Pour soutenir des pompiers agressés sur l'Ile de Beauté, des manifestants ont chanté des slogans xénophobes et s’en sont pris à une salle de prière musulmane.

Dans la nuit de jeudi, le soir du réveillon de Noël, une soixantaine de jeunes encagoulés du quartier populaire des Jardins de l’Empereur à Ajaccio (Corse), a tenté d’attirer les policiers dans un guet-apens en allumant des feux. Arrivés sur place, les pompiers ont été violemment pris à partie par un groupe d’individus armés de barres de fer et de battes de baseball. Au total, deux soldats du feu et un policier ont été blessés.

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En réaction, des centaines de personnes se sont rassemblées les jours suivants en soutien aux pompiers et policiers. Mais les manifestations ont débordé : scandant "Arabi Fora" ("les Arabes dehors ") ou encore "On est chez nous", un groupe d’individus a saccagé une salle de prière musulmane près du quartier. Des exemplaires du Coran ont également été partiellement brûlés, tandis que la terrasse d’un kebab a été attaquée.

Des débordements qui ont fait réagir la classe politique. Quant au ministre de l'Intérieur, il a promis que les auteurs de violences répondront "devant la justice de ces actes inadmissibles".

Le terme "islamophobe" fait débat

Que dit la loi sur l’islamophobie ? Tout d’abord, il faut s’entendre sur le terme. Si celui-ci se traduit littéralement par "la peur de l’islam", il a pris ces derniers temps le sens d’une réaction de rejet vis-à-vis des personnes musulmanes. Le Conseil contre l’islamophobie en France, dans un rapport de 2014, précise que l’islamophobie se définit comme "l’ensemble des actes de discrimination ou de violence contre des institutions ou des individus en raison de leur appartenance, réelle ou supposée, à l’islam. Ces actes sont également légitimés par des idéologiques et des discours incitant à l’hostilité et au rejet des musulmans."

Comme le précise Le Monde, "l’islamophobie n’est pas punie en tant que telle en France". Son expression est toutefois encadrée par les lois régissant la liberté d’expression. Ainsi, selon l’article 24 de la loi du 29 juillet 1881, "la provocation à la discrimination, la haine ou la violence envers des personnes en raison de leur origine, ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnique, une nation, une race, ou une religion déterminée", peut être condamnée d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

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C’est ainsi qu’en octobre 2013, Christine Tasin, membre du collectif "Riposte laïque" (proche des identitaires d’extrême droite), avait déclaré : "Oui, je suis islamophobe, et alors ? La haine de l’islam, j’en suis fière. L’islam est une saloperie (…) c’est un danger pour la France." Le parquet de Belfort (Franche-Comté) avait alors estimé que ses propos étaient de nature à "susciter le rejet des musulmans en les désignant comme un danger pour la France." La militante avait été condamnée à 3 000 euros pour "incitation à la haine raciale", mais relaxée en appel.

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