Le "Hijab Day" de Sciences Po : première manifestation publique de l'islamisme radical en France

Le mercredi 20 juin, l’association Salaam de Sciences Po a organisé un "Hijab Day" en invitant les étudiantes et les étudiants, qu’ils soient musulmans ou non, à venir aux cours revêtus du voile islamique. Une initiative qui a fait polémique mais qui est révélatrice des tensions d’une société loin d’être "apaisée".

"Hijab Day" : un choix stratégique

Le terme "hijab" n’a pas été choisi à la légère.  Un "Burqa Day" alors que la burqa est interdite depuis le 11 octobre 2010 dans l’espace public aurait été passé pour une provocation. La burqa, rappelons-le, est un voile intégral de couleur bleue porté par les femmes en Afghanistan ou au Yémen qui enferme totalement la femme puisque les mains sont revêtues de gants, les pieds invisibles, les yeux parqués derrière un grillage ou camouflés par des lunettes de soleil, d’où l’expression de "Belphégor" utilisée par ses adversaires. Les islamistes l’ont ouvertement prescrite pour affirmer la présence du mouvement salafiste. Un "Niqab day" aurait un effet tout aussi répulsif puisque le niqab se différencie de la burqâ essentiellement  par la couleur et le fait que les yeux sont visibles. Et un "Tchador day" sonnerait trop iranien des années 90 alors que la société iranienne évolue.

Il ne  s’agit pas non plus d’un foulard ou d’un simple « voile » dont le port à l’Université divise la gauche entre  Manuel Valls qui veut le proscrire et François Hollande qui a écarté cette suggestion.

L’objectif est de provoquer un effet médiatique. En ce sens le terme "hijab" a un double avantage : son origine religieuse puisqu’il est cité dans divers versets de la sourate 33 du Coran, et le fait qu’il laisse à découvert le visage et dans certains pays une partie des vêtements.

Pourquoi un "Hijab Day" ?

Selon l’association musulmane Salaam à l’origine de cette manifestation, il s’agit de "démystifier le tissu",  de comprendre "la stigmatisation vécue par les femmes voilées" et d’apporter "une idée de liberté et de tolérance". Ainsi, cette initiative s’inscrirait en dehors des débats politisés pour un soutien au féminisme, à la lutte contre les discriminations et à l’antiracisme.

Cette manifestation s’inspire de l’initiative mondiale du "World Hijab Day" lancée en février 2013. Elle est appuyée par Fatima El Ouasdi, présidente de l’association Politiqu’elles Sciences Po qui assure que les étudiantes qui le portent ne font pas de prosélytisme et que si elle-même ne le porte pas, "il est inconcevable pour moi d’empêcher les autres de le porter".

Aussi pour que chacune puisse en faire l’essai librement et expérimenter le regard des autres sur elle, des foulards ont été installés sur une table dans le hall et les journalistes ne sont pas les bienvenus. Il semble néanmoins que les candidates aient été peu nombreuses et les candidats encore moins.

Polémique à l’intérieur de Sciences Po

Dans l’Ecole, selon les témoignages recueillis par ceux qui ont eu le courage d’enquêter auprès des étudiants, cette initiative est loin de faire consensus. Les uns considèrent qu’il aurait mieux valu traiter cette question par un débat. D’autres soulignent que cette initiative soi-disant non politique vise à "promouvoir le voile à l’université", et à  faire l’apologie de "l’idéologie multiculturaliste" dans le cadre d’une "laïcité ouverte". Enfin certains  parlent de "provocation politique" alors que les femmes luttent dans le monde entier pour avoir le droit de ne pas le porter.

De fait cette initiative a réveillé les clivages. Le 20 avril, il fallait être pro-voile ou anti-voile au risque de passer pour un étudiant d’extrême droite en lutte contre"la communautarisation de la société" que dénonce précisément Thomas Laval, le responsable de FN Sciences Po.

Polémique à l’extérieur

Même si l’événement n’a pas fait la une des medias bien que Libération, Le Monde ou Francetv info l’aient largement couvert, il a envenimé le micro-milieu politique. La droite par la voie de Bruno Lemaire, lui-même enseignant à Sciences Po, crie au prosélytisme. Eric Ciotti réclame la démission du président de Sciences Po. Le FN, via Stéphane Ravier ou son secrétaire général Nicolas Bay, ironise sur le prochain "Charia Day" ou "Burqa Day". Les associations anti-islamistes comme Riposte Laïque qui avait organisé le 18 décembre 2010 les "premières assises internationales sur l’islamisation de nos pays" y voient la preuve de la justesse de leur combat et dénoncent le faux apolitisme de Salaam qui inviterait à ses débats "le rappeur Médine, et les incontournables Tariq Ramadan ainsi que l’imam Bajrafil laudateur du Hamas".

Face à ces critiques, la gauche paraît étrangement silencieuse, comme si elle souhaitait qu’on tourne la page au plus vite.

Le sens de la manifestation : de l’intégrisme diffus à l’intégrisme radical

Si une telle manifestation s’était produite au lendemain du 13 novembre 2015, le ministre de l’Intérieur l’aurait sans doute interdite devant l’émotion soulevée. Mais le souvenir des attentats s’éloigne… en attendant le prochain. Les médias du 20 et du 21 avril ont préféré s’interroger sur la percée d’Emmanuel Macron à un an de la prochaine présidentielle ou dauber sur la gifle de JoeyStarr à Gilles Verdez dans une émission de la chaîne D8. Reste que l’événement est lourd de sens dans une école qui forme les futurs dirigeants politiques du pays.

Choisir de porter le hijab une journée à Sciences Po dans une école très libérale et pouvoir l’enlever ensuite est sans rapport avec la lutte des femmes musulmanes dans le monde qui ne jouissent pas de la liberté de nos "élites". En ce sens cette manifestation est un simulacre. En même temps elle nous rappelle que la stratégie de ce que le regretté Abdelwahab Meddeb appelait "l’intégrisme diffus" est d’une actualité brûlante. C’est lorsque les membres d’une société "sous la pression de leurs coreligionnaires… appliquent les prescriptions des militants sans y avoir été contraints ou adoptent les attitudes ou la mode vestimentaire de leur entourage".

Or l’histoire récente du Proche-Orient et de l’Afrique subsaharienne démontre que c’est sur le terreau d’un intégrisme diffus qui n’est ni dénoncé ni combattu par les musulmans eux-mêmes que prospère l’islamisme radical.

En vidéo sur le même thème : Hijab Day, la journée du voile organisée par des étudiants de Sciences Po fait scandale

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