Deux jours après le crash d’un A320 de la compagnie allemande Germanwings dans les Alpes-de-Haute-Provence, plusieurs hypothèses sont envisagées. Le point avec Planet.fr.

La pire catastrophe aérienne ayant eu lieu sur le territoire français depuis plus de trente ans. Voici comment les experts qualifient le crash de l’A320 de Germanwings qui a eu lieu mardi dans les Alpes-de-Haute-Provence. Au lendemain de ce drame qui a coûté la vie à 150 passagers et membres d’équipages, plusieurs questions demeurent sans réponses. L’une des boîtes noires a bien été retrouvée mais elle est endommagée. Aussi, les informations qu’elle contient, notamment les enregistrements des conversations dans le cockpit, pourraient elles aussi avoir été endommagées et ainsi compliquer davantage le travail des enquêteurs.

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 En attendant que ces derniers livrent leurs premières conclusions, Planet.fr vous propose de faire le point sur les hypothèses plus ou moins folles qui entourent ce terrible accident.

1/ La piste terroriste

"L’hypothèse terroriste n’est pas privilégiée", a déclaré Bernard Cazeneuve ce mercredi matin. Deux principaux éléments écarteraient en effet cette piste : le fait que ce crash n’a pas été revendiqué comme étant une attaque terroriste et le fait que le transpondeur, qui permet d’envoyer des messages spécifiques en cas de détournement, n’a envoyé aucun message de ce type et ce, alors même qu’il a fonctionné pendant tout le vol.

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Mais si l’hypothèse de l’attaque terroriste semble peu probable, une "simple" attaque pourrait être envisagée. Interrogé par Nice Matin, Michel Polacco, ancien directeur de France Info et spécialiste des questions d’aéronautique et de défense, a en effet expliqué que cela pourrait être l’œuvre de "la main du diable". En d’autres termes, de "gens mal attentionnés". Resterait cependant à connaître leurs motivations.

2/ La dépressurisation de l’appareil

Lorsqu’un avion est soumis à une dépressurisation, le pilote doit faire descendre l’appareil pour tenter de retrouver une pression adéquate. Mais ce principe peut être sérieusement compromis en cas de dépressurisation brutale. Si l’appareil perd une porte, par exemple, le pilote ne dispose alors que d’une vingtaine de secondes pour réagir avant de s’évanouir. Un cas de figure qui pourrait expliquer pourquoi l’A320 de Germanwings s’est crashé sans qu’aucun signal de détresse ne soit émis. Le pilote n’en aurait pas eu le temps.

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"Une dépressurisation brutale est la moins vraisemblable. Par contre une lente, avec un équipage asphyxié et qui s'endort, c'est une hypothèse qu'on peut conserver", a de son côté estimé Michel Polacco.

3/  La vétusté de l’appareil

Cet Airbus A320 avait effectué son premier vol en 1990. Grâce au site airfleets.fr, qui collecte les données relatives à l’âge des appareils de l’ensemble des compagnies aériennes, on sait que cet avion a volé pendant plus de 22 ans pour la compagnie allemande Lufthansa avant de servir pour sa filiale low cost, Germanwings. Cette dernière aurait d’ailleurs l’une des plus vieilles flottes. La moyenne d’âge de l’ensemble de ses appareils est en effet de 12,9 ans. Un âge qui grimpe à 23,5 pour ses Airbus.  

Les experts soulignent cependant que l’ancienneté d’un avion ne rime pas forcément avec vétusté. "L’âge de l’avion ne nous dit rien sur l’âge des équipements du bord et qui garantissent sa sécurité" et "au final, un avion pourrait voler plus de 40 ans s’il était maintenu comme il le faut et mis à jour régulièrement", explique en effet Xavier Tytelman, spécialiste de la sécurité aérienne, dans un billet de blog repéré par le Huffington Post. "Au final, un avion pourrait voler plus de 40 ans s’il était maintenu comme il faut et mis à jour régulièrement", ajoute-t-il.

4/ Un problème technique

La relative lenteur avec laquelle l’avion est descendu pourrait par ailleurs aller dans le sens d’un problème technique. L’appareil a en effet mis entre 8 et 10 minutes pour passer de 9 000 mètres (sa vitesse de croisière) à 2000 mètres d’altitude. Et alors que sa trajectoire était très linéaire, presque régulière, plusieurs experts interrogés par différents médias s’accordent à penser qu’il ne s’agirait pas d’un décrochage brutal comme pour le vol d’Air Algérie ou celui de Malaysia Airlines en juillet dernier.

Interrogés par le Figaro, l’expert Gérard Arnoux et le pilote Arnaud Louvet ont tous les deux évoqué un problème de "sonde d’incidence gelées". Une hypothèse renforcée par la pluie qui s’abattait sur Barcelone au moment du décollage de l’appareil. Il pourrait également s’agir d’une "rupture dans la structure de l’avion, soit la perte de gouverne, soit une explosion du moteur", a de son côté indiqué sur LCI l’expert Robert Galan.

5/ Les piles au lithium

Au micro d’Europe 1, le consultant en aéronautique Bernard Chabbert a évoqué une autre hypothèse, celle des piles au lithium. "Il y a depuis une dizaine d’années 170 cas d’explosion de piles au lithium dans un avion de ligne. C’était la plupart du temps des piles situées dans des smartphones ou des portables, mais deux 747 cargos se sont également écrasés avec leurs équipages, parce qu’un chargement de piles au lithium à bord a pris feu", a-t-il rapporté. Et celui-ci de préciser qu’en brûlant, ces piles dégagent "des vapeurs extrêmement toxiques qui peuvent vous tuer en quelques dizaines de secondes". Une hypothèse qui demande bien évidemment à être vérifiée mais qui pourrait expliquer pourquoi les enquêteurs ont l’impression qu’il n’y avait "personne de conscient dans le cockpit".

6 / Le suicide des pilotes

"C’est une possibilité", a déclaré Michel Polacco dans les colonnes de Nice Matin. "C'est déjà arrivé avec le Boeing 767 d'EgyptAir, avec un ATR 42 de la Royal Air Maroc ou le DC8 japonais à Hong Kong il y a trente ans", a-t-il également rappelé.

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Questionnés par l’AFP, des pilotes et des anciens enquêteurs ne parviennent pas à sexpliquer le comportement de l'équipage durant les dernières minutes du vol. La mise en descente modérée, qui résulte nécessairement d'une action de l'équipage, "exclut un décrochage ou une descente d'urgence", ont-ils indiqué. Selon eux, "si les pilotes n'ont pas empêché l'avion d'aller s'écraser contre les montagnes, c'est que soit ils étaient inconscients ou morts, soit ils ont décidé de mourir, soit on les a obligés à mourir".

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