Migrations : l'Union européenne récompensera les bons journalistes

Une étude récente de l’OJIM, Observatoire du journalisme et de l’information médiatique (www.ojim.fr) apporte de curieuses révélations sur les pratiques de l’Union européenne en matière de formatage de l’opinion publique. Décryptage.

Positiver la chronique des migrations

Dans l’optique de "promouvoir un journalisme sur la migration basé sur (sic) des preuves", l’Union européenne lance une compétition originale, "le Prix des Médias" dont la remise aura lieu le 22 juin 2017. Une opération qui affiche clairement ses objectifs : "La couverture par les medias des phénomènes migratoires joue un rôle important dans la formation de l’opinion publique". Il s’agit donc de combattre "la tournure dramatiquement négative du discours actuel sur les migrations" pour renforcer "le rôle positif que les medias peuvent jouer quand il s’agit d’influencer le récit actuel des migrations".

77 récits exemplaires

Les journalistes sont donc conviés à solliciter et à présenter au mieux des "récits de vie" de migrants pour émouvoir des populations majoritairement rétives à une installation d’étrangers sur leur territoire. Ces témoignages donneront de l’authenticité à une migration qui est toujours pour celui qui l’entreprend un déchirement et une aventure périlleuse. Mais ils risquent aussi de masquer  les aspects sociaux, économiques, financiers, religieux, sécuritaires  ou psychologiques qui sont le lot des pays d’accueil et de leurs ressortissants.

Financer les bons medias

Cette initiative n’est pas isolée. Un projet porté entre autres par la fondation Bill Gates et qui associe sur 18 mois quatre quotidiens, Le Monde, l’allemand Der Spiegel, l’espagnol El Pais et le Guardian anglais entend faire chroniquer et valoriser "l’arrivée et l’intégration des familles de migrants". Un enjeu vital en cette année 2017 où se déroulent dans l’Union européenne de nombreuses élections.  

Une politique d’ouverture en grand

Ces opérations s’inscrivent dans une  politique générale. Le commissaire européen aux affaires intérieures chargé des migrations et de la citoyenneté, le grec Dimitri Avramopoulos, ne l’a pas caché dans son discours du 7 mars 2017 à l’Université de Genève : "Allons-nous nous laisser submerger par la montée du populisme, du nationalisme et de la xénophobie ? Allons-nous réintroduire des contrôles aux frontières internes de l’UE ? Sacrifier la liberté de mouvement si chère à nos citoyens ?… Les 27 auront besoin à l’avenir de 6 millions d’immigrés. Nous allons ouvrir des bureaux dans tous les pays de la rive sud de la Méditerranée et en Afrique de l’Ouest".

Il ajoute que l’Europe est aujourd’hui prête à relever le défi migratoire. Elle ne laissera pas entrer tout le monde, elle dispose de "hotspots" efficaces en Italie et en Grèce pour traiter les dossiers  et profite de son "arrangement" avec la Turquie pour retenir provisoirement sur place la majorité des réfugiés politiques. Quant aux pays qui refuseront de les accueillir, ils seront  sanctionnés.

Les électeurs jugeront

Ces financements généreux  suffiront –ils  à rendre les opinions publiques européennes  plus perméables à l’accueil des migrants ? A ouvrir des bureaux effectifs et fiables sur le littoral sud de la Méditerranée qui pourraient convaincre les candidats à la migration d’éviter les passages en force à Ceuta et  les naufrages au large des côtes libyennes ?  A faire le tri entre les réfugiés politiques, les demandeurs d’emploi et les autres ? A combattre les mafias de passeurs, la fraude identitaire et l’infiltration de terroristes ?  A reconduire dans leurs pays les déboutés du droit d’asile ? A orienter ceux qui sont admis, vers des pays qui peuvent leur fournir un hébergement décent, une formation adaptée et un travail effectif ? La parole est aux citoyens des pays de l’Union européenne.