Le service national fantôme

L’annonce concernant le service national se place au sommet du délire macronien, dieu merci. C’est de la com’ à l’état pur, accompagnée par les  cymbales médiatiques, de droite comme de gauche.

La mise en place d’un tel retour au Moyen Âge est un travail de Titans. Où loger ces nouveaux chevaliers, hommes et femmes, au service de la Nation ? À qui confier leur instruction ? Les militaires, y compris leur ministre, ont fait savoir leur peu d’enthousiasme pour cette éventuelle nouvelle mission. Qu’est-ce qu’il faut enseigner ? L’art militaire, le pas cadencé – ne souriez pas, c’est réellement un point de passage indispensable, la fraternité – et pourquoi pas l’altruisme, c’est très à la mode, les premiers secours – dont le bouche à bouche (même pour les musulmans intégristes?), les valeurs de la République (compatibles avec les interprétations obsolètes du Coran ?) et, évidemment, la Marseillaise. Le voile sera-t-il autorisé dans les casernes et à l’entraînement ? Quand on voit la difficulté de se mettre d’accord sur une petite réformette sans prétention, on se demande combien de décennies il faudra pour répondre aux questions précitées.

Tous les commentateurs, même les plus serviles, ont eu l’honnêteté de reconnaître que cela risquait de coûter fort cher, si tant est que cela soit techniquement réalisable. Les militaires sont déjà surbookés. De plus, leurs relations avec les enseignants ne baignent pas dans l’affection réciproque : cela ne vaut guère mieux que les relations entre la police et la justice, et pour les mêmes raisons.

Vous allez me dire, notre Président a tout prévu ; il faut l’espérer car la cacophonie qui a précédé sa mise au point pourrait faire croire à de l’improvisation ; ce sera donc un service (militaire ? Civique ?) obligatoire de 3 à 6 mois : rien que ça !   

J’ai déjà dit, à plusieurs reprises, que j’étais absolument contre un tel service national ; les théoriciens, dont certains sont fort intelligents (mais si!), qui soutiennent ce projet sont plongés dans un nuage mythique : le brassage dont ils rêvent n’est plus d’actualité avec les problèmes des banlieues. Il y a un demi-siècle, le service militaire obligatoire a dégoûté de l’armée la plupart des appelés : ce serait encore pire aujourd’hui ; d’ailleurs, il n’y avait aucun brassage entre les appelés venus de la métropole et ceux issus de la campagne profonde algérienne. Heureusement, le délire précité est tellement irréalisable qu’il accouchera, tout au plus, de quelques petites souris qui, elles, peuvent s’avérer intéressantes : un service destiné aux chômeurs, un autre aux dealers et aux primo-délinquants, sans parler des essais multiples à destination des volontaires de tous bords.

Ce délire est à rapprocher de la loi de programmation militaire qui promet 295 milliards d’euros mais qui, cette année, ne donne que 600 millions en sus des dépenses déjà engagées : le Canard enchaîné (14 février page 3) lui-même, pourtant bien tolérant vis-à-vis de notre Président, le reconnaît.

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