Le gouvernement est accusé de ne pas avoir réagi rapidement après l’incendie volontaire d’une église à Fontainebleau. Nombreux sont ceux qui dénoncent un deux poids deux mesure vis-à-vis des autres cultes.

Dimanche matin, deux églises ont brûlé à Fontainebleau et Veneux-les-Sablons, en Seine-et-Marne, sans faire de blessé. Selon toute vraisemblance, il s’agit pour la première d’un incendie volontaire tandis que pour l’autre, la thèse de l’accident est privilégiée. Dans le même temps, on apprenait que la Croix de Guise, située en forêt de Fontainebleau, était renversée de son socle.

Du mobilier historique inestimable parti en fumée

"J'ai été effondré par ce spectacle, raconte au Figaro Frédéric Valletoux, le maire (UDI) de Fontainebleau. L'incendie a provoqué d'énormes dégâts matériels, dont du mobilier historique inestimable. L'autel du XVIIe siècle appartenait autrefois à l'église du château de Fontainebleau : il a été entièrement détruit. Quant à la vierge en bois du XIVe siècle, elle aussi doit être réduite en cendres, à moins qu'elle n'ait été volée. "De son côté, le père Antonini, "le cœur brisé", a déclaré : "Apparemment, seul un ciboire aurait été volé, mais il n'a pas de valeur, indique-t-il. Ce qui avait de la valeur, c'est ce qui était dedans !".

Quelques kilomètres aux alentours, à Veneux-les-Sablons, où l’église a brûlé en même temps, la thèse de l’incendie accidentel se confirme. "C’est une armoire électrique défaillante qui serait la cause de l’incendie de l’église de Veneux-les-Sablons", a indiqué mardi, Guillaume Lescaux, le procureur de Fontainebleau. Quant à la Croix de Guise, retrouvée à terre dans la forêt de Fontainebleau, le père Antonini assure qu’elle était "vermoulue, et a été cassée par un fort coup de vent".

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A noter qu’un sans-abri de 48 ans, en conflit avec la paroisse, a été placé en garde à vue mardi dans le cadre de l’enquête sur l’incendie criminel. Il conteste toute implication dans cette affaire.

Par ailleurs, un incendie vraisemblablement d’origine criminelle est survenu également dimanche dans l’église Saint-Nicolas à Nantes, rapporte 20 minutes. Une dame aurait vu deux personnes trainer autour d'une table. Elle se serait aperçue de l'incendie alors que les deux individus quittaient l'église. La vieille dame aurait elle-même éteint le feu. 

La droite dénonce "une recrudescence des actes antichrétiens"

Lundi soir, le ministre de l’Intérieur est venu à Fontainebleau constater les dégâts en l’église Saint-Louis. Une venue un peu tardive selon certain alors que son message de condamnation n’est venu "que" dans la soirée de dimanche.

Les Républicains et le Front national ont tous deux dénoncé lundi "une recrudescence des actes antichrétiens" en France. "Ces dégâts démontrent la volonté de s'attaquer à notre culture, mais aussi à des symboles forts pour les chrétiens. Après l'augmentation des profanations des cimetières chrétiens, c'est au tour des églises", déplorent les Républicains sur leur site. Quant au FN, il s’interroge "sur le service minium fourni par le gouvernement". "Nous attendons que soient condamnés ces actes scandaleux avec la même énergie qu’il sait le faire dans d’autres", peut-on lire sur le site du parti. De son côté, le PS, dans un communiqué de deux phrases, a fait part de son émotion.

Dans le Figaro, Madeleine de Jessey, porte-parole de Sens Commun et déléguée nationale des Républicains, a regretté que "ce saccage massif de notre patrimoine bénéficie systématiquement de l'indifférence la plus totale, tant de nos responsables politiques que des grandes chaînes d'information." Et celle-ci d’ajouter : "Tant que nos dirigeants resteront amorphes, tout sera permis. Tant qu'ils resteront indifférents, ces crimes contre notre histoire et nos édifices religieux continueront. " Dans le même journal, François Huguenin, essayiste et habitant de Fontainebleau, explique que "trop singulier pour être assimilé par une laïcité mal comprise et négatrice du fait religieux, le catholicisme n'est pas considéré comme assez minoritaire pour bénéficier d'une attention bienveillante."

Un site chrétien vandalisé tous les deux jours

Selon le ministère de l'Intérieur, les lieux de culte et sépultures les plus atteints sont chrétiens. En 2014, sur 807 sites vandalisés, 673 étaient chrétiens, soit près de deux par jour. Sur son site, l’Observatoire du patrimoine religieux recense les édifices menacés, abandonnés, transformés ou à vendre.

Toutefois, si les édifices chrétiens sont les plus atteints par des dégradations, c’est parce qu’ils sont également présents en plus grande nombre sur le territoire français qui compte près de 45 000 églises contre un peu plus de 2 000 mosquées par exemple. Ce qui, par ailleurs, n’enlève rien à la gravité des dégradations.

Outre ces profanations, les chrétiens redoutent également que leurs églises soient la cible d’un attentat islamiste, comme en avril 2015 avec l’Algérien Sid Ahmed Ghlam qui projetait d’attaquer une église de Villejuif, ou bien qu’elles soient tout simplement détruites. L’église Sainte-Rita, dans le XVe arrondissement de Paris, est ainsi devenue le symbole de ces églises menacées de démolition. Pour l’heure, une poignée d’irréductibles fidèles empêche encore sa transformation en logements sociaux et en parking prévue à l’origine en octobre 2015.

Sur le plan international, l’ONG Portes ouvertes a indiqué dans un rapport publié mardi que 7 100 chrétiens avaient été tués dans le monde en 2015 en raison de leur appartenance religieuse, soit une hausse de 63 % par rapport à l’année précédente. Quant au nombre d’églises vandalisées ou détruites, celui-ci a plus que doublé, passant de 1 062 en 2014 à 2 406 en 2015.

Un sentiment de deux poids deux mesures

Sur son site, l’Observatoire de la christianophobie répertorie les dégradations d’édifices chrétiens depuis 2010. Son rédacteur en chef, le journaliste Daniel Hamiche, explique à Planet.fr que les atteintes aux églises sont de plus en courantes. "C’est indéniable", lance ce catholique traditionaliste, qui explique que cette augmentation continuelle du nombre d’églises vandalisées enregistrée sur son site est le fait de deux facteurs : "En valeur absolu, car le nombre d’actes antichrétiens croît en France, et de manière relative, parce que de plus en plus de faits nous sont rapportés."

S’il y a de nombreux incendies, les dégradations les plus courantes sont plutôt de l’ordre du vandalisme. "L’ouverture des tabernacles avec des vols de ciboires, des hosties répandues sur le sol, des croix renversées…", égrène Daniel Hamiche qui parle de profanations venant de "toute la France", et non pas circonscrites à certains territoires.

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Quand il a entendu l’affaire de l’église de Fontainebleau, cet observateur de la christianophobie n’a pas tant été surpris de cette énième dégradation d’un bâtiment chrétien que de la faible réaction du gouvernement. "J’observe qu’il a fallu 36 heures au ministre de l’Intérieur (et des cultes) pour venir sur place alors qu’il s’agissait de chose grave ; on parle de l’incendie volontaire d’une église !", s’agace-t-il. Ce dimanche-là, François Hollande était en visite à la Grande mosquée de Paris. Un parallèle qui gêne Daniel Hamiche pour qui le sentiment d’un deux poids deux mesure, "n’est pas totalement faux".

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