Chaque semaine, nous sommes des millions à jouer aux jeux de hasard. Mais seuls quelques-uns remportent réellement de l'argent. Alors pourquoi continuons-nous à jouer ? Un sociologue nous a donné la réponse.

"Alors, on a gagné ? – Non, non, toujours pas." Ces phrases résonnent souvent les mardis et vendredis soirs après le tirage de l’Euromillion, sur TF1. Comme dans tous les jeux d’argent, la règle est simple : pour le jackpot, beaucoup de volontaires mais très peu d’appelés. Pourtant, même si les chances de gagner son minces (une sur 215 millions), les Français ont dépensé 10 milliards d’euros dans les jeux d’argents, en 2015, d’après le journal Le Monde.

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Pour Jean-Pierre Martignoni, sociologue spécialisé dans les jeux d’argent et chercheur au centre Marx Weber, l’envie de jouer est motivée par bien plus que l’envie de mettre du beurre dans les épinards : c’est un rituel de socialisation. "Certes, c’est l’espoir d’améliorer sa condition qui incite à jouer, nous explique-t-il. Mais au final, ce qui donne envie de revenir même si l’on ne gagne pas, c’est le fait de se retrouver régulièrement au même endroit, avec les même personnes pour gratter, remplir des grilles et partager un moment." Il se serait instauré une sorte de tradition, où la famille se retrouve pour choisir les numéros de la semaine, où les habitués jouent au Cash en buvant une pression au bar du coin.

Quand l’individu pense collectif

A l’origine, les jeux d’argent et de hasard n’avaient pourtant pas vocation à rassembler. Gratter son ticket de Cash ou d’Astro relevait essentiellement d’une pratique solitaire. Pas besoin d’être à plusieurs. Une solitude qu’a voulu briser la Française Des Jeux en inventant les pochettes de jeux à gratter et les jeux d’argent collectifs. "Dans les casinos, même aux machines à sous, personne n’est seul. Les gens discutent entre eux, partagent des moments, s’encouragent, idem pour les paris hippiques. Pour les jeux comme l’Euromillion ou le loto c’est pareil, certains remplissent les grilles à plusieurs, se cotisent pour acheter des tickets communs, c’est un moment partagé", nous explique Jean-Pierre Martignoni.

Mais cette volonté de transformer les jeux en vecteur de socialisation va bien plus loin : elle permet aux joueurs de ne pas s’isoler et de mieux se maîtriser. "Parfois, quand un joueur est seul et qu’il joue une fois, deux fois … au bout d’un moment, grisé par l’envie de remporter quelque chose, il va augmenter ses mises encore et encore et finir par devenir accro. Le repli sur soi, l’endettement et les problèmes ne sont alors pas bien loin", égrène un conseiller de Joueur Info Service, spécialisé dans l’aide à la dépendance aux jeux.

Les jeux en ligne, parfois jusqu’au suicide

Certains jeux restent cependant dans une optique de jeux individuels. Depuis 2010, par exemple, les jeux d’argent en ligne sont autorisés en France, de même que les paris sportifs. "Une grande partie des appels que nous recevons concerne les paris sportifs et les jeux en ligne comme le poker, confie le conseiller. Les gens nous appellent parce qu’ils n’arrivent plus à décrocher, ils commencent à avoir des problèmes d’argent. Dans de rares cas extrêmes, il est arrivé que certaines personnes en dépression se suicident."

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Pour éviter les dérives et les arnaques, très courantes sur Internet, l’Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel) a alors été créée. Avant l’arrivée de ces pratiques en ligne, c’était le Cash, carte à gratter, qui était le jeu le plus addictif en France.

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