Frauder dans les transports en commun est un véritable sport national en France. Un comportement qui coûte chaque année des millions aux compagnies de transports et qui inquiète l’Etat, mais qui s’explique par notre rapport particulier, très français, à la loi.

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Les Français sont les champions de la fraude dans les transports en commun. Non seulement ils sont de plus en plus à prendre le métro ou à monter dans le bus sans payer, mais pire, ils estiment que ce n’est pas grave, voire que c’est normal. « Nous sommes en peloton de tête en Europe de ceux qui pensent que frauder dans les transports ce n’est pas grave » indique à l’AFP Julien Damon, professeur à Sciences Po, en référence à des sondages Valeurs, Eurobaromètre et World Value. Un comportement visiblement bien français. « Au Royaume-Uni les transports sont plus chers et la fraude moins importante » note-t-il.

« Les Français estiment que les transports publics leur appartiennent »A titre d’exemple, la fraude n’est que de 1,1% à Rome, contre 5%  dans le métro à Paris, et près du double dans les bus et trams. « Dans un pays catholique, la transgression est un sport national » déclare de son côté Michel Onfray. Dans les pays protestants, « on est redevable de ce qu’on fait parce qu’on entretient un rapport direct à dieu » explique le philosophe. Sans oublier notre rapport très français à la loi. « Les Français considèrent que l’Etat est là pour veiller au respect de la Loi et refusent d’être leur propre policier » explique lui Alain Mergier, sociologue à la Fondation Jean Jaurès. « Ils estiment aussi que les transports publics leur appartiennent : s’ils n’ont pas payé leur billet, ils ne volent personne ! ».

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« Les transports en commun devraient être gratuits comme les bibliothèques »Reste que la fraude coûte chaque année des millions d’euros aux compagnies de transports. Elle s’élève ainsi à 300 millions par an pour la SNCF, et 100 millions pour la RATP. Une situation qui inquiète l’Etat, qui souhaite renforcer les contrôles dans les transports. Mais ces dispositifs ont eux aussi un coût. Du côté des usagers, sur lesquels la peur du contrôleur ne semble pas exercer beaucoup de pression, on demande à l’inverse la gratuité. « Les transports en commun devraient être gratuits comme les bibliothèques, les piscines, la santé, l’éducation et tout ce qui est construit avec l’argent prélevé sur le contribuable » estime Michel Onfray. Une solution mise en place avec succès à Aubagne, dans les Bouches-du-Rhône, il y a quatre ans. Résultat : la fréquentation des transports a augmenté de 170% et le trafic automobile baissé de 10%.

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