Le coût de l'immigration (pour en finir avec quelques idées reçues)

Dans un article du 16 décembre 2014, Planet.fr reprend un article du magazine Challenges qui analyse les calculs du rapport de l’OCDE 2013. Selon ceux-ci, entre 2007 et 2009 un immigré aurait coûté à l’Etat français environ 1450 euros par an. Challenges s’en étonne et rappelle que selon le professeur Xavier Chojnicki de l’Université de Lille "la contribution nette globale de l’immigration au budget de l’Etat serait positive, et de l'ordre de 12 milliards d’euros pour 2005". L’imprécision de ces estimations appelle quelques compléments d’information.

1. CE QU'IL FAUT SAVOIR SUR LES CALCULS DE L'ODCE

L'OCDE ne produit ses calculs qu'à partir des immigrés légaux ou des migrants irréguliers régularisés. Par ailleurs les analyses produites dans son rapport annuel "Perspective des migrations internationales" disponibles sur leur site marquent automatiquement un décalage de plusieurs années avec l’actualité. Depuis l’année 2010 qui marquait la fin du ralentissement des migrations vers les pays riches consécutivement  à la crise, l’OCDE note que les flux migratoires n’ont cessé d’augmenter. "Les gouvernements réexaminent leurs politiques migratoires…et notamment leur politique d’intégration" (rapport 2012), particulièrement en France "où les défis de l’intégration perdurent" (rapport du 1/12/2014). En tout état de cause une étude qui porte sur les années 2007-2009 n’est plus d’actualité.

2. L'ÉTUDE DE CHOJNICKI NE PORTAIT PAS SUR LE COÛT DE L'IMMIGRATION

Confronter l'étude avec les soi-disant 12 milliards que l’immigration rapporterait à la France selon Xavier Chojnicki est une grossière erreur de journalistes qui ne font pas l'effort de lire les écrits qu’ils commentent et en restent à des chiffres qui ont dix ans de retard . L'étude de Chojnicki de 2010 largement médiatisée ne portait pas sur le coût de l'immigration mais sur celui des prestations sociales comme le montre son titre Migrations et protection sociale : étude sur les liens et les impacts de court et long terme. Dans leur étude ultérieure (On entend dire que … l’immigration coûte cher à la France parue chez Les Echos/Eyrolles en 2012) - qui ne porte que sur l'immigration régulière - Xavier Chojnicki et Lionel Ragot ont ramené les bénéfices à 3,9 milliards.

3. D'AUTRES ÉTUDES (À DROITE) INDIQUENT UN DÉFICIT ENTRE 71 ET 85 MILLIARDS

La plupart des autres études – Gérard Pince (2009) , Yves-Marie Laulan (2012), Jean-Yves Le Gallou (2010-2013), André Posokhow (2013) tablent sur un déficit qui s'étage entre 71 milliards (Pince, Laulan) ) et 85 milliards (Posokhow). Ce dernier ajoute en effet au déficit qu’il évalue à 63 milliards le poids des intérêts annuels de la dette qui résultent de ce déficit et qu’il chiffre  à 21 milliards. Ces économistes s’affichent clairement à droite ce qui explique que Marine Le Pen ait pu chiffrer le coût de l’immigration à environ 70 milliards.

4. PEUT-ON CONNAITRE LE "VRAI COUT DE L’IMMIGRATION" ?

Malgré les unes ronflants de magazines qui affichent "les vrais chiffres de l’immigration", "le coût de l’immigration", "l’immigration une malchance (ou une chance) pour la France", les estimations avancées qui souvent ne s’appuient que sur une ou deux sources et pratiquent l’amalgame ou la schématisation sont fantaisistes. Car il s’agit d’abord de savoir ce qui est calculé :

- Le coût de l’immigration régulière ou celui de toute l’immigration y compris l’immigration irrégulière ? - Le coût pour l’Etat c’est à dire les contribuables ? Pour l'Etat et les entreprises ? Pour la communauté nationale ? - Le coût des immigrés ou également celui de leurs enfants ? Et quid des enfants nés de mariages mixtes ? - Les dépenses consenties par l’Etat ? Les recettes encaissées par lui ? La contribution des immigrés au PIB ?

Sans compter les confusions entre immigrés, étrangers, enfants de naissance ou d’origine étrangère…De quoi nourrir une polémique sans fin. Ce qui n’est pas une raison pour ne pas essayer de réduire les zones d’ombre.

5. POUR NE PAS CONCLURE

Travaillant depuis plus de 6 ans sur le sujet, j'ai indiqué ma démarche, mes sources et mes chiffres dans Les Migrations pour les Nuls (First 2014)  à savoir pour la balance dépenses-recettes un déficit de 8,9 milliards d'euros dont près de la moitié est imputable à l'immigration irrégulière, les recettes de l'immigration régulière couvrant 93% des coûts qu'elle génère. Ces chiffres sont relativement en phase avec les estimations de l’OCDE qui annonce 10,67 milliards de déficit et note que pour l’ensemble des pays étudiés le solde positif ou négatif ne dépasse pas 0,5% du PIB. Pour la balance investissements-rentabilité, un déficit de plus de 10 milliards dont une partie (les investissements pour l'intégration) sont certainement rentables mais dont la rentabilité ne pourra être appréciée qu'à partir du moment où ceux qui en bénéficient seront entrés sur le marché du travail.

Ces estimations, comme il est indiqué, sont "à consommer avec modération". De toute façon le débat est loin d’être clos. Il est fort à parier qu’à l’approche d’échéances électorales où l’immigration et l’intégration seront un des thèmes au cœur de la campagne, on verra refleurir dans les medias les affirmations à la louche, les anecdotes lourdement symboliques, les anathèmes et procès d’intention, bref tout ce contre quoi les spécialistes essaient de lutter. Suite donc au prochain numéro…

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