Une prestation peu plébiscitée sur France 2, des dissensions et des affaires judiciaires en cours… La situation du Front national et de Marine Le Pen semble plutôt pessimiste et pourtant. L’ancienne candidate à la présidentielle n’a pas grand-chose à craindre (dans l’immédiat), selon Jean-Yves Camus, politologue et spécialiste de l’extrême droite.

Les commentateurs ont été unanimes, la rentrée en septembre de Marine Le Pen a été particulièrement délicate. Elle s’est d’ailleurs soldée par le départ de Florian Philippot, parti fonder son propre mouvement, Les Patriotes. Ce n’est pas la seule difficulté qui semble frapper le parti d’extrême droite. Outre les affaires judiciaires qui se multiplient, la récente prestation de Marine Le Pen sur France 2 dans l’Emission Politique a réalisé un score d’audience extrêmement décevant, et un récent sondage BVA indique que sa nièce, Marion Maréchal Le Pen est plus populaire. Le début de la fin ? Pas vraiment selon Jean-Yves Camus, politologue et spécialiste de l’extrême-droite qui estime que l’ancienne candidate pourra aborder sereinement le congrès du 10 et 11 mars prochain.

Débordée à sa droite ?

Sur la question des dissensions et des querelles dans son camp, le spécialiste estime que la présidente du Front National n’a pas grand choses à craindre. "Marine Le Pen est dans une position délicate, mais assumé. Il n’y pas de départ au Front National, hormis ceux qui ont déjà eu lieu. Même si sa position est affaiblie, elle est sans risque. Le congrès est verrouillé d’avance", explique-t-il. D’autant que Marine Le Pen assure en ce moment une opération séduction en se rendant dans les fédérations locales.

 

  

La fille de Jean-Marie Le Pen aurait également peu à craindre du mouvement des Patriotes, car selon le politologue, "la règle en Europe c’est qu’il n’y a pas dans un pays, la place pour deux partis de ce genre (…) Les Patriotes risque également de se heurter à un problème : celui des moyens financiers".

Marion Maréchal Le Pen, une vraie menace pour sa popularité ?

Marion Maréchal Le Pen a annoncé son retrait de la vie politique, mais pour combien de temps ? En attendant, un sondage BVA paru fin septembre montrait que l’ancienne députée était plus populaire que sa tante au sein des sympathisants du parti. Pour Jean-Yves Camus, Marine Le Pen paye directement sa prestation de l’entre-deux tours. "Marion Maréchal Le Pen est partie avant, elle a pris moins de risques, elle a été moins exposée et a suscité moins d’attente", explique le spécialiste.

Jean-Yves Camus estime par ailleurs que si elle souhaite revenir dans le jeu politique, Marion Maréchal Le Pen devra se montrer stratégique. "Elle devra rester au moins un an dans le privé pour que ça soit crédible. Elle aura ensuite la possibilité de revenir mais il ne faudra pas que ça soit en 2021 pour l’élection présidentielle de 2022. Ou alors, elle attend que sa tante échoue une troisième fois et revient après", détaille-t-il.

Changement de façade et objectif municipales

Pour remonter sur la "vague bleue marine" qui l’a portée au deuxième tour de la présidentielle, Marine Le Pen pourra notamment compter sur le changement de nom du parti qui devrait être acté lors du congrès de mars prochain. "Les médias verront ça comme une révolution, mais c’est un changement de nom, pas d’idéologie. Le logiciel reste le même", assure-t-il.

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C’est en tout cas avec ce nouveau nom que le parti de Marine Le Pen pourra aborder les prochaines élections clefs : les européennes et les municipales. "Les élections européennes ont un mode de scrutin plutôt favorable au FN, c’est en plus une élection qui suscite peu de mobilisation anti-FN. Les municipales sont aussi un gros objectif. Ils peuvent, je crois, conquérir plus de mairies", ajoute le politologue. Le Front National, même sous un autre nom, et même face aux difficultés, devrait résister. "C’est une force politique qui tient son range. Le scénario à envisager, c’est que ce parti politique continue à s’enkyster dans la vie politique pendant longtemps, sans jamais décrocher la timbale : l’Elysée", conclut Jean-Yves Camus.

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