Michel Neyret : flic ou voyou ?

L'ancien numéro 2 de la police lyonnaise comparaît devant la justice pour ses relations un peu trop privilégiées avec le milieu.

Tous les amateurs de polar ont vu 36 quai des Orfèvres, sorti en 2004 et magistralement interprété, notamment par Daniel Auteuil (Léo Vrinks) et Gérard Depardieu (Denis Klein). Dans ce film, le cœur du suspense est l'arrestation, en flagrant délit, de gangsters violents, un peu barjos et donc assez mal vus du milieu. Si le film était tourné aujourd'hui, ce serait un groupe de terroristes, ce qui lui donnerait une autre portée.

Le flag précité n'a pu avoir lieu que grâce aux indics et aux relations troubles entre Vrinks et un truand notoire. Dans le film, Vrinks est trahi par Klein par jalousie sentimentale et professionnelle. Dans la réalité, je crois assez peu à une telle explication. Est-ce que Michel Neyret a dérangé des personnes influentes aux relations efficaces ? Sinon, il eût été facile de mettre Neyret en garde plutôt que de le faire tomber brutalement avec ses tontons et autres cousins.

Ce coup de poignard dans le dos du renseignement n'était que la partie visible de l'iceberg : un démantèlement d'un aspect essentiel de notre défense, assuré par la droite comme par la gauche, avec le soutien des bobos obsédés par le mythe des barbouzes. Sans ce travail de sape, est-ce qu'on aurait pu prévoir l'attaque de Charlie Hebdo ? Probablement pas. Par contre, on serait resté opérationnel pour réagir et on aurait, presque sûrement, évité le massacre du Bataclan.

Pour l'ensemble de la police, le signal a été clair : on ne prend pas de risque et on ne touche pas aux puissants. Pour les indics aussi la mise en garde a sûrement été entendue cinq sur cinq. Je dois avouer que je suis perplexe devant la naïveté, réelle ou apparente, des commentaires actuels sur l'assainissement des relations entre policiers et indics. On ne fait pas d'omelette sans casser d'oeufs.

Jusqu'ici, dieu merci, les terroristes se sont comportés en amateurs. S'ils passent au stade professionnel, il faudra bien s'interroger sur la "conclusion" de Klein face à Vrinks : "Ce sont tes méthodes qui ne marchent pas". Quelques signes, notamment l'achat de caméras pour lilliputiens et de quelques autres gadgets modernes, donnent l'impression que le gouvernement a pris conscience du danger.

A long terme, il faut s'attaquer aux causes profondes du terrorisme. Mais, à court terme, les déambulations des policiers et militaires devant des passants pas vraiment rassurés ne servent à rien. La seule méthode efficace, en France comme ailleurs, est le renseignement. Certes, il faut que celui-ci soit contrôlé, mais  intelligemment et discrètement.      Il faut peut-être aussi redire aux flics et aux CRS qu'on a besoin d'eux. Faudra-t-il un nouveau Bataclan pour remettre les priorités dans le bon ordre ?

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