Souvent controversé, il s’était fait le défenseur de tous ceux que l’Histoire avait condamnés. Nazis, terroristes ou encore dictateurs, selon Jacques Vergès, tout le monde avait le droit d’être défendu. L’avocat est décédé ce jeudi 15 août à l’âge de 88 ans.

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Il faisait partie de ceux que l’on appelle les ténors du barreau. Jacques Vergès laissera sans doute le souvenir de l’un des avocats les plus brillants de sa génération, mais aussi celui des plus controversés. Décrit comme « l’avocat de l’indéfendable », celui qui avait bâti sa réputation en se faisant le défenseur de tous ceux que l’Histoire avait condamnés, est décédé ce jeudi 15 août à l’âge 88 ans, de cause naturelle, a confirmé hier Christian Charrière-Bournazel, président du Conseil national des barreaux.

« Serais-je prêt à défendre Hitler ? Bien sûr ! »

Avocat, notamment, du nazi Klaus Barbie, du terroriste « Carlos », de Slobodan Milosevic, l’ancien président serbe qui a été reconnu coupable de crimes contre l’humanité en 2002, du khmer rouge Khieu Samphan, le jardinier Omar Raddad, Maître Vergès s’était aussi dit prêt à défendre Mouammar Kadhafi. « Serais-je prêt à défendre Hitler ? Bien sûr ! Et même George W. Bush. Je suis prêt à défendre tout le monde à condition qu’ils plaident coupables » avait-il déclaré. « Je ne suis pas l’avocat de la terreur, mais l’avocat des terroristes. Hippocrate disait : « Je ne soigne pas la maladie, je soigne le malade ». C’est pour vous dire que je ne défends pas le crime mais la personne qui l’a commis ». « Défendre ce n’est pas excuser. L’avocat ne juge pas, il ne condamne pas, il n’acquitte pas : il essaie de comprendre » avait encore déclaré celui qui estimait ainsi faire « un travail social ».

« Jacques Vergès était un homme fascinant et mystérieux »

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Gilbert Collard a aussitôt salué la mémoire de son confrère. « Il était de ceux qui sont capables de dire non. C'est ce dont nous avons besoin aujourd'hui. D'hommes capables d'être aux cotés de ceux sur lequel tout le monde s'acharne » a déclaré l’avocat et député du FN. Maître Georges Kiejman, avocat et ancien ministre de François Mitterrand lui a lui aussi rendu hommage. « Jacques Vergès était un homme fascinant et mystérieux. Sa dimension intellectuelle dépassait le cadre judiciaire. Il faisait partie des deux ou trois avocats extraordinaires de ma génération. […] Au fil des années, ses convictions ont évolué. Il a défendu les intérêts des Allemands nazis ou des terroristes comme Carlos. Le personnage avait changé. Il n'avait pas perdu son talent mais sans doute de sa puissance de conviction » a-t-il déclaré à propos de celui qu’il considérait comme son « meilleur ennemi » dans les prétoires.

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