Les enfants volés de la Creuse, de jeunes réunionnais arrachés à leurs terres, parfois à leurs familles dans les années 1960-1980, vont bénéficier ce mardi du vote d’une loi visant à honorer leur mémoire. L’occasion de revenir sur une affaire de disgrâce d’Etat. 

Un nouvel épisode sombre de notre République. Les "Enfants de la Creuse", jeunes réunionnais arrachés à leur terre natale entre 1963 et 1982 et parfois à leurs familles, pour venir "repeupler" les régions métropolitaines désertées, vont faire l’objet d’un vote à l’Assemblée ce mardi en vue d’une loi destinée à redonner une considération à leur passé oublié. Un passé des plus troubles, que nombreux des quelques 1630 protagonistes peinent encore à reconstituer.

Déracinement

Les faits se sont déroulés de 1963 à 1982. Faisant face à un véritable sinistre démographique et à une paupérisation de son île, Michel Debré, député de la Réunion et ancien Premier ministre de De Gaulle, proposa  une solution toute trouvée. Fut ainsi mis en place le Bureau pour le Développement des Migration Intéressant les Départements de l’Outre-mer, qui mena une opération massive d’"importation" d’orphelins en provenance des îles, en dépit de toute considération culturelle. Cependant, les dossiers de la DDASS venant à manquer, le projet s’élargit vite vers des cibles bien moins légitimes. Ainsi furent également émigrés de nombreux enfants au cercle parental et familial légitime, considérés – abusivement – comme abandonnés par l’Etat Français. 1630 jeunes réunionnais furent arrachés à leurs terres, parfois à leurs familles, troquant dans de nombreux cas misère matérielle avec misère affective. Jusqu’en 1982, où la gauche mettra fin au scandale se profilant, dissolvant le Bureau.

Peu médiatisé durant de nombreuses années, cet épisode noir de notre Histoire fut finalement révélé, le 30 janvier 2002, lorsque Jean-Jacques Martial, exilé en 1966, déposa une plainte pour "enlèvement et séquestration de mineur, rafle et déportation". Démarche qu’il agrémentera d’un livre, Une Enfance Volée.

Recouvrir la Mémoire

Peu à peu, la ferveur du scandale laissa place à la réflexion. Mûrie douze ans durant, celle-ci est sur le point de se concrétiser ce mardi 18 février par le vote d’une loi visant à redonner une mémoire à ces enfants oubliés de l’Histoire. Ce projet entend notamment la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat Français, une diffusion approfondie des faits, ainsi que l’apport d’une aide substantielle aux victimes afin de les aider à "reconstituer leur histoire personnelle".

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Certains, d’ailleurs, n’ont pas attendu ce soubresaut législatif pour partir à la reconquête de leur passé. Les cas, notamment, de Marie-Thérèse Gasp, qui est parvenue, au terme d’années de recherche, à renouer le lien avec sa famille, sa terre et sa culture. L’occasion d’un témoignage émouvant rapporté par Europe 1

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