars dernier sa drôle de mésaventure alors que les vagues léchaient le phare : "J’étais en train de filmer, de regarder face au vent, et tout d’un cas mon bonnet s’envole… Alors je me dis qu’il est perdu. J’ai regardé en direction des roches en contrebas, j’ai regardé partout, partout, à la jumelle… je ne l’ai pas vu. Et ce matin en sortant, que vois-je ! Le bonnet posé sur les roches dans une flaque d’eau à 5 mètres en contrebas, un endroit où j’avais regardé dix fois hier !"

Des conditions de vie difficile

A l’intérieur de sa nouvelle demeure, Marc Pointud écrit sur son blog qu’il a dû tout apporter : "eau, vivres, mobilier, de quoi produire de l’énergie et tout un ensemble d’ustensiles, de matériels aussi divers qu’hétéroclites. De quoi réparer au cas où, de quoi soigner au cas où…" Et s’il on en croit le gardien, l’installation n’a pas été de tout repos : "Branchement du panneau solaire en priorité [pour alimenter son ordinateur et son téléphone portable, Ndlr], qui charge bien – ouf ! -, essai du groupe électrogène de secours, neuf mais qui fuyait et que j’ai dû réparer. C’est plus inquiétant… Enfin il fonctionne correctement désormais. Ajoutons des rangements divers et la journée s’achève. Ce soir je me cuisine un bon petit dîner. Faut se soutenir !"

En effet, le gardien a fort à faire dans ce phare détérioré par manque de présence humaine depuis plus d'un siècle. Dans une salle, "il y a perpétuellement un centimètre d'eau, à cause du toit qui fuit. L'autre grande pièce du rez-de-chaussée est complètement dans le vent et le plancher est pourri. A l'étage, les minuscules chambres sont battues par les vents, à peine protégées par les derniers volets ou les plaques qui ont remplacé les fenêtres", a-t-il déclaré à nos confrères de Francetv Info

Mais ces conditions spartiates n'ont pas de quoi effrayer le gardien temporaire. Je navigue depuis mon adolescence, j'ai formé des chefs de bord pendant 10 ans en mer en toutes saisons. Je suis donc habitué à vivre dans un espace restreint et peu confortable", explique l'aventurier, qui envoie chaque jour une vidéo de son expérience à la chaîne de télévision locale Tébéo avec laquelle il a noué un partenariat. "Par ailleurs, la solitude ne me pèse pas, reprend l'homme de 65 ans. Je n'ai donc pas eu de préparation particulière. Mon éducation et mon expérience me permettent d'appliquer dans ma vie le principe de l'adaptabilité, principe que l'école de la mer inculque nécessairement."

Dans son humble maisonnette, Marc Pointud tue le temps en écrivant : des éditos sur son blog, une chronique dominicale dans le Télégramme, et l’écriture d’un livre autour de son expérience. "Je ne vois pas le temps passer, nous raconte-t-il. La matinée est consacrée en général aux obligations domestiques et surtout à la communication car c'est le but premier de cette mission ; l'après midi est un temps personnel pour la contemplation de cet environnement exceptionnel et la rédaction de mon livre."

Mettre en lumière la cause des phares en mer

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En effet, Marc Pointud n’est pas seulement allé sur ce phare isolé pour méditer, tel un ermite, mais pour éveiller les consciences sur l’état des phares. L’opération, baptisée Lumière sur Tévennec, "doit d'une part permettre de communiquer sur le projet de restauration de Tévennec dans le but de trouver le mécénat indispensable car il n'y a pas d'argent public, et d'autre part faire connaître la valeur du patrimoine exceptionnel des phares en mer et la nécessité de remettre la présence de l'humain à bord de ces phares", explique le président de la SNPB. 

Pour envoyer des dons, il faut se rendre sur le site de financement participatif MyMajorCompagny.

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