L'islamo-business, vivier du terrorisme islamiste

Au-delà de l’émotion légitime suscitée par les attentats contre Charlie Hebdo et les tueries de Montrouge et de Vincennes, la question des motivations des frères Kouachi ou d'Amedy Coulibaly reste posée. Or à étudier leur parcours, on voit que, comme leurs prédécesseurs, Khaled Kelkal, Mohammed Merah ou Mehdi Nemmouche, ils sont tous passés par la case de l’islamo-business qui apparaît comme un vivier du terrorisme

Qu’est ce que l’islamo-business ?

Ce concept neuf, utilisé par exemple par Olivier Roy ou Xavier Raufer, est mal dégagé de sa gangue originelle et parfois employé à contresens par des medias qui confondent islam et islamisme. Il désigne l’utilisation au seul profit de l’islamisme des ressources de l’économie informelle sous ses diverses formes : trafics de stupéfiants, d’armes, d’animaux, piratage, contrefaçon, escroqueries à l’identité, délinquance de proximité, mais aussi racket organisé et  intervention de mafias (cf. mon ouvrage "La croisade islamiste : pour en finir avec les idées reçues", Pascal Galodé Editions, novembre 2011) . La légitimité de ce système d’économie parallèle ou souterraine a été attestée par les écrits de Saïd Ramadan ou du Takfir wal-Hijra salafiste. L’objectif est de mettre à genoux le monde occidental capitaliste et mécréant.

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Quel est son processus ?  

Dans cette nébuleuse, ce sont particulièrement (mais pas seulement) des jeunes musulmans maghrébins ou africains issus de l’immigration qui sont la cible principale. Délaissant la petite délinquance de banlieue qu’il a largement pratiquée mais qui se limite à l’enrichissement personnel ou à l’accession au statut de "caïd", le jeune homme se radicalise en prison et/ou sous l’influence des imams finit par légitimer sa pratique délictueuse au nom d’un combat religieux. Cette forme de transcendance par un attachement fanatique aux enseignements du prophète, justifie les colères rentrées et les sentiments de victimisation qui sont le terreau sur lequel se développe l’islamo-business. De l’affichage d’une conviction à l’action directe, le passage est plus complexe. Le processus d’engagement dans le terrorisme relève de parcours individuels encouragés par certaines autorités religieuses et fomentés par le souci de l’héroïsme, et de l’exemplarité.

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Pourquoi l’Etat est-il impuissant devant la montée de l’islamo-business ?

Pour combattre un phénomène il faut pouvoir le nommer. Or la pensée dominante nourrit de droit de l’hommisme et de peur de la stigmatisation de la communauté musulmane, tend à exclure toute analyse de ce type en professant qu’elle relève de l’islamophobie. Pourtant l’économie informelle procure des satisfactions plus immédiates, plus rémunératrices et plus visibles que la lente ascension méritocratique, malaisée à conduire à son terme pour des jeunes venant  de quartiers difficiles et confrontés à la précarité et aux tentations de la rue.

L’islamo-business commence dès la première transgression. Elle est impossible à sanctionner quand on voit le poids des fraudes sociales et des fraudes aux transports publics confortées par le mauvais exemple de ceux qui, en haut, pratiquent la fraude fiscale et la corruption. Les valeurs d’identité qui sanctuarisent notre culture, la loi, la République, la solidarité, la liberté d’action et d’expression… ne peuvent plus prétendre à l’exemplarité face à des transactions qui s’effectuent partout et sur tout sans règles ni références.

Peut-on positiver l’islamo-business ?

Paradoxalement les jeunes gens qui s’y adonnent y déploient des qualités d’énergie, d’organisation et de gestion qui en feraient en quelque sorte des managers d’une "économie du troisième type". Leur credo se fonde sur l’appartenance à une classe d’âge plus qu’à une classe sociale, la recherche d’une identité contre des contraintes qu’on leur impose et le sentiment d’un fossé entre le discours dominant sur la réussite et le respect de la loi par rapport à la réalité quotidienne vêcue. Mais qui pourra réorienter cette vitalité vers des projets mobilisateurs alors que notre pays souffre d’un déficit de valeurs cardinales qui transforme tout conflit de culture en culture du conflit ? 

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L’islamo-business comme plan B du terrorisme en Occident

En définitive l’islamo-business représente un plan B face au (très relatif) échec de la propagation du terrorisme dans les démocraties occidentales. Les succès obtenus dans le démantèlement de filières et la prévention d’attentats génèrent en effet deux attitudes opposées : une expatriation de certains combattants vers les terrains où le djihad se pratique avec des chances de réussite. Dans ce premier cas l’islamo-business se résume à la mise en place d’une logistique, de réseaux, de relais et de ressources financières pour pouvoir partir.

Autre chose est la territorialisation des violences où l’islamo-business bénéficie de la complicité d’une partie de la population par solidarité communautaire ou religieuse, rejet de l’Etat prédateur ou application généralisée de l’omerta. S’il est difficile de quantifier ces processus, on peut avancer qu’ils sont, en voie de développement dans les économies occidentales, et que l’Etat, faute de l’avoir identifiée, n’a pas trouvé les moyens de lutter contre cette gangrène.

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