En activité depuis une vingtaine d’années, un médecin légiste nous explique sa profession peu commune, mais souvent fantasmée dans les séries télévisées.

Les experts, Body of Proof ou encore N.C.I.S… les séries télévisées raffolent des situations macabres et des scènes de crime. La plupart du temps, celles-ci nécessitent d’ailleurs l’apparition d’un personnage bien particulier, au caractère généralement bien trempé : le médecin légiste. Si le job semble excitant, entre scalpel, scie, tenailles et musique rock en fond sonore, la réalité est un peu moins exaltante.

Jean-Pierre*, 59 ans, est médecin légiste au sein du CHU d’une grande ville de France. En activité dans le domaine médico-légal depuis une vingtaine d’années, il s’est confié sur son métier un peu particulier, en contact étroit avec la mort.  

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"Etre médecin légiste, c’est être l’interprète d’un corps pour la justice, résume le quinquagénaire. Lorsque l’on examine un corps et que la mort semble violente, suspecte ou inexpliquée, nous décidons alors qu’il faut pratiquer une autopsie pour trouver la cause du décès et l’expliquer du point de vue de la loi."

Là commence, à la morgue, le grand balai de gants en latex, de masques de protection et de formol déjà tant usé sur le petit écran. "Je ne regarde jamais ce genre d’émission, précise d’ailleurs Jean-Pierre. Je ne peux pas, cela me ramène trop à la réalité". Une réalité parfois bien difficile à vivre.

"Ce qui fait vraiment frémir, c’est la vie qu’il y a eu juste avant"

Pour ce médecin, le médico-légal est arrivé dans sa vie un peu par hasard, lors d’un concours de circonstances. La médecine, il connaissait déjà, mais le droit était un nouveau domaine tout aussi complexe et important.

Après une vingtaine d’années passées à examiner et découper des corps, Jean-Pierre aborde la mort très sereinement : "On me demande souvent comment je fais pour manipuler tous ces corps. Mais moi ça ne me fait pas grand-chose, j’analyse des plaies, j’inspecte. Quand il s’agit d’enfants, de jeunes filles je grimace, c’est triste, mais je fais mon boulot", explique-t-il.

Car pour lui, le plus dur ne se trouve pas sur sa table d’autopsie : "Ce qui fait vraiment frémir, ce n’est pas la mort, c’est la vie qu’il y a eu juste avant. La souffrance, ce qui a mené ces personnes à mourir prématurément". C’est en parti pour cela que le médecin légiste ne souhaite pas avoir d’information lorsqu’il inspecte un corps pour la première fois. "Je ne veux rien savoir, ni être influencé. C’est au fur et à mesure que je demande des précisions pour arriver à une première idée".

"Ca m'empêche de dormir pendant des nuits"

Selon Jean-Pierre, le moment le plus difficile, est lorsqu’il prend connaissance du passé des victimes lors des procès. Constater des plaies de manière clinique est une chose, apprendre comment elles ont été créées, avoir un aperçu de la personnalité du défunt, en est une autre. "C’est ce genre d’informations qui peux m’empêcher de dormir pendant des nuits.", avoue le médecin.

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Dans sa vie quotidienne, avec ses proches et ses amis, Jean-Pierre ne fait jamais mention de son activité : "Ce qui me tracasse le plus dans ce travail, c'est de ne pas pouvoir en parler. Ce n’est juste pas quelque chose à dire lors d’un repas de famille, ni entre amis, ça plombe très vite l’ambiance. On doit tout garder pour nous."

Cela dit, le légiste reste optimiste : "C’est parfois dur, mais ce métier est vraiment passionnant et primordial : on doit raconter l’histoire d’un corps pour que justice lui soit rendue".

*Le nom a été changé

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